Pièce 8 - Histoire des antiquités de Saint-Germain-en-Laye par Antoine, porte-arquebuse ordinaire du roi

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8

Titre

Histoire des antiquités de Saint-Germain-en-Laye par Antoine, porte-arquebuse ordinaire du roi

Date(s)

  • 1728 (Production)

Niveau de description

Pièce

Étendue matérielle et support

1 manuscrit

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Histoire archivistique

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  • français

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Note

« [f. 1] Histoire des antiquitées des églises, abbayes, prieurés, chasteaux, forests et autres lieux qui estoient et sont scitués dans les limites du gouvernement et capitainerie de Saint Germain en Laye avec un récit fidèl de ce qui c’est passé pendant les dernières maladies et morts des très chrétiens roys Louis XIII et de Louis XIV, d’heureuses mémoires
Dédié au Roy
Par M. Antoine, escuyer, porte arquebuse ordinaire du Roy, inspecteur général de la capitainerie et maistrise des Eaux et forests de Saint Germain en Laye, en l’année 1728

[f. 2] Avant propos
Il sera remarqué que le sieur Jean Antoine, qui a composé l’histoire ou recueil des antiquitées les plus remarquables qui sont scitués dans limittes du gouvernement et de la capitainerie des chases de Saint Germain en Laye comme les églises, prieurés, monastères, chasteaux, forests et autres choses qui s’y sont faites et passées avec un récit fidèl de ce qui c’est passé de plus mémorable pendant la dernière maladie et mort du roy Louis XIII, fait par le sieur Jacques Antoine, son père, garçon de la chambre de ce Roy en l’année 1643, et comme aussy de ce qui c’est passé à la dernière maladie et mort du roy Louis XIV fait par ledit sieur Jean Antoine, son fils, en l’année 1716, lequel pour faire l’histoire cy dessus mentionnées dans ce présent recueil ledit sieur Antoine a eu recours dans plusieurs tiltres, histoires, archives qui en ont traité et fait mention et par ce qu’il en apris de ses ancestres qui ont eu l’honneur de servir ainsy que luy les roy Louis XIII, Louis XIV et Louis XV à présent régnant dans diverses charges de leur chambre de plus d’un siècle et demy, et s’il ce trouve quelque faits dans ce récit ou histoire qui ne soient pas assés prouvés, l’on n’en pourra accuser que ceux qui en auront fait mention dans leurs escrits

[f. 5] Au Roy
Sire,
Le lieu royal de Saint Germain en Laye tirant sa plus grande gloire tant de l’ancienne fondation du monastère et prieuré royal de ce lui faitte par le roy Robert vers l’an 1020 que de plusieurs naissances des roys vos prédécesseurs et des princes de leur sang qui sont arrivées dans les chasteaux de ce lieu pendant le séjour qu’ils y ont faits dans le cours de leurs règnes successivement, pendant et depuis plus de six cents années, jusqu’à l’heureuse naissance du roy votre bisayeul, laquelle a fait aussy tout le comble de son plus grand bonheur,
J’ai cru, Sire, par tous ces endroits que Votre Majesté voudra bien me permettre de luy offrir et présenter ce petit recueil que je faits des antiquités de ce lieu royal et des autres lieux qui dépendent de son gouvernement, estant persuadé que Votre Majesté sera peut estre bien aise d’estre informée de ce [f. 5v] qui est contenu et que ce grand roy vostre bisayeul a toujours eu de bonté et d’affection pour tout ce qui a regardé ce lieu royal où il avoit pris naissance, lequel a fait mesme le sujet de ses plus grands plaisirs pendant le cours de son glorieux règne. C’est là le but, Sire, que je me suis proposé d’avoir l’honneur de vous présenter ce petit ouvrage avec un récit de tout ce qui s’est passés pendant la maladie et la mort des roys de glorieuses mémoires Louis treize et Louis quatorze, votre illustre bisayeul. J’espère que Votre Majesté l’aura pour agréable comme une marque et un témoignage de ma reconnoissance de toutes les grâces qu’ils m’ont faittes et à ma famille ainsy que Votre Majesté veut bien, par sa bonté, nous les continuer, ayant l’honneur de la servir et d’habiter ce lieu royal de Saint Germain en Laye depuis plus de cent cinquante années, où nous offrons journellement à Dieu nos vœux et prières pour la conservation de la personne sacrée de Votre Majesté. Ce sont là les désirs les plus ardens de celuy qui est avec un tres profond respect, Sire, de Votre Majesté le très humble et très obéissant serviteur et fidèl sujet.
Antoine

[f. 6] Plan général du bourg ou de la ville de Saint Germain en Laye, des chasteaux, jardins et environs jusqu’au village du Pecq et de la rivière de Seine

[f. 7] Antiquitées de Saint Germain en Laye
Il passe pour très constant que le lieu de Saint Germain en Laye est bien ancien, ainsy qu’il est justiffié et prouvé par tous les actes authentiques cy après enoncées où l’on voit que ce lieu de Saint Germain en Laye a toujours esté favorisé et choisy des roys et princes de leur sang pour en faire leur demeure la plus ordinaire, estant accompagné de tous ce qui peut estre util et nécessaire a la vie, soit le bon air, dont ce lieu est rempli, soit par la scituation d’une belle forest et de la riviere de Seine, qui luy sert d’un canal, soit par les autres divertissemens que l’on peut avoir dans divers temps de l’année, ce qui a continué depuis plus de six cent années par les prédécesseurs de Sa Majesté, qui l’ont toujours fort aimé et honoré de leur protection et bienveillance particulière, mesme par le choix qu’ils ont toujours faits des personnes de la première qualité pour en estre les gouverneurs et capitaines des chasses dans toute son étendue.
Il y a dans ce lieu une prevosté royale, une maitrise des Eaux et forests, un couvent de RR. PP. recollets, un monastère de religieuses ursulines, deux hospiteaux, l’un pour les pauvres malades et l’autre pour retirer les vieilles personnes du lieu qui ne sont plus en estat de travailler pour gagner leur vie, n’y ayant qu’une parroisse dont l’église est très petite nonobstant qu’elle a esté agrandie en plusieurs temps du règne du roy Louis XIV pour y pouvoir contenir le grand nombre d’habitans qui s’y sont venus établir, qui peut monter à présent à près de vingt milles personnes. Il y a environ onze à douze cent maisons sans y comprendre les chateaux, la chancellerie, les cours des [f. 7v]
[…]

[f. 8v] exécutés selon leur forme et teneur, en conséquence les maintenir et garder dans leurs privilèges et exemptions, ce faisant les descharger de l’exécution desdits arrests du 22e mars dernier et déclaration du 15 may suivant, faire défense audit Girard, ses commis et préposés de faire la perception desdits droits de jaugeurs, courtiers, inspecteurs aux boissons, boucheries dans le bourg ou ville de Saint Germain en Laye, à peine de restitution et de tous dépens, dommages et interests. Veu laditte requeste, lesdits arrests, lettres patentes des deux mars et 7e avril 1715, les arrests des 27 avril 1706, deux janvier 1709 et 26 avril 1712 et autres pièces et mémoires attachées à laditte requeste, ouy le raport du sieur Dodun, conseiller ordinaire au conseil royal et au conseil de régence, contrôlleur général des finances, le Roy estant en son Conseil, de l’avis de monsieur le duc d’Orléans, régent, a deschargé et descharge lesdits habitans du bourg ou ville de Saint Germain en Laye de la levée des droits de courtiers jaugeurs, inspecteurs aux boissons et boucheries ordonnés par l’arrest du 22 mars et de la déclaration du 15 may dernier, en conséquence fait Sa Majesté déffences audit Girard, ses commis et préposés de les percevoir en laditte ville, à peine de restitution et de tous dépens, dommages et interests, enjoint au sieur Bignon, intendant de la généralité de Paris, de tenir la main à l’exécution du présent arrest, nonobstant oppositions ou empeschemens quelconques, dont si aucuns interviennent Sa Majesté se réserve la connoissance, et icelle interdire et à toujours ces cours et juges. Fait au conseil d’Estat du Roy, Sa Majesté y estant, tenu à Versailles le quatorziesme jour de juillet mil sept cent vingt deux. Signé Phélypeaux.

Autre arrest du roy François premier de l’an 1526 en faveur des habitans de Saint Germain en Laye
François, par la grâce de Dieu roy de France, scavoir à tous présens et à venir que nous, demurants le bourg et village [f. 9] Saint Germain en Laye, chastel, y faisant souvent nostre residence, estre arivé et multiplier, édifier et munir maisons et édifices de meubles, ustancilles et autres commodités, à ce que les princes et seigneurs de notre sang, nos officiers et autres de notre train et suitte soit mieux logés et soulagés, pour ces causes et autres à ce mouvant, avons aud. lieu et bourg de Saint Germain en Laye créé, ordonné et étably par ses présentes de notre grâce spéciale, plaine puissance et autorité royal, créons et ordonnons et établissons quatre foires en l’an et deux jours de marché en chacune semaine pour y estre doresnavant à toujours tenus et entretenus et continuer, c’est à scavoir lesdites foires la première est le jour saint Germain le 28e may, la seconde le jour saint Germain le dernier juillet, la troisième le 15 septembre, la quatrième le premier jour de décembre, durant et chacune foires deux jours entiers, et lesdits jours de marchés à chacun lundy et jeudy, et serve ausdites foires et marchés tous marchands puissent aller, venir, séjourner, vendre, changer, trafiquer, acheter et trocquer toutes marchandises nécessaires et proexible ne déffendre ni celer tant en allant que séjournans et que revenans, jouir et user de tous les droits, privilèges, franchises et libertés qui y sont et autres assemblées, foires et marchés du pays pourveu qu’il n’y ait esdits jours autres foires et marchés à quatre lieux à la ronde, sy donnons en mandement par cesdittes présentes au prevost de Paris ou à son lieutenant et à tous nos autres justiciers ou officiers ou à leurs lieutenants présens et à venir, et à chacun d’eux si comme à luy appartient, que de notre grâce, création ou répétition desd. foires et marchées ils fassent faire et laissent lesdits manans et habitans dudit lieu de Saint Germain en Laye, entrer les marchands allans et venans, sejournans et retournans desdittes foires et marchées jouir et user plainement et paisiblement, et pour tenir lesdittes foires et marchées, promettans ausdits manans et habitans, et ausquelles avons permis et promettons faire [f. 9v] construire et édiffier halles, bancs et hétaux et autres choses convenables, sans leurs mettres ou donner ni souffrir être fait ny donner aucun arrest de trouble ou empeschemens au contraire, lequel ny ou donner leurs avoir étoit ou devoit, ils le mettre ou face mettre incontinent et sans délay en plaine et entière délivrance. Car ainsy nous plait leur face, et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes, sauf entre autres choses notre droit et l’autruy en tous. Donné à Saint Germain en Laye au mois d’avril l’an de grâce mil cinq cent vingt six et de notre règne le treizième. Et au dos du reply est escrit : Visa, et scellé en lacs de soye pendantes rouges et vertes et de cire verte, et sur ledit reply est escrit : Par le Roy, Robertet ; est encore escrit sr le reply : Contentere, signé Deslandes, lue et publié en jugement en l’auditoire civil du Chastelet de Paris en présence des sieurs avocats et procureurs du Roy, des conseillers d’yceluy seigneur, avocats et procureurs et autres pratisciens assistans au Châtelet, est ordonné et registré le lundy troisième jour d’avril l’an de grâce mil cinq cent vingt six avant Pasques, ainsy signé : P. Lormier, et au dos est escrit : Registrata.

Ancienneté de l’église et prieuré royal de Saint Germain en Laye
On tient pour certain, et c’est la commune oppinion de tous nos historiographes anciens et modernes, qu’environ l’an de Notre Seigneur 1020, le roy Robert, prince de rare et profonde dévotion, fit construire une église et monastère en l’honneur de saint Germain d’Auxerre, ou l’evesque de Paris, dans la forest de Laye, et qu’après l’avoir fondée et dottée par une piété toute singulière, il en fit don et [f. 11] aumône à l’abbé et aux religieux qui estoient establis dans l’abbaye de Coulombs, ordre de saint Benoist, au diocèse de Chartres, d’où il tira plusieurs religieux qu’il fit venir oudit lieu de Saint Germain en Laye pour faire le service divin sous la direction d’un prieur qui estoit lors régulier.
Mais on ne pouvoit pas douter que ce généreux prince, qui ne se faisoit pas moins distinguer par sa piété que par son courage, ayant fondé plusieurs monastères en France, nottament le prieuré de Saint Germain en Laye, où il y mit une communauté de religieux de l’ordre de saint Benoist gouvernée par un prieur régulier, ne doutant pas qu’il ne leur eût aussy octroyé plusieurs beaux droits, biens et privilèges avec des exemptions touchant mesme la juridictioon spirituelle et temporelle dans toute l’étendue du terrain dudit prieuré, pour estre participant aux prières qui s’y feroient et pour seconder les pieux desseins de ce monarque vertueux, les roys ses successeurs même les ont confirmés et mesme ont voulu les augmenter de leurs bienfaits, en confirmant tous les dons, aumônes et autres droits, redevances, privilèges et exemptions qui sont attribuées audit monastère et prieuré dudit Saint Germain, comme nous l’apprenons par plusieurs chartres et lettres patentes de nos roys trouvées en plusieurs endroits du royaume, principalement dans le trésor de l’abbaye de Coulombs au diocèse de Chartres, qui ont estées mesmes sauvées d’un incendie arrivé dans cette abbaye en l’année 1616, qui malheureusement consuma la plus grande partie des tiltres et archives avec la charte de fondation du roy Robert touchant la fondation et dotation de laditte église et monastère royal de Saint Germain en Laye, avec plusieurs autres anciennes chartres, titres, papiers et autres enseignemens de laditte [f. 11v] abbaye de Coulombs concernant aussy les cures, prieurés et autres bénéfices qui en dépendoient.
Au déffaut de la chartre de la fondation du roy Robert, nous apprenons que les roys Henry premier, son fils, et Philippes premier, son petit fils, qui luy ont succedé, l’un après l’autre, déclarent entre autres choses par leurs lettres patentes données à Paris le 10e des calendres de juin l’an 13e de leur règne et de notre salut 1073 cy après rapportées que le roy son père et ayeul fit construire en l’honneur de Dieu et de saint Germain une église et monastère dans la forest de Laye et l’avoit pourveu de tous ce qui estoit nécessaire pour la subsistance et entretenement des prieur et religieux de l’ordre de saint Benoist qui estoient audi lieu, estant encore inséré dans les mesmes lettres du roy Phillippes que le roy Henry premier, son père, qui avoit succédé au roy Robert, son ayeul, l’an 1030, a confirmé tous ce qu’ils avoient confirmés et octroyés et donnés audit monastère, et mesme a augmenté leurs dons de plusieurs autres biens et revenus afin d’estre aussy participant aux prières pour le salut de son âme et de celles de ses prédécesseurs, entre autres choses accorde et donne audit monastère de Saint Germain et aux moines venus de l’abbaye de Coulombs qui deservoient pour lors laditte église toute la dixme de bled et vin qui luy appartenoit au grenier et scellier de Poissy et des autres lieux de Triel et de Charlavanne, que l’ont croit estre le territoire qui dependoit dudit prieuré, comm’aussy la dixme de blé, vin, avoine et légumes de quelue manière que ce fut aux villages d’Auvers et d’Orgeval avec plusieurs droits dans la forest d’Iveline avec le moulin de Fillancourt, de plus la terre nommée Gaudine près [f. 13] d’iceluy avec les droits dans la forest de Laye de chauffage, glandée et pâturages de leurs bestieaux pour l’usage des moines, leurs domestiques ainsy qu’il est mentionnés dans le titre cy après :
Charte du roy Phillippe premier, de l’an 1073
In nomine sanctae et individuae Trinitatis, Patris videlicet, Filii et Spiritus sancti, amen. Ego Philippus gratia Dei Francorum rex, notificari volo tam praesentibus quam etati posterorum quatenus avus noster, Robertus rex, in honore Dei et sancti Germani apud Sylvam quae Leya vocatur, quoddam construxit monasterium, adhibitis necessariis ibidem servientium fratrum. Pater vero noster, videlicet rex Henricus, qui post eum Galliae rexit imperium, concessit omnibus quae ille dederat, plura tribuendo locum ampliavit. Ego igitur, ut essem particeps tanti beneficii, supradicto monasterio, et monachis Columbensibus, eodem in loco famulantibus, dedi omnem decimam vini et annonae meae, quae pertinent ad cellarium vel granarium Pissiaci, videlicet de Trel et de Charlavana, et de ipso Pissiaco, decimam etiam Aulvers vini et annonae undecunque sit. Similiter dedi omnem decimam annonae meae, et avenae et leguminum de Aquilina et omnium crementorum meorum quae facta fuerunt in ea, molendinum etiam Filioli Curtis dedi et terram Gaudine, brancas etiam de Laya quantum necesse fuerit ad focum monachorum, necnon et mortuum lucum, quantum sufficit ad usum monachorum et hospitum suorum, et pasturam totam peccoribus monachorum et etiam hospitum suorum. Dedi etiam vivum nemus quantum fuerit necessarium ad aedifficia monachorum, vel nova facienda, [f. 13v] vel vetera reparanda. Gauterium quoque, quondam colibertum meum et omnem ejus posteritatem, et apud Raoldicurtem, quinque hospites predicto loco beati Germani contuli. Et ne memoria deleretur hujus beneficii, litteras inde fieri praecepi quas ipse propria manu firmavi. Testes supradictae dationis subtitulari precepi. Considerans vero quod de die in diem, in pluribus hominum refrigessit caritas et abbundat iniquitas, haec omnia in sigilli mei presidio et tuitione subscribi fecit, ut qui post nos venerint sciant quae pro animae meae et antecessorum meorum redemptione, monachis Columbensibus, Deo et Sancto Germano serventibus concessi et dedi. Actum publice Parisius decimo kalendas junii, regnante rege Philippo, tertio decimo regni sui anno. Sigillum Goffridi Parisiensis episcopi, sigillum Hugonis comitis Melenti, sigillum Simonis de Monteforti, sigillum Guidonis de Monteleherii, sigillum Hugonis de Puteolo, sigillum Ivonis comitis, sigillum Vuillermi Albani, sigillum Gauterii, sigillum Garnerii, sigillum Fromundi fratis ejus, sigillum Goiffridi Nivardi filii Nivardi, sigillum Nivardi fratris ejus, sigillum Hugonis filii Gauterii de Pissiaco, sigillum Gauterii Infantis, fratris ejus.

Il ce voit par ce tiltre cy dessus que ledit roy Philippe premier a augmenté les dons qu’avoient fait les roys Robert et Henry, ses père et ayeul, ce qui est aussy énoncé dans les lettres de confirmation où il est remarqué que ce roy a fait restabir les bastimens tant de l’église que du monastère du prieuré de Saint Germain en Laye, pour lequel il avoit toujours eu beaucoup de considération, le visitant mesme très souvent, ce qu’il a continué jusqu’à son déceds arrivé en la ville de Meulun le 29e du mois de juillet l’an 1108, ensepulturé dans l’abbaye de Sainct Benoist sur Loire.

[f. 15] L’édification du vieux château de Saint Germain en Laye
Nous apprenons que le roy Louis sixième, fils du roy Philippe premier, qui succéda à son père l’an 1110, après avoir domptés ses ennemis de tous costés et donné la paix générale à tous les peuples de son royaume, revint à Paris pour travailler aux affaires de son Estat, particulièrement du fait de justice et de police, qui estoient très mal administrées dans ce temps là, à cause que presque tout le royaume avoit esté ravagé par les guerres intestines et mesme par les Anglois qui faisoient des courses jusqu’aux portes de Paris, ce qui donna occasion au roy Louis 6e de faire bastir une forteresse ou château proche le prieuré de Saint Germain en Laye, dont le lieu s’appelloit Charlavagne en vieux françois et en latin Charlavana. C’est ce que l’on croit estre toute l’enceinte dud. lieu de Saint Germain en Laye, ainsi qu’il est fait mention dans plusieurs chartres et lettres patentes cy après rapportées, où nous aprenons seullement que les bastimens du vieux chasteau ou forteresse de Saint Germain en Laye furent commencés vers l’année 1122, mesme pour empescher lesdittes courses journalières que les Anglois faisoient perpétuellement, ravageant et pillant tous le pays jusqu’aux portes de Paris, lesquels possédoient la province de Normandie. Mais comme ce lieu où il vouloit bastir cette forteresse appartenoit et avoit esté anciennement donné par le roy Robert à l’église du prieuré de Saint Germain en [f. 15v] Laye et de saint Gilles scitué dans la forest dudit lieu, ce qui obligea un religieux dudit monastère nommé Robert, qui en estoit comme supérieur ou prieur, de venir trouver ledit roy Louis 6e pour luy représenter avec une profonde humilité que ce lieu où il vouloit faire bastir ce chasteau ou forteresse avoit esté autrefois donné par le roy Robert, son bisayeul, à son monastère pour y bastir et faire les jardinages du prieuré, à quoy il ajouta plusieurs autres prières et raisons exprimées par la requeste qu’il présenta au roy, l’ayant examinée sérieusement, luy répondit très favorablement que ce n’estoit point son intention de diminuer ny d’altérer les dons que le roys ses prédécesseurs avoient faits à l’église du prieuré de Saint Germain en Laye, mais plustost de les augmenter pour seconder leur prix desseins, luy fit expédier en mesme temps audit religieux des lettres patentes par lesquelles il luy accordoit la confirmation de tous les bienfaits des roys ses prédécesseurs. Il voulut mesme les augmenter encore de plusieurs autres donc pour récompenser ledit monastère du terrain qu’il luy prenoit pour construire ledit chasteau ou forteresse, pour cet effet luy donna et luy cedda le droit de juridiction tant spirituelle que temporelle dans toute l’étendue dudit lieu, comme aussy toutes les dixmes et autres redevances annuelles que ses prédécesseurs s’estoient réservés cy devant suivant lesd. lettres patentes, qu’il voulut mesme signer de sa propre main et les remis entre celles du moine Robert, en luy ordonnant de les porter, accompagné de ses frères religieux et de toute la communauté, sur l’autel de saint Germain en leur église de sa part et de celle de la reyne Adelaïde ou Alix, sa femme, et de Philippe, leur fils, comme c’estoit la coutume en ce temps là, lorsque l’on faisoit des fondations ou des dons en aumônes à des églises et aux monastères, [f. 17] ce qui marquait la bonne intention des fondateurs, ce qui fut exécuté par ledit religieux Robert suivant les intentions du roy Louis, vint aussytost se proterner devant luy en baisant sa main pour le remercier de ses bienfaits.
Charte du roy Louis sixiesme de l’an 1122
Anno ab Incarnatione Domini millesimo centesimo vigesimo secondo, Ludovicus gloriosus rex, superatis undique hostibus et oplata pace, Deo se adjuvante et prospera sibi tribuente, apud Parisius disponens jura regni et previdens in futurum, consilium accepit castrum edificandi in loco qui vocatur Carolivana, quod pagum Parisiensem ab inimicis custodiret. Sed quia idem locus a Roberto rege Sancto Germano antiquitus jam fuerat in elemosina datus, Robertus monachus regem adiit, humiliter et suggerens donum ejusdem atavi sui. Quod audiens Rex respondit benignissime elemosinas predecessorum suorum nullo modo a se diminutionem accipere, sed potius meliorationem. Quid plura ? Tradidit monacho donum ecclesiarum et omnium decimarum ad ipsum locum pertinencium et omnium reddituum suorum. Praecepitque monacho ut hoc donum super altare Sancti Germani ex sua parte, necnon et reginae Adelaidis, filiique sui Phillippi mitteret. Quod monachus accipiens procidit ad pedes ejus, osculans ejus manum. Testes qui haec viderunt sunt isti : Stephanus archidiaconus, Gislibertus frater ejus, Milo de Malerepast, Frogerius de Chaalons, Bartholomeus de Fulcris, Hugo filius Garnerii ; ex parte monachorum Robertus de Castello, Girelmus de Marleio, Garnerius praepositus.

[f. 17v] Il se remarque encore que le mesme roy Louis sixième, par une autre chartre de l’an de son règne le 17e et le 10e de la reyne Adelaïde, sa femme, et de notre seigneur 1124 donnée et scellée publiquement de la main d’Estienne, lors chancellier, à Saint Germain en Laye, en présence des evesques de Chartres, Meaux et autres prélats, seigneurs et grands officiers de sa cour, ainsy qu’il se pratiquait en ce temps là pour rendre plus stables et authentiques les fondations et donnations que les roys faisoient à des églises et monastères de leurs royaumes. Il se remarque aussy par cesdites lettres que le roy confirme derechef à l’église des bienheureux saint Germain et saint Vincent tout ce que les roys ses prédécesseurs luy avoient donné et octroyé, entr’autres Robert son bisayeul, qu’il qualifie de fondateur de ce prieuré, que Henry et Philippe, ses ayeul et père, qui luy avoient aussy donné et octroyé, mesme tous les droits qu’ils avoient dans le bourg et dépendance de Saint Germain en Laye et dans les autres lieux qui relevoient d’icelle église et monastère, même de toutes les redevances libres et exemptes, comme aussy toute la juridiction temporelle avec la connoissance et punition de tous crimes tant homicides, larcins qu’autres forfaits qui se commettroient dans l’étendue dudit lieu de Saint Germain et de ses dépendances, leur octroyant aussy toute la dixme de bled, vin et autres sortes de choses sujettes à ce droit avec les usages de bois et pâturages dans la forest dudit lieu ainsy que le tout est mentionné dans la charte qui est suivante :
2e charte du roy Louis sixième de l’an 1124
In nomine Sanctae et Individuae Trinitatis, ego Ludovicus [f. 18] Dei gratia Francorum rex, universis Dei Ecclesiae cultoribus, tam posteris quam instantibus et praecipue successoribus nostris, Francorum regibus, certum haberi, firmum teneri volumus, quod universa beneficia quae antecessores nostri, Francorum reges, eclesiae Beati Vincentii et Sancti Germani de Leya, videlicet Robertus rex, qui ecclesiam ipsam a fundamento fundavit, et Henricus rex, filius ipsius, et Philippus, pater noter, constulerunt vel in posterium quilibet concessuri vel donaturi sunt, et nos bona voluntate et utili concedimus et firmamus : in primis totam villam praedictae ecclesiae adjacentem, omnino liberam et quietam, cum sanguine et latrone et omnibus forisfactis in corpore villae factis sive omnibus consuetudinibus de corpore villae moventibus ; omnem quoque decimam vini et annonae meae et avenae quae attinent ad cellarium vel granarium Pissiaci, id est de Trel et de Charlavana et de ipso Pissiaco, et decimam Alvers, et annonae et leguminum et avenae undecumque sit ; similiter et decimam et annonae meae et avenae et leguminum de Aquilina et omnium crescentiarum mearum, si quae in ea fuerint factae ; molendinum quoque Filiolicurtis et unum modium annonae habendum perpetuo, unoquoque anno, de molendino quem pacto tali Columbenses monachi concesserunt fieri super stagnum Sancti Germani de Leya Bartholomeo de Fulcoio ; terram etiam Gaudine ; similiter et branchas de Leya, quantum necesse fuerit ad focum monachorum, necnon et mortuum lucum, quantum sufficit ad usum monachorum et etiam hospitum suorum et, ut monachi centum porcos habeant discurrentes per totam Layam tempore glandium ; vivum etiam nemus, quantum fuerit necessarium ad edificia monachorum, vel nova facienda vel vetera reparanda ; Galterum quoque colibertum et omnem ejus posteritatem et quinque hospites apud Ruoldicurtem. Haec omnia benigne concedimus monachis Columbensibus Deo Sanctoque Germano servientibus. Quae ne in posterum alicujus malevoli possint invidia infirmari vel vetustate deleri, nostri nominis charactere et sigillo signari et corroborari precepimus. [f. 18v] Actum publice apud Sanctum Germanum, presentibus episcopis nostris, Carnotensi videlicet Gaufredo et Manasse Meldensi cum clericis suis, albate scilicet Stephano de Valeia et Hugone de Leugis praeposito et Galterio de Bonavalle archidiacono et aliis multis. Data per manum Stephani cancellarii, anno Incarnati Verbi millesimo centesimo vicesimo quarto, regni vero nostri decimo septimo, Adelandis reginae decimo. Astantibus in palatio nostro quorum nomina subtitulata sunt et signa. Signum Stephani dapiferi, signum Gilliberti buticularii, signum Hugonis constabularii.

On remarque que le roy Louis septième dit le Jeune et le Pieux, qui succéda au royaume après le déceds du roy Louis sixiesme, son père, par ses lettres patentes données à Paris en l’année 1143 et en la septième année de son règne confirme et autorise tout ce que les roys ses prédécesseurs ont donnés et accordés à l’église de saint Germain et à la chapelle de saint Gilles, scavoir les roys Robert, Henry, Philippes et Louis, son père
Charte du roy Louis septième de l’an 1143
In nomine Sanctae et Individuae Trinitatis, Ludovicus ego Dei gratia Francorum Rex et dux Aquitanorum, notum facimus omnibus tam futuris quam praesentibus quod omnia quae praedecessores notri reges Robertus videlicet et Henricus, Philippus quoque et genitor noster Ludovicus ecclesiae beati Vincentii et santi Germani de Laya contulerunt, nos quoque ubicumque sint pari benignitate concessimus et firmavimus nostra authoritate videlicet
omnem decimam vini et annonae meae, quae attinent [f. 20] ad cellarium vel granarium Pissiaci, id est de Trel et de Charlavana, et de ipso Pissiaco, et decimam Alvers et vini et annonae et leguminum de aquilina et omnium cresentiarum mearum, si quae in ea fuerint facta, molendinum quoque filiolicurtis et terram Godine, brancas etiam de Laya quantum necesse fuerit ad focum monachorum, necnon et luceum quantum sufficit ad usum monachorum et hospitum suorum, pasturam totam pecoribus monachorum et etiam hospitum suorum et vivum nemus quantum fuerit necessarium ad edificiat monachorum, vel nova facienda, vel vetera reparanda, Galterum quoque Colibertum omnem ejus posteritatem et quinque hospites apud Ruoldicurtem, haec omnia concessimus quae ut perpetuae stabilitatis obstineant munimenta scripto commendari et sigilli nostri autoritate muniri, nostrisque nominis subtus inscripto charactere corrobarari praecepimus. Actum publice Parisus anno ab incarnatione Domini millesimo centesimo quadragesimo tertio, regni vero nostri septimo, astantibus in palatio nostro quorum nomina subtitulata sunt et signa. Signum Radulphi viromandorum comitis dapiferi nostri, signum Matheei cameraii, signum Mathaei constabularii, signum Vuillelmi buticularii.

Il se remarque dans plusieurs histoires des oppinions différends sur lequel saint Germain l’église de la paroisse de Saint Germain en Laye a esté dédiée, soit en l’honneur de l’évêque d’Auxerre ou celuy de Paris, étant de nulle diocèse. Mais il se remarque dans la vie de saint Germain d’Auxerre fait par G. Viole, in quarto, page 996, dit que le roy Robert que, sans avoir esgard à la perte faite devant le chasteau de saint Germain d’Auxerre et d’avoir inquiété les cendres du protecteur de ses ancestres, fit bastir en son honneur un monastère dans la forest nommée de Laye, mais depuis que cette parroise a estée de l’archevêché de Paris, l’on a festé saint Germain, évêque de Paris.

Note

[f. 20v] De la parroisse de Saint Germain en Laye
Comme l’on a remarqué cy devant que le lieu de Saint Germain en Laye a pris son commencement peu de temps après la fondation du prieuré faite par le roy Robert, ainsy qu’il se prouve par plusieurs titres et chartres cy devant énoncées, notament par celle du roy Louis sixième dit le Gros, qui a fait construire le vieux chasteau, cette charte marque mesme qu’avant l’an 1100 de Notre Seigneur, les peuples s’y estoient déjà establis en assés grand nombre et qu’ils y avoient bâtis plusieurs maisons, ce qui obligea mesme l’abbé de Coulomb et le prieur de Saint Germain d’y établir de leur part un prestre pour faire les fonctions curiales et avoir soing aussy de la conduite des âmes de ceux des habitans demeurans dans ledit lieu de Saint Germain en Laye, conformément au règlement qui fut fait au concile de Clermont en Auvergne, l’an 1092, sous notre saint père le pape Urbain IIe. Ce concile obligea tous les religieux de l’ordre de saint Benoist d’établir des prestres ou vicaires perpétuels dans les parroisses qui dépendoient de leurs monastères pour y administrer les sacrements dans tous les lieux où il seroit nécessaire, ce qui a fait que ce lieu de Saint Germain c’est très augmenté et par les séjours que les roys y ont fait, tant dans le prieuré que dans le vieux château, avec tous les beaux privilèges qu’ils y ont accordés, ce qui fit nestre une grande contestation entre Roger, abbé de Coulombs, et Maurice, evesque de Paris, son chapitre, le prieure de Saint [f. 22] Germain en Laye et ses religieux, scavoir que ledit Roger, abbé de Coulombs, prétendoit comme collateur dudit prieuré que le prieur ny ses religieux ne devoient relever en tous leurs droits, tant spirituels que temporels, d’aucun évêque, étant de nulle docèse, dans toute l’étendue dudit lieu, ce qui donna occasion à une transaction ou sentence arbitrale entre toutes les parties en l’année 1163 ainsy qu’il ensuit :
Notum sit omnibus ad quoseumque litterae istae pervenerint, quod ego Mauritius Dei gratia Parisiensis Ecclesiae humilis minister, consilio Clementis Parisiensis decani et proborum vinorum Ecclesia Parisiensis freti, compromisimus in manum domini Milonis archipresbyteri Mediolanensis et domini Osmundi Parisiensis cononici de compositione facienda super controversia quae vertebatur inter nos et abbatem Columbensem de ecclesia Sancti Germani in Leya
In nomine Sanctae et Individuae Trinitatis, amen. Controversiam quae vertebatur inter dominum Mauricium, episcopum Parisiensem, et ex altera parte dominum Rogerium abbatem Columbensem et ejus fratres de monasterio Sancti Germani in Leya et de perochia ibi adjacente, domino Ismundo canonico Parisiensi et Miloni archipresbitero Mediolanensi, fide promissa et pignoribus datis commisserunt predictus episcopus, cum consensu capituli si et abbas cum consenu fratrum suorum transactione terminandam, controversia si quidem talis erat, conveniebat episcopus abbatem, et dicebat monasterium de Laya per omnia ad se pertinere, duplici scilicet ratione, donatione domini Henrici Regis Francorum et quia infra terminos sui episcopatus constitutum esse asserebat, curam vero animarum populi illius, et ejus parochiale adse spectare proponebat firmiter, tum quia infra ejus diocesim populus ille constitutus foret, sicut dicebat, tum etiam quocumque modo per sacerdotem suum possidere et diu possedisse [f. 22v] allegabat, abbas vero et contrario respondebat dicens et habere plura regnum privilegia, et inficiabatur praedictum monasterium sive parochiam fore in episcopatu Pariensi et dicebat se possidere monasterium et ejus parochiale ejusdem loci, sacerdotem quoque nomine ejus ibi fore et possedisse tam parochiam quam monasterium sexagenta annis aut co amplius quorum itaque rationibus hinc inde auditis diligenter, precaeperunt Osmundus Parisiensis canonicus et Milo Mediolenensis archipresbyter ea quae infra scripta sunt ab utraque parte inviolabiliter persevari ; statuentes scilicet ut amodo monasterium et cappella Sancti Ægidii et populus totius Parochiae chrismate et oleo Parisiensis ecclesia nutriatur, ecclesia quoque Sancti Germani seu altaria sive capella Sancti Ægidii, si consecrari contingat a praedicto episcopo consecrabuntur, clericis ejusdem parochiae ordines dabit, curamque animarum recipiet dominus abbas Rogerus ab episcopo Parisiensi et eum investiet, unusquisque successorum ejus infra annum benedictionis suae, requiret ab episcopo investituram, quam si distulerit facere, nihilominus habebunt predictam curam. Dabit quoque parochiam suam abba et praedictam curam, si voluerit de sacerdotibus Parisiensis confinii de Alpeco scilicet vel de Marcolo si idonum invenerit alioquin undecumque voluerit libere accipiet, matrimonii vero si emergat, quaesto in praesentia episcopi terminabitur, in signum quoque subjectionis et reverentiae, quisquis episcoporum Parisiensium infra annum creationis suae Bisantium ad abbate recipiet, caetera vero prater illa quae superius dicta sunt, sive in spiritualibus, sive in temporalibus libere et absolute ad abbatem Columbensem pertinebunt, ut nee de synodo vel sinodalibus, vel circata, vel aliquo alio modo, exdebito Parisiensi episcopo, vel ecclesia seu decano, vel archidiacono expacto respondeat. Si vero contingat episcopum [f. 23] ad monasterium Sancti Germani venire, remota processione et omni procuratione in hospitio suscipietur, haec, autem statuta sunt salua in omnibus sacro sanctae Romae Ecclesiae autoritate actum. Est hoc Parisius anno ab Incarnatione Domini nostri Jesu Christi millesimo centesimo sexagesimo tertio indictione undecima, decimo secundo Kalendas maii. Signum Odonis cancellarii.
Asquiescement de laditte sentence arbitrale par Maurice de Sully, evesque de Paris
Ego Mauricius, Parisiensis episcopus, huic concordiae consentio et subscribo. Ego Clemens decanus, signum Alberti praecentoris, signum Bermundi archidiaconi, signum Simonis archidiaconi, signum Giraudi archidiaconi, signum Gauterii cappellani, et Gauterii, et Adonis sacerdotum, et Anselini et Petri et Gauterii diaconorum, et Mancerii et Therbuldi et Hildvini subdiaconorum, et Helvini et Philippi et Hugonis puerorum.
Ego Rogerius, abbas Columbensis huic concordiae consentio et subscribo, et Durandi prioris, et Guillelmi qui dicitur panis et aqua, et Roberti prioris Sancti Germani, et Odonis cellerarii et Petri Bajuli et Pauli prioris de Blaru.
Ego Milo sanctae Mediolanensis ecclesiae archipresbyter a me facto subscripto. Ego Osmundus sanctae Parisiorum ecclesiae canonicus a me facto subscribo.
S’ensuit la bulle de notre saint père le pape Alexandre troisième qui homologue les actes cy dessus esnoncez :
Alexander episcopus servus servorum Dei, dilecto [f. 23v] filio Rogerio abbati Columbensis monasterii, salutem et apostolicam benedictonem. Justis petentium desiderus facilem nos conconvenit impertiri consensum, et vota quae a rationis tramite non discordant effectu suo prosequente complenda, ex propter dilecte in domino fili tuis justis postulationibus grato concurrentes assensu, compositionem quae inter te et Mauritium Parisiensem episcopum super ecclesia Sancti Germani in Leya et cappella Sancti Ægidii cum parochia sua et omnibus ad prasatam ecclesiam Sancti Germani pertinentibus, dilectis filiis nostris Milonis Mediolanensis ecclesiae archipresbitero et Osmundo Parisiensi cononico mediantibus rationabiliter facta sicut in authentico scripto exinde facto noscitur contineri, tibi et perte ecclesiae tuae auctoritate apostolica confirmamus, ac praesenti scripti patrocinio communimus, statuentes ut nulli omnino hominum liceat hanc paginam nostrae confirmationis infringere, vel ci aliquatenus obviare, si quis autem hoc attentare praesumpscrit, omnipotentis Dei indignationem et beatorum Petri et Pauli apostolorum ejus senoverit incursurum, data Parisud duodecimo Kalendas maii.
Acquittement de la redevance du bezant à Pierre, evesque de Paris, par l’abbé de Coulombs, le prieur et les religieux du prieuré de Saint Germain en Laye
Abbas Columbensis recepite apud sanctum victorem curam animarum de Sancto Germano in Leya, a Petro Parisiensi episcopo et juramentum, et fidelitatem et obedientiam in quantum pertinet ad curam animarum et recognitionem subjectionis bizantium unum dedit eidem praesentibus clericis Garnerio decano Sancti Germani, magistro Nicolao et magistro Theobaldo, et magistro Joanne de Caudet, canonicis [f. 24] Parisiensibus, fratre diacono de Sancto Victore, Roberto de Codumaco, magistro Phillippo de Gemmosio et apresbytero de Paucourt et a Vermiaco praesentibus etiam monachis priore Sancti Germani in Leya, priore de Maliaco et magistro Galtero Bond de Betigny.

Tous les exemptions et prérogatives, tant pour la juridiction spirituelle que temporelle qui ont estées accordées anciennement par nos roys à l’église et monastère royal de Saint Germain en Laye sont assés confirmées par les titres et chartes cy devant esnoncées, entre autres par celle du roy Louis septiesme dit le Jeune et de la reyne Adelaïde, sa femme, de l’an 1163, qui ont esté extraits tant des origineaux qui sont à l’abbaye de Saint Germain des Prez de Paris que des cartulaires de la bibliothèque du Roy et de ceux de l’abbaye de Coulombs avec laditte transaction passée entre ledit Maurice de Sully, évêque de Paris, et son chapitre, d’une part, et Roger, abbé dud. Coulombs, le prieur et les religieux du monastère de Saint Germain en Laye et de la parroisse du mesme lieu, d’autre part, sur ce que ledit evesque de Paris disoit que ce monastère luy appartenoit à cause qu’il estoit scitué dans les limites de son dit evesché, ainsy que la charge des âmes et le droit parroisial luy appartenoit et qu’il en estoit mesme en bonne possession depuis un très long temps par son prestre qu’il y avoit étably de sa part, mais l’abbé de Coulombs soutenoit le contraire, disant qu’il avoit plusieurs privilèges de nos roys qui avoient accordés à son monastère, et que mesme il en étoit en possession depuis plus de soixante années de pouvoir mettre et d’installer le prestre qui étoit et deservoit dans l’église du prieuré dudit Saint Germain en Laye, ce qui donna occasion de passer la transaction sur les contestations des parties par laquelle fut dit [f. 24v] et arrestée que dès lors ledit monastère et la chapelle de saint Gilles, ancien patron dudit prieuré et de la parroisse de Saint Germain en Laye, seroient obligés de se servir du cresme et des saintes huiles de Paris, que laditte église et les autels de laditte chapelle de saint Gilles seroient consacrés par l’évêque de Paris et qu’il conféreroit les ordres aux clers de la paroisse, et mesme que l’abbé de Coulombs seroit obligé de recevoir pareillement de l’Eglise de Paris la charge des âmes, ainsy que ses successeurs, qu’ils seroient obligés de faire dans l’année de leur bénédiction et d’en demander l’investiture, que ledit abbé pourroit aussy faire déservir laditte cure ou vicairie perpetuelle par un prestre des environs du diocèse de Paris comme du Pecq, de Mareil ou autre où bon luy sembleroit, s’il étoit trouvé capable, et aussy que les causes de mariages et autres choses qui regardoient les permissions sujettes à l’authorité de l’épiscopat seroient accordées et terminées en présence de l’évêque de Paris, que ledit abbé de Coulombs seroit tenu pour marque de sa dépendance et sa soumission obligé dans la première année de sa cration de luy donner un bezant d’or, que l’on dit estre une monnoye qui avoit cours dans le royaume, fabriquée à Bizance à présent Constantinople, mais quant aux autres choses stipulées dans les actes cy devant esnoncées tant pour le spirituel que pour le temporel, elles appartiendroient librement audit abbé de Coulombs ou au prieur de Saint Germain en Laye, qu’ils ne seroient point tenus de répondre à l’évêque de Paris ny aux assemblées des sinodes tenus par les doyens et archidiacres, qu’ils seroient exempts de toutes visites et autres droits portées par leurs privilèges et exemptions insérés en laditte transaction passée en l’année 1163, indiction 11e, le 12e des calendes de may, qui répondent au 20e avril, et confirmée par le pape Alexandre 3e, qui pour lors étoit à Paris, s’étant retiré en [f. 25] France pour estre sous la protection du roy Louis dit le Jeune contre les cruelles persécutions de l’empereur d’Allemagne.
Tout ce que nous avons rapporté cy dessus font assés connoistre la grande ancienneté de la chapelle de saint Gilles, bâtie bien avant le prieuré et la paroisse de Saint Germain en Laye, par tous les authentiques et privilèges qui ont estés accordés à ces bénéfices par tous les roys depuis leurs fondations, qui est plus de sept cent années, jusqu’à présent, ce qui se prouve encore par plusieurs célèbres histoiriens, entre autre par Duchesne, historiographe du Roy, qui au 4e tome de son histoire de France en fait amplement mention, Helegend, religieux de l’abbaye de Fleury sur Loire de l’ordre de saint Benoist, en 77e page de l’Epitome ou abrégé qu’il a fait de la vie du roy Robert, dit que le monastère et l’église de saint Germain, de saint Vincent et l’ancienne chapelle de saint Gilles en la forêt de Laye sont réputés estre fondés par le roy Robert, de plus le père Mabillon, religieux bénédictin, en la 284e page de son traité des bulles et lettres patentes, dit que l’église et le chasteau de Saint Germain dans la forest de Laye, séjour délicieux des roys de France, semblent avoir pour autheur le roy Robert, qui fit construire le monastère joignant la ville qu’il appelle royalle en l’honneur de saint Germain et que le roy Henry premier, son fils, la nommoit dans ces tiltres petitte abbaye scitué en al forest de Laye fondée par le roy Robert, son père.
Il est très constant que le prieur et les religieux tirés de l’abbaye de Coulombs de l’ordre de saint Benoist au diocèse de Chartres, qui ont demeurés et deservi l’église du prieuré de Saint Germain en Laye, ont toujours esté libres et exempts de toutes redevances, mesme ont joui du droit de la juridiction spirituelle et justice temporelle, haute, moyenne et basse, [f. 25v] avec la seigneurie directe dans tout ledit lieu, avec les droits de lots et ventes des mutations des maisons, d’héritages, et d’autres redevances dont les seigneurs hauts justiciers jouissent, ayant leurs officiers établis pour rendre la justice comme bailly, procureur fiscal, greffier, sergens, voyers et autres officiers establis pour la conservation des droits y attribués, avec le droit de fourches patibulaires posées vers le village de Fourqueux. Suivant tous ces beaux droits, tous les prieurs de Saint Germain en Laye, tant réguliers que commandataires séculiers, ont toujours eut le droit de porter le titre, le nom et la qualité de seigneurs spirituels et temporels de Saint Germain en Laye, et n’étant de nul diocèse sans aucune contradiction jusqu’à la réunion qui en a esté faite à l’archevesché de Paris en l’année 1670.
Nous disons que, dans le temps de la fondation du prieuré de Saint Germain en Laye faite par le roy Robert, outre les biensfaits qu’il luy a donnée et ceux de ses successeurs roys qui luy ont octroyé et augmenté plusieurs droits, mesme pour continuer et augmenter les prières et le service divin à leurs intentions par une communauté de six religieux bénédictins qui estoient demourans dans ledit prieuré, dont l’un étoit prieur ou supérieur, comme il a été expliqué cy devant, le tout s’étant très bien observé et exécuté avec édiffication pendant un très longtemps qu’il y a eu une communauté de ses religieux, fidels observateurs de leurs règles, mais comme cette communauté estant diminuée par le mauvais temps des guerres survenus en France, ce qui a esté cause que ce bénéfice étant tombé mesme en commande qu’il y a eu des prieurs nommés commendataires séguliers, dont quelqu’uns ont estés mesme gens d’épée, chevaliers de l’ordre de saint Lazare qui ont négligé de remplir ledit monastère de religieux à mesure qu’ils sont [f. 26] decedez pour y continuer le divin service comme par le passé, en telle manière que cette communauté ayant été réduite même à un seul religieux nommé prieur pendant près d’un siècle, jusqu’à dom Lefebvre, dernier prieur régulier religieux de Saint Martin des Champs de Paris, qui en a jouy jusqu’à son déceds arrivé vers l’année 1664, ce bénéfice ayant esté conféré à un prieur commandataire qui faisoit acquitter les prières et charges du prieuré par le vicaire perpétuelle ou curé de la parroisse dudit lieu de Saint Germain, qui furent réduites seullement à dire ou célébrer à l’avenir les matines journaliers et une messe basse tous les dimanches de l’année dans le chœur de la ditte parroisse, au grand autel, après la grande messe des dimanches de l’année, avec l’apersion de l’eau bénite autour de l’église en chantant ensuitte le Domine salvum fac regem, avec l’Oremus que sumus etc. pour le roy régnant et le De Profondis pour les roys décédez, bienfaicteurs de cette église, estant les seulles charges que les prieurs et curez sont obligée de dire ou faire céllébrer comme titulaires de ces deux bénéfices réunis ensemble sans en estre séparés pour quelque cause que ce soit.
Les prieurs et religieux du prieuré de Saint Germain en Laye ont tousjours jouy cy devant de la justice spirituelle et temporelle comme seigneurs dans toutte l’étendue du tairitoire dudit Sainct Germain en Laye, ne relevant d’auqun archevesque ny evesque de France, seullement du sainct siège apostolique de Rome comme estant de nul diocèsse. Le sainct père le pape nommoit de sa part un grand vicaire pour administrer et régir le spirituel dans cette parroisse royalle, ce quy c’est observé tousjours jusqu’à monsieur de Coiallin, evesque d’Orléans et premier olmonier du roy Louis quatorze, quy a esté le dernier grand vicaire nommé du sainct siège de Rome, mais estant survenus plusieurs différends et discutions entre le prieur et le curé ou vicaire perpétuel pour quelques redevances ou autres droits consernante la ditte parroisse, c’est ce quy a donné occasion à messieurs de Perefix, archevesque de Paris, et à Ferdinand [f. 26v] de Neufville, evesque de Chartres, de prétendre que la juridiction spirituelle dans ledit lieu de Saint Germain en Laye qu’il disoient estre réciproquement scitué dans les limites de leur diocèze, de sorte que sur le différent qui étoit entr’eux pour la dépendance de laditte cure dudit lieu, le roy Louis quatorze voulant faire terminer leur différent qu’il y avoit plusieurs siècles qui duroit, voulut nommer des commissaires pour estre rendu sur leurs rapport arrest du conseil d’Estat de Sa Majesté, où elle voulu mesme présider en personne, ainsy qu’il ensuit :
Arrest du conseil d’Etat du Roy pour la réunion de la parroisse de Saint Germain en Laye à l’archevesché de Paris en 1670
Veu au Conseil du Roy, Sa Majesté y étant l’arrêt rendu en iceluy le 26e jour de may 1669 par lequel sur le différend qui est entre le sieur archevesque de Paris et le sieur évêque de Chartres pour raison de la dépendance de la cure de Saint Germain en Laye, auroit été ordonné que lesdits archevêque de Paris et évêque de Chartes remetteroient es mains du sieur Boucherat, conseiller ordinaire es conseils de Sa Majesté, leurs titres, mémoires et pièces justificatives pour, après en avoir communiqué aux sieurs de Morangis, évesque d’Usez et de Seez, et Poncet, estre à son rapport ordonné ce qu’il appartiendra pour raison imprimé d’une transaction du 20 avril 1163 passée entre Maurice, évêque de Paris, d’une part, et Roger, abbé de Coulombs, et ses religieux, d’autre, au sujet de la juridiction du monastère de Saint Germain en Laye et de la parroisse du mesme lieu par laquelle il auroit été ordonné que le monastère et la chapelle de saint Gilles et les peuples de toute la parroisse seroient obligés de se servir du cresme et des saintes huiles [f. 27] de l’Eglise de Paris, et qu’il conféreroit les ordres sacrés aux clers de laditte parroisse, que ledit abbé recevroit pareillement de l’Eglise de Paris la charge des âmes et que tous ses successeurs seroient obligés, dans l’année de leur bénédiction, d’en demander l’investiture, et en cas de délay qu’il en jouiroit à l’ordinaire, que ledit abbé pourroit aussy faire de laditte cure par un prestre des environs de Paris, du Pecq ou de Mareil, et que s’il ne s’ans trouvoit de capable, qu’il en pourroit prendre où bon luy sembleroit, que les causes de mariages seroient terminées en présence de l’évêque de Paris, auquel et à ses successeurs ledit abbé, pour marque de sa dépendance et de sa somission, seroit tenu leur donner à chacun d’eux un bezant dans la première année de sa création, acet de prise possession du 18e mai 1509 à cause de la permutation de la chapelle Saint Fiace des Loges en la forest de Laye, compte rendu par Edme Bernard, commis à la recette de décimes et subventions du diocèze de Paris le 24e juillet 1610 dans lequel le prieur de Saint Germain en Laye est compris es registres, contenant le département fait le douze octobre 1628 des décimes tant ordinaires qu’extraordinaires sur les bénéfices du diocèze de Paris dans lequel le dit prieuré de Saint Germain en Laye est pareillement compris, certificat du notaire apostolique et greffier de la chambre éclésiastiques du diocèze de Paris du 3e aoust 1669 que le peirur de Saint Germain en Laye y avoit toujours esté couché sur le roole des décimes dudit diocèse, deux cahiers de plusieurs extraits de tonsure et d’autres ordres administrés es années 1583, 1584, 1589, 1606 et 1626 à ceux du bourg de Saint Germain en Laye comme étans du diocèze de Paris, acte de consécration de l’église des récolets de Saint Germain par Jean François de Gondy, archevesque de Paris, du 7 septembre 1625, trois provissions et visa du prieur de Saint Germain et du curé expédiés [f. 27v] par ledit sieur evesque de Paris le 26 may et 23 juin 1664 et 10e juin 1667, acte de notoriété des plus anciens dudit Saint Germain en Laye en date du 22 febvrier dernier sur la scituation et continuation du chemin qui conduit dudit lieu à Versailles, carte figuré de la situation dudit Saint Germain, de la forest de Laye et des chemins des environs avec l’explication de laditte carte, deux actes des années 1075 et 1124, l’un de Philippe premier et l’autre de Louis sixième, roys de France, desquels il résulte que le prieuré de Saint Germain en Laye est de la fondation de Robert, aussy roy de France, quatre extraits des registres du diocèze de Chartre de l’an 1510 par lesquelles il paroist que les graduez avoient tous le tiers des bénéfices et le troisième bénéfices vacant et que, sur le refus fait par l’abbé de Coulombs de conférer aux graduez qui luy demandoient le prieuré de Saint Germain en Laye, auroient eu recours audit évêque de Chartres, qui y avoit pourveu par le droit de dévolution, autre extrait du secrétaire dudit diocèse de Chartres des provissions données le 22 mars 1550 à un gradué de la cure de Saint Germain, autre extrait dudit secrétaire du diocèse de Chartres du 25 aoust 1468 par lequel il parroist que ledit sieur évesque de Chartres, faisant les ordres à Poissy, Pierre Lejeune dudit Saint Germain en Laye auroit la tonsure, autre extrait dudit secrétariat du 13e mars 1472 par lequel il parroist que les nommés du Tillet, Olivier, Hautenier, Monsigot et Lesueur de Saint Germain en laye ont receu la tonsure dudit sieur évesque de Chartres, autre extrait du mesme secrétariat du 17 décembre 1474 par lequel fait mention que Pierre Lejeune dudit Saint Germain en Laye a receu l’ordre d’acolite dudit sieur évesque de Chartres, autre pareille extrait de l’an 1475 portant que ledit Lejeune auroit pris le sous diaconat et la prêtrise audit Chartres, autre extrait dudit secrétariat de l’an 1538 par lequel il paroist que Gilles et [f. 28] Nicolas Chedeville, Robert Garoche, Germain et Guillaume Julienne de Saint Germain en Laye ont esté tonsurés par le sieur évesque de Chartres, outre pareil extrait des lettres de tonsure données en 1540 par ledit sieur évesque de Chartres à Mathieu Cagnyé dudit Saint Germain en Laye, permission donnée par ledit sieur évesque de Chartres au sieur évesque de bayeux de faire bastir un couvent de célestins à Eclimont dattée apud Sanctum Germanum in Laya nostra diocesis Carnotentis 1° mensis julii 1547, autre extrait des registres dudit diocèze de Chartres du 22e février 1493 par lequel il paroist que le sieur évesque de Chartres a donné la tonsure à Jean Delespine dudit Saint Germain en Laye, autre extrait de tonsure du 13 mars 1540 donnée par ledit évesque de Chartres à Laurent Billemont dudit Saint Germain en Laye, cahier d’autres extraits dattées et expédiés par les sieurs évesque de Chartres étant à Saint Germain en Laye, avec une permission donnée à un prêtre étranger de célébrer et de servir dans ledit diocèse pendant deux ans, et des lettres octroyées à des religieux augustins dattées de Saint Germain en Laye avec ces mots : nostrae Carnotentis diocesis, procès verbal de compulsoire des susdits extraits fait en la présence du procureur dudit sieur archevêque de Paris du 30 may 1639 et jours suivants, un cahier d’écritures faites par le sieur d’Estempes, évêque de Chartres, contenant les contredits à la production cy devant faite par ledit sieur de Gondy, archevêque de Paris, à la réponce au factum par luy fait pour raison de la dépendance de laditte cure de Saint Germain en Laye, mémoire et instruction des droits que ledit sieur d’Estampes, évêque dudit Chartres, prétendoit avoir à laditte cure par lequel il conclud à ce qu’il soit conservoit au droit d’exercer tous droits, pouvois, fonctions et juridiction épiscopale dans toutes l’étendue dudit bourg de Saint Germain en Laye, déclare ledit prieuré et cure dudit [f. 28v] lieu estre assis au dedant dudit diocèse de Chartres, et à cause de ce tenus et obligez de reconnoître ledit sieur évêque de Chartre pour leur diocézain, et non ledit sieur archevesque de Paris, requestre de messire Ferdinand de Neuville, évêque dudit Chartres, tendante à ce qu’il plût à Sa Majesté de luy donner acte de ce pour contredit à la production dudit sieur archevesque de Paris il emploioit le contenu en laditte requeste et qu’il luy fut permis d’ajouter à sa production une sentence de l’officialité dud. Chartres du 23e febvrier 1665 portant que Nicolas Cagnyé, curé dudit Saint Germain, prendroit le visa dudit sieur évêque de Chartres et, jusqu’à ce, qu’il seroit interdit de ses fonctions curiales, commission dudit official du 16e may audit an 1666 pour informer des contraventions faites par ledit Cagnyé à l’exécution de laditte requeste ou sentence, requestre présentée par ledit Cagnyé audit évêque de Chartres afin d’obtenir de luy, nonobstant laditte sentence, des lettres d’institution pour régir et administrer laditte cure, le visa octroyé par ledit sieur évesque de Chartres audit Cagnyé le 29e juin audit an 1665, mandement dudit sieur évesque du 8e dudit mois de juin, suivant lequel ledit Cagnyé auroit signé le formulaire, certificat de Jean Barbier, curé de Maule et archiprestre du doyenné de Pinserais du 11 octobre 1669 qu’il a eu en sa possession plusieurs mémoires et rooles contenant les noms des parroisses qui dépendent dudit doyenné qui ont pris et renouvellé les saintes huilles audit Maule pour l’administration des sacremens es années 1602, 1603, 1609, 1616, 1622, 1627 et 1628, entre lesquelles celle de Saint Germain étoit aussy comprise, autre requestre de messire Hardouin de Perefix, archevesque de Paris, de contredit à la production dudit évêque de Chartres à ce qu’il soit maintenu et gardé, et ses successeurs à perpétuité, [f. 29] au droit diocésain sur le prieuré et parroisse de Saint Germain en Laye, avec déffense audit évesque de Chartres de s’y troubler, et de luy permettre d’ajouter à sa production un extrait du grand pastoral de l’Eglise de Paris, et de la donnation faite par Henry de Bourbon, prince de Condé, es mains du cardinal de Gondy, évêque de Paris, en l’église dudit Saint Germain en Laye le 17 janvier 1596, deux cahiers d’extraits tirés des registres du secrétariat de l’archevêché de Paris pour justifier comme les ordres ont été administrés à ceux dudit Saint Germain en Laye par l’archevêché de Paris es années 1589, 1601, 1611, 1614, quatre actes passés entre Maurice, évêque de Paris, es années 1169, 1170, 1187, 1192 par lequel il paroist qu’il a exercé le pontificat de laditte église environ l’an 1160 et plusieurs années suivantes, autre requeste dudit sieur évêque de Chartres de contredit à la production nouvelle et de salvation aux contredits dudit sieur archevesque de Paris, autre requeste dudit sieur évesque de Chartres à ce qu’il luy fût permt d’ajouter à sa production deux extraits du secrétariat dudit évêché du 7e juillet 1464 et 22e aoust 1468 par lesquelles il paroist que le sieur d’Illiers, évêque dudit Chartres, faisant ses visites dans la chapelle Saint Fiacre des Loges de son diocèse, avoit receu des plaintes contre le prieur et le clerc dudit Saint Germain en Laye, deux autres extraits dudit secrétariat des 27e juillet 1464 et 4 aoust 1473 par lesquells il paroist que le sieur évêque de Chartres a visité l’abbaye de Coulombs, permission donnée par le sieur Lescot, évêque dud. Chartres, aux religieux de l’abbaye de Saint Maur du 22e novembre 1642 au pied d’une requeste à luy présentée pour établir entre eux une communauté en l’abbaye de Coulombs, certificat du doyen rural de Mante, cy devant curé de Maule au diocèse de Chartres, du 3 janvier 1665 qu’il a eu laditte qualité de curé de Maule, distribué [f. 29v] pendant quatre ans les saintes huiles aux curés de Poissy et de Saint Germain en Laye, autres extraits des registres de l’officialité de Chartres des 16 et 18e septembre 1388 d’un jugement par lequel Simon Lecharpentier dudit Saint Germain en Laye auroit esté condamné envers le chapitre de Notre Dame de Poissy à la somme de quarente sols, deux autres extraits dattées des 23e décembre et 30e mars 1475 par lesquels il parroist que Pierre Lejeune dudit Saint Germain auroit receu dudit sieur d’Illiers, évêque de Chartres, les ordres de diacre et de prestrise, autres extraits dudit secrétariat par lesquels il parroist aussy que ledit sieur d’Illiers a donné la tonsure à Jean Dreux et l’ordre de prêtrise à Pierre Morsalaine dudit Saint Germain en Laye, autre pareil extrait daté du 19 mars 1639 portant que Claude Guignard et Claude Garnier, originaires dudit Saint Germain en Laye, auroient receu la tonsure dudit sieur évêque d’Ardenne par permission du sieur d’Estampes, évêque dudit Chartres, cahier de plusieurs extraits d’actes tirés dudit secrétariat de l’évêché dudit Chartres des années 1464 et autres suivantes, desquelles il résulte que tous ceux qui estoient admis à la tonsure étoient certifiés être nés en légitime mariage par ceux qui les présentoient, extraits des comptes décimes dudit diocèse de Chartres des années 1518, 1541, 1544 et 1567 dans lesquelles le prieuré de Saint Germain en Laye est compris, information du 6e juin 1614 faite par l’official dudit Chartres de la pauvreté de Denis Aubel et de Mathurin Lethrosme dudit Saint Germain en Laye, commission dudit official du 16e may 1617 pour informer du contenu es lettres de dispence de mariage obtenues par lesdits Aubel et Lethrosne, l’information du 6e septembre 1618 faite en conséquence de laditte commission, conclusions du procureur de laditte officialité et sentence [f. 30] d’entérinement de laditte dispence de mariage desdits Aubel et Lethrosme rendu par ledit official le 6e may 1619, imprimé du factum fait par le sieur de Gondy, archevêque de Paris, contre ledit sieur d’Estempes, évêque dudit Chartres, au sujet de la présente contestation, autre requeste dudit sieur archevesque de Paris servant de réponce aux requestes dudit sieur évêque de Chartres, autre requeste dudit sieur évêque de Chartres pour répondre à celle dudit sieur archevêque de Paris à ce qu’il luy fût permis d’ajouter à sa production des lettres de compulsoires obtenus par led. archevesque le 5 avril 1670, exploits d’assignation donnés à sa requeste le 28e may ensuivant audit sieur évêque de Chartres à comparoir à la maison abbatial de Coulombs pour voir compulser les pièces dont il avoit besoin en la présente instance, procès verbal fait par Philippe, huissier au Châtelet de Paris, le 30 jour dudit mois de may de compulsoire de la transaction du 28 avril 1163 cy devant énoncée avec la bulle de confirmation et homologation des pièces d’icelle et des commissions perpétuelles de la vicairerie dudit Saint Germain en Laye, procuration de l’abbé de Coulombs du 24e octobre 1457 pour instituer un official, un promoteur et autres officiers en spiritualités dans le bourg dudit Saint Germain en Laye, contract de donation faite par le prieur dudit Saint Germain en Laye où il se dit de nul diocèze du 13e septembre 1555 de plusieurs places pour l’accroissement de l’église dudit lieu, deux actes de signatures expédiées à Rome es années 1664 et 1666 portant que ledit lieu de Saint Germain en Laye du diocèse de Paris ou de nul diocèse, autre requeste dudit sieur évêque de Chartres pour contredit à la production nouvelle dudit sieur archevesque de Paris à ce que, sans s’arrester à icelle conclusions par luy prises, luy soient adjugés, Ouy le rapport du sieur de Boucherat, conseiller ordinaire du Roy en ses conseils, après en avoir communiqué aux sieurs évêques d’Usez et de [f. 30v] Seez, et Poncet, aussy conseillers ordinaires esdits conseils, et tout considéré, le Roy étant en son conseil a maintenu et gardé, maintient et garde ledit sieur archevêque de Paris et ses successeurs archevêques en tous les droits, pouvoirs, fonctions et juridiction diocézains dans toute l’éytendue du prieuré, bourg et parroisse et territoire de Saint Germain en Laye, faisant Sa Majesté déffense audit évesque de Chartres et ses successeurs de les troubler en tous lesdits droits, fonctions et juridiction. Fait au conseil d’Etat du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à Saint Germain en Laye le quinzième jour de septembre 1670.
Ensuitte de cet arrest, monsieur de Perefix, cy devant évêque de Rodez et précepteur du Roy, lors archevêque de Paris, ayant esté maintenu en la possession de la dépendance de la cure de Saint Germain en Laye, le premier novembre en laditte année 1670, jour et fête de tous les saints, prit la possession à luy accordée de tout le territoire de la dépendance de laditte parroisse et dudit prieuré, ce qu’il fit par un service solemnel où il porta processionnellement le saint sacrement dans toute l’étendue des rues dudit lieu, qui étoient tapissées et ornées ainsy que le jour de la fête de Dieu, à laquelle cérémonie et procession le roy Louis quatorze assista avec toute l’édiffication et dévotion d’un prince aussy pieux, accompagné des reynes Anne d’Autriche, sa mère, et de Marie Thérèse, sa femme, et de toute leur cour. Ainsy l’église du prieuré et de la parroisse de Saint Germain en Laye, qui depuis leur fondation ne relevoient d’aucun évêché, seulement de l’église de Rome, se trouvent maintenant soumise et réunie à l’usage de l’archevêché de Paris.

[f. 33] Il sera aussi remarqué, quoyque la réunion pour la dépendance des bénéfices tant du prieuré que de la cure de Saint Germain en Laye ayent été faite et réunis à l’archevêché de Paris, mais la nommination des bénéfices du prieuré et de la cure appartenoit toujours à l’abbé de Coulombs comme cy devant, ce qui obligea le Roy Louis XIII, qui voulut que cette nomination luy fut dévolue et à ses successeurs roys, estant scituez dans les limites de sa maison royalle, accorda au sieur abbé de Coulombs et aux religieux le prieuré d’Essonne près de Corbeil pour l’indemniser de la nomination desdits bénéfices de Saint Germain en Laye. Par cette échange, les roys seront collateurs de ces bénéfices pouor n’estre jamais séparées à l’avenir, pour quelque cause que ce soit, afin qu’il n’arive plus aucunes contestations comme par le passée entre les abbez de Coulombs, prieurs et curés, pour les droits, honneurs, prérogatives et nominations desdits bénéfices dudit prieuré et cure de Saint Germain en Laye.
Ediffication de l’église et des bâtiments du prieuré
Nous remarquons que les bâtiments de l’égluse et du monastère du prieuré royal de Saint Germain en Laye ayants esté faits du règne du roy Robert, il ne faut pas douter qu’il n’y eut bâtit aussy des logemens convenables pour une communauté de religieux de l’ordre de saint Benoist et mesme assez spacieux pour loger dans des temps revenant des campagnes, pour y estre en repos, ainsy qu’on fait plusieurs roys ses successeurs au royaume jusqu’au roy Louis sixième dit le Gros, auparavant la construction du vieux chasteau dudit lieu faite vers l’an 1124, tant pour une forteresse que pour une maison royalle où il s’y est passé dans la suitte plusieurs lettres patentes, édites, traittés de paix et hommages pendant les règnes des roys jusqu’à celuy du roy Phillippes de Vallois l’an 1346. Mais comme toutes les choses de ce monde sont sujettes aux révolutions des temps, c’est ce qui est arrivé à ceux de l’église du monastère et du château de Saint Germain en Laye, lesquels furent détruits entièrement par l’incendie faite et exitée par Edouard 3e, roy d’Angleterre, [f. 33v] qui decendit en France avec le prince de Galles son fils dans douze neffes sur mer en l’année 1346 avec une grande armée, ariva à La Hogue en Normandie, assiégea Caen qu’il prit d’assaut, où estoit le comte d’Eu, connestable de France, avec 160 chevalliers et 1200 hommes d’armes, ensuitte fut à Fallaise, Lizieux et Rouen et au Pont de l’Arche. Les Anglois ayant passé la rivière de Seyne vinrent à Vernon, Mante, Meulanc et Pontoyse. Edouard fut camper à Poissy d’où il envoya le prince de Galles brusler tous les bâtiments sans exception, même des églises, chasteaux comme de Saint Germain en Laye et tous les autres lieux jusqu’aux portes de Paris, brûlant tout le pays, Vaux de Gallie, Saint Clou et la maison de Ruel apartenante à l’abbaye de Saint Denis, mais Edouard ayant seu que le roy Philipes de Valois venoit avec une armée. Tous les bâtiments ruynés estants demeurés un temps sans estre rétablis pendant ces fâcheux temps des guerres, principalement les églises du prieuré et de la parroisse dudit lieu, qui ont estés rebastis par les charités des roys regnants et des peuples dudit lieu, ainsy qu’il se voit dans les registres de cette parroisse, et mesme il est remarqué que les roys Louis douze, François premier, Henry second, qui a donné quelque somme pour des rétablissements à cette église, Charles neuf, Henry 3, Henry quatre, Louis 13 et nottament le roy Louis 14. On remarque que le roy Charles 9 qui luy a donné 3000 l. à prendre sur les bois de la forest de Laye, ensuite Henry 3e luy a aussy fait don d’une pareille somme de 3000 l. à recevoir sur la vente des bois de la forest de Cruye, à présent de Marly, suivant leurs lettres patentes de donnation dattées à Saint Germain en Laye en l’année 1578. Luy ayant mesme accordé plusieurs exemptions et privilèges dont cette église jouy encore à présent mentionnées dans les patentes et arrêts qui en ont étées expédiées et transcripts sur les registres de l’église de la ditte parroise. L’on voit aussy qu’il y a eut plusieurs autres princes, princesses et personnes de la première qualité qui y ont faits aussy des bienfaits, entr’autres monseigneur Henry de Bourbon, prince de Condé, lorsqu’il fit sa profession de foy dans cette église de Saint Germain en Laye le 25e janvier 1596, en présence du roy Henry 4 et de toute la cour, qui fit présent à cette église d’un très magnifique et très riche ornements d’églis complet [f. 34] qui avoit servy à cette cérémonie, avec une gratification à l’œuvre digne d’un prince aussy généreux, ainsy que fit Anne de Montmorency, quy fut marié à Saint Germain en Laye le 10e de janvier 1526 avec Madelaine de Savoye.
Nous ajouterons à tous les dons cy devant rapportez que ceux du roy Louis quatorze, surnommé le grand par ses rares qualités, qui peuvent surpasser tous ceux des règnes précédans, tant en magnificence qu’en libéralités, principalement pour la restauration et construction de plusieurs églises, chapelles, hôpiteaux et monastères de son royaume, ainsy de l’église royal de Saint Germain en Laye du cresme de laquelle il avoit esté baptisé comme il se voit par les registres de cette parroisse, luy ayant accordé et donné en plusieurs fois plus de 250000 l. pour y être employées en différentes nécessités avec toutes les exemptions dont peuvent jouir les églises les plus privilégiées de son royaume, notamment quand le malheur qui arriva le 12 septembre de l’année 1681 de la principalle chute de l’église, qui tomba de vieillesse et de caducité. Le Roy estant lors à Fontainebleau ayant apris cette fâcheuse nouvelle par le sieur Antoine, officier de sa chambre, lors premier marguillier en exercice, de l’ordre de Sa Majesté, avec le sieur Ferrand ; sur quoy Sa Majesté ordonna à monsieur de Colbert, ministre et secrétaire d’Etat, surintendant des Bâtimens de France, de se transporter incessament à Saint Germain en Laye pour visitter l’état de la chute de cette église et voir ce qu’il estoit nécessaires pour son rétablissement. Ce ministre s’y estant transporté pour en faire son rapport à Sa Majesté, laquelle luy auroit ordonné de faire incessament tout ce qu’il conviendroit pour sa réparation et mesme pour son augmentation, cette église estant très petite. Les choses estans aynsy résolues, lesdits sieurs Antoine et Ferrand pour cet effet furent trouver le sieur de Soleux, chevalier de l’ordre de Saint Lazare, dernier prieur commandataire de ce monastère, pour le prier de vouloir bien aussy concourir à l’agrandissement de l’église de son prieuré et de la parroisse, comme avoient fait [f. 34v] cy devant les prieures ses prédécesseurs, ne le pouvant faire sans qu’il voulut bien leur accorder quelque terrain dans la cour de son prieuré, ce que ledit sieur de Soleux leur accorda volontiers, scachant mesme que cela feroit plaisir au Roy, qui en avoit été informé. Ayant ceddé vingt trois toises de longueur sur quatre toises de largeur dudit terrain dans laditte cour pour cet agrandissement, et comme ledit sieur de Soleux leur représenta qu’il n’étoit qu’usufruitier de son bénéfice et qu’il n’en pouvoit engager ny aliéner aucuns fonds sans une reconnoissance, il fut nécessaire pour cet effet de passer un acte devant le sieur de Fonteny, notaire dudit lieu, entre ledit sieur prieur, lesdits sieurs Jean Antoine et François Ferrand, marguilliers en charge, avec le sieur curé et anciens marguilliers, stipulans pour la fabrique ; par ledit acte, passé le 18e mars 1681, la parroisse c’est obligée de faire dire et célébrer à perpétuité dans laditte église une messe haute tous les premiers jours des moys de may, feste de saint Jacques et de saint Philippe, à son intention et à celles de ses successeurs prieurs, avec une reconnoissance de dix sols de rente annuelle. En mesme temps, ce transporta sur les lieux monsieur Colbert, qui donna ses ordres au sieur Mansard, premier architecque des Bâtimens du Roy, dont la grande capacité a estée très connue dans ce royaume, qui a bien voulu prendre les soins des bastimens pendant près de six années, avec lesdits sieurs Antoine et Ferrand, qui furent continués en laditte fonction de marguilliers, de l’ordre exprès du Roy, pour avoir soins pendant le tems des bâtiments et des interests de la fabrique de laditte église.
La première pierre fondamentale du bâtiment de la nouvelle église fut posée au mois de mars 1682 par M. le duc de Noailles, pair de France, gouverneur de Perpignan et premier capitaine des gardes de Sa Majesté au nom [f. 37] du Roy, qui estoit lors absent de Saint Germain, laquelle pierre fut posée en grande cérémonie sous le jambage du pillier de la petite porte qui conduit de l’église dans le prieuré. Sous cette pierre furent mises trois médailles d’argent pour en conserver la mémoire à la postérité, scavoir deux d’argent doré où sont gravées les effigies du Roy et de la Reyne Marie Thérèsse, et l’autre de plomb fort grande où sont aussy gravées le nom, les qualités de monsieur le duc de Noailles et, sur le revers d’icelle médaille, ceux desdits sieurs Antoine et Ferrand, marguilliers en charges, avec cette déclaration que cette église a été rétablie et rebâtie du règne et des biensfaits du roy Louis quatorze, dit le Grand, en l’année 1682.
Après que tous les bastiments de toute l’église furent achevés, Sa Majesté le fit sçavoir à monsieur l’archevesque de Paris pour en faire la bénédiction. Le service divin se faisoit alors dans les salles de l’hospital des pauvres malades de la charité de ce lieu. Ensuitte, messire François de Harlay Chanvalon, duc et pair de France, archevesque de Paris, se transporta de l’ordre du Roy le 10 avril 1689 à Saint Germain en Laye, assisté de tout son clergé, pour y faire l’auguste cérémonie de laditte bénédiction qui se fit en présence de M. le duc de Noailles, encore député par Sa Majesté, absente de ce lieu, pour y assister en son nom, qui estoit la veille du dimanche des Rameaux en ladite année. La cérémonie se passa avec une grande solemnité, à l’extrême joye de tous les peuples de Saint Germain en Laye, de voir ce saint lieu relevé par la piété et les charités du roy Louis quatorze.
Et ensuitte, lesdits sieurs Antoine et Ferrand, [f. 37] marguilliers, pour reconnoistre toutes les bontés et liberalités que le Roy avoit bien voulu avoir pour le rétablissement de cette église royalle, auroient délibéré par l’assemblée faite du sieur curé, tous les anciens marguilliers, de fonder pendant le règne de Sa Majesté, à son intention, tous les cinquième des mois de septembre, jour de son heureuse naissance dans ce lieu, une procession général, autour de la ville, du curé avec son clergé en chapes à neuf heures du matin, ensuite une grande messe haute avec le salut à six heures du soir, et l’exposition du saint sacrement, avec un feu devant la porte de laditte église, le tout annoncé par le son de la grosse cloche pendant un quart d’heure. Cette fondation ayant esté approuvée, confirmée et homologuée par monsieur l’archevesque de Paris suivant son mandement du septième may 1689 par lequel il exhorte les peuples dudit lieu de Saint Germain d’assister à cette cérémonie avec toute l’édification requise et d’adresser leurs vœux et prières à Dieu pour attirer les grâces du Ciel sur la sacrée personne de Sa Majesté, et mesme pour en marquer le zèle et la vénération de cette cérémonie, ledit seigneur archevesque voulut la faire toute entière le premier en personne, et mesme alluma le feu devant l’église en ses habits pontificaux, en présence de monsieur le marquis de Monchevreuil, lors capitaine et gouverneur de ce lieu, et pour en conserver la mémoire, Sa Majesté ordonna au sieur Mansart, son premier architeque, de faire le modèl cy après représenté qui contiendra laditte fondation, qui sera possée dans le cœur de l’église parroissiale dudit Saint Germain en Laye, ce qui s’est très exactement observé, et mesme pendant tout le temps que le roy et la reyne d’Angletterre ont fait leur séjour audit lieu depuis l’année 1689, qui ont toujours voulu assister à cette cérémonie par une dévotion toute particulière et par reconnoissance envers le roy Louis quatorze, leur auguste [f. 40] bienfaiteur et protecteur, mais comme il est marqué dans laditte fondation qu’après qu’il aura pleu à Dieu de disposer du Roy que la fondation cy devant faite sera changé à célébrer le jour de son déceds, qui est arrivé à Versailles le premier septembre 1715, à dire dans ladite église une messe haute de requiem toutes les années le premier septembre, et qui s’exécute très ponctuellement à l’intention de ce grand roy.
Oultre tous les biensfaits que nous avons cy devant esnoncés que le roy Louis quatorze a faits tant à l’église qu’à la ville ou bourg de Saint Germain en Laye pendant le cours de son glorieux règne, ayant voulu encorre procurer le repos et la paix entre les officiers de la prevosté dudit lieu au sujet de la justice temporelle que possédoient les prieurs du prieuré dans une partie dudit bourg de Saint Germain en Laye, ce qui causoit journellement des différens et des disputes avec les officiers de laditte justice dudit prieuré et de ceux de la prevosté et du domaine, il fut fait un accord avec le sieur François de Converset, qui possédoit le prieuré réuny à la cure avec les autres parties, par lequel accord, fait de l’ordre du Roy, par lequel Sa Majesté accorda deux mille livres par forme de récompense à recevoir touttes les années par le prieur et curé, ses successeurs, sur les fiefs et aumônes de Paris, le tout confirmé par arrest et lettres patentes du 18e jour de décembre 1690.
Le Roy voulant aussy qu’outre la somme qu’il avoit donné pour le nouveau bâtiment de l’église la fabrique se resenty aussy d’une augmentation de ses liberalités, parce qu’elle s’estoit obérrée de quelqu’uns de ses fonds pour la réédification d’une partie des bâtiments de l’église, Sa Majesté, par sa bonté, luy a accordé quinze cent livres de pension annuelle pour la dédommager [f. 40v] de ses fonds aliénés, avec l’exemption des droits d’amortissement ainsy que le feu roy Louis treize luy avoit accordé durant son règne. C’est pourquoy, en reconnoissance de ses nouveaux biensfaits, les sieurs curé et marguilliers ont fait une nouvelle fondation de prières pour le Roy et de ses successeurs biensfaicteurs de cette église, De l’exaudiat, qui sera chanté à toutes les grandes messes de parroisse des dimanches et festes de l’année à l’intention de Sa Majesté et des roys régnants, ainsy qu’il se pratique dans l’église cathédrale de Chartres, qui a cette belle dévotion de temps immémorial.

Le vieux chasteau de Saint Germain en Laye
L’incertitude de celuy de nos anciens roys qui a fait construire et bastir le vieux château de Saint Germain en Laye a fait naître une diversité d’opinions parmy nos historiens. Quelqu’uns ont cru que le roy Charles cinquiesme, dit le Sage, fils du roy Jean, en avoit fait jetter les premiers fondements dans son premier avènement à la couronne l’an 1364. Mais cette première opinion ne peut pas passer pour bien certaine et constante, puisque d’ailleurs nous avons un très emple et très assuré témoignage que depuis l’an 1020 ou 1026, que l’on voit que le roy Robert fonda et dotta l’église et monastère du prieuré de Saint Germain en Laye où les roys ses descendans faisoient leurs séjours devant l’édification du château de Saint Germain en Laye.
[f. 42] Dextruction du monastère et du château de Sainct Germain en Laye par les Anglois en 1346
Il est remarqué dans l’histoire de France du sieur Nicolles Gilles, nottaire secrétaire du roy François premier en 1531 qu’Edouard troisième du nom, roy d’Angleterre, descendit en France avec le prince de Galles, son fils, dans douzes neffes sur mer avec une nombreuse armée compossée de touttes sortes de nations. En l’année 1346, étant descendu et débarqué au porte de La Hogue en Normandie, ensuitte fut assiéger la ville de Can, qu’il prit d’assaut, où estoit le conte d’Eu, connestable de France, quy la deffendit très vaillament, après fut à Fallaise, à Lizieux, à Rouen et au Pont de l’Arche, quy se rendirent très facillement estant dénuées de garnisons de trouppes, y ayant passé la rivière de Seyne sans auqune résistance, se rendirent maistre de Vernon, de Mante, du fort de Meulans et Pontoise. Ensuitte Edouard vint camper à Poissy, où il séjourna six jours avec son armée, après avoir piller et brusler toutes les villes et villages où il avoient passé, ayant envoyé le prince de Galles avec un détachement de son armée faire le dégats dans tout le pays jusqu’aux portes de Paris, brûlant, pillant et dessollant toutes les villes, bourgables, villages et tous les autres lieux, où l’on y voyoit que feu et flames et dessolation, n’ayant pas épargné même le château royal nommé de la Montjoye, séjour délissieux des roys de France où le roy Clovis et la reyne Clotide, sa famme, y faisoient leur demeure scitué près de l’abbaye royal de Joyenval, dans la forest de Cruye, ainsy que les châteaux de Poissy où le roy saint Louis avoit pris naissance, comme le monastère et château royal de Saint Gemain en Laye urent le même sort d’estre entièrement détruits par le feu ainsy que Saint Clou, Ruel, quy appartient à l’église de Saint Denis, et Marly, qui appartenoit à la maison de Montmorency, même les châteaux de retz, fondateurs de l’abbaye de Joyenval, celuy de Sainte James, de Montegut, d’Egremont, de Forqueux et de celuy d’Annemont, avec toutes les fortes tours des environs comme de Ponsy et des Payens et autres forteresses jusqu’à Paris, n’ayant espargné de ses incendie que la belle esglise et monastère du prieuré de Poissy bâtit à la mémoire du roy saint Louis, où il avoit pris naissance en l’année 1215. [f. 42v] Mais Edouard ayant apris que le roy Phillipes de Vallois sortoit de Paris avec une armée compossée des personnes de la première qualité et de beaucoup de nobleses de son royaume, ce qui donna occasion à Edouard et à son fils, prince de Galles, d’abandonner leur camp de Poissy, ils passèrent sur le pont de pierre qu’il rompit derrière luy pour n’estre pas poursuivy. C’étant retiré vers Bauvais avec son armée chargée d’une infinité de dépouilles des lieux qu’ils avoient ruynez, dessollées et brûlées, furent à un lieu nommé Blanquetac ; y ayant passé la rivière de Somme pour se rendre à Braye quy est assée proche la forrest de Crécit, où le roy Phillippes y arriva le poursuivant de près avec son armée, où les deux armée se trouvèrent en présence le samedy 26 jour d’aoust de l’année 1346, où la bataille sanglante et très malheureuse de Crécy se donna, que le roy Phillipes perdit entièrement, n’ayant pas voulut croire les avis de ses généraux de la remettre au lendemain, que ses troupes estant très fatiguées de la longue marche qu’ils avoient faites, où il mourut la plus grande partie de la noblesse et de la chevallerie de France, comme Charles de Luxambour, roy de Bohaime, Charles de Vallois, conte d’Alençon, frère du roy Philippes, le duc de Loraine, les contes de Blois, de Flandres, de Harcourt, de Sancere et de Viennes et de bien autres chevaliers et écuyers au nombre de plus de 1500 avec plus de vingt mil hommes d’armes tueez sur le champ de bataille, tant de cavallerie qu’infanterie, et se remarque aussy que le corps dudit conte d’Allençon fut porté aux jacobins de Paris et avec luy les corps des enfans de cinquante chevallier de ses terres quy furent tueez à cette bataille à ses cottée, et pour en conserver la mémoire lesquelles sont figurées autour du tombeau de marbre dudit conte d’Allençon dans l’église desdits jacobins.
Mais comme il y a eu plusieurs oppinions de quelques historiens modernes sous le quelque roy de France a esté construit la première fondation du vieux château de Saint Germain en Laye, il y en a quy ont crut que c’estoit le roy Charles cinquième, dit le Sage, et d’autres que c’est le roy François premier, ce quy ne peut se prouver puisque l’on voit qu’ils n’y ont faits que des réparations et ogmentations, comme il est fait mention dans la suitte de cette histoire. Mais la preuve que c’est le roy Louis sixième dit le Gros quy est le premier fondateur du vieux château dudit Saint Germain par une charte de ce roy de l’année 1122 cy devant écritte, et ce quy est aussy confirmé encorre dessus une sépulture possée [f. 45] dans l’église du prieuré d’Annemont proche Poissy, d’un messire Robert de Meudon qui se qualifie de grand queux du roy Philippes le Long et de concierge du chasteau de Saint Germain en Laye, décédé l’an 1320. Ainsy il est prouvé que ce n’est pas le roy Charles cinquiesme ny François premier quy ont fait construire le premier bâtiment du chasteau puisqu’il se remarque que le roy Jean, père de Charles cinquième, demeuroit dans ledit chasteau de Saint Germain en Laye puisqu’il y naquit deux filles, la première nommée Marie le douze septembre 1344 et l’autre nommée Agnès le neufvième de septembre 1345, qui sont enterrées dans l’église des Jacobins de Paris, mais ce château ayant été ruiné et brûlé en 1346, du règne de Philippes de Vallois, ayeul du roy Charles cinquiesme.
Il peut estre bien vray que le chasteau vieux de Saint Germain en Laye ayant été pris, brûlé et ruyné par les Anglois, enciens ennemis de la France, comme il a esté dit cy devant, estant demeuré en cet état jusqu’au règne du roy Charles Ve, fils du roy Jean, ayant reconnu que ce chasteau ruiné estoit scitué dans un lieu très avantageux pour empescher même les fréquentes courses que faisoient alors des brugands et voleurs dont la France estoit remplie, fit rebâtir ce château sur quelques anciens fondemens restés, vers l’année 1367, comme il s’est remarqué dans quelques anciens regisres de la Chambre des comptes de Paris, qui font mention que le roy Charles cinquième a fait réédiffier le château de Saint Germain en Laye et même paér des ancienens chartes, manuscrits et autres escrits tirés de plusieurs historiens, comme dans le cartulaire de la bibliotecque de l’abbaye de Saint Germain des Prés, de Paris, qui marquent positivement que le chasteau de Saint Germain en Laye a esté refait et rebâti et augmenté de bâtiments depuis ses fondemens par le roy Charles Ve du nom, surnommé le Sage, ce qui est aussy confirmé par plusieurs autres autheurs, [f. 45v] chartes, lettres patentes d’anciens et nouveaux historiens dignes de foy qui en ont escrit et traité très amplement, aussy par des mémoires tirées de la Chambre des comptes de Paris données par Henry sixième, roy d’Angleterre, le 24e jour de may l’an 1428, prenant mesme la qualité de roy de France vers la sixième année d’après le déceds du roy Charles sixiesme, père du roy Charles septiesme, régnant pour lors. Ces lettres patentes furent accordées sur une requeste présentée audit roy Henry par les prieur et religieux de Saint Germain en Laye pour être payez de la rente ou redevance annuelle qui leur étoit deubs de vingt un livres parisis qu’ils avoient droit de prendre et percevoir toutes les années sur la recepte de Paris pour la compensation de certains héritages et terrains provenans des jardins de leur monastère qui avoient été pris pour l’édifice du bâtiment du vieux château, de l’ordre du roy Louis sixième dit le Gros ; par cette requeste, les religieux exposoient le refus que les gens des Comptes et les trésoriers de Paris faisoient de ls faires payer par le receveur du Domaine de Paris, disant que Saint Germain en Laye étoit de la conqueste faite par Jean, duc de Bedfort, onlcue dudit roy Henry, roy d’Angleterre, et qu’il falloit s’adresser à luy pour en avoir auparavant son agrément, ce qui fut fait. Lesdits prieur et religieux obtinrent des lettres patentes dudit roy Henry dans lesquelles il traite ledit seigneur duc de Bedfort de : très cher oncle régent de notre royaume de France, par icelles ordonnent ausdits trésoriers et gens des Comptes de Paris de faire incessament payer lesdits prieurs et religieux de tout leur deu afin que le divin service et les prières ne fussent point différez à l’avenir. Il est à remarquer que le duc de Bedfort estant à Rouen y mourut ensuitte, le 15 décembre 1435, [f. 46] fort regretté comme un homme d’un grand mérite et très pieux. Depuis ce temps, cette redevance de vingt une livres parisiis a été toujours payés toutes les années aux prieurs dudit prieuré, tant séculiers que commandataires, jusqu’à présent, ce qui se justifie par une de leur quittance donnée sous le scel dudit prieuré le 23 juin 1428 pour la somme de vingt une livres parisiis à cause du terrain pris pour l’édifice du chasteau et basse cour de Saint Germain en Laye.
On remarque aussy que le père Mabillon, religieux bénédictin, célèbre historien, fait mention, dans son traité qu’il a fait des bulles et lettres patentes, dit que Saint Germain, lieu des délises des roys de France, que le roy Robert est l’auteur et le fondateur de la belle église et du monastère dudit lieu, où il y avoit une petitte chapelle bastie en l’honneur de saint Gilles, et aussy que le château dudit lieu tient sa première construction du roy Louis sixiesme dit le Gros. Il est encore justiffié par plusieurs actes de donnations qui ont estés passées et dattées dans le château de Saint Germain en Laye pendant le règne du roy Charles cinquiesme et de la reyne Jeanne de Bourbon, sa femme, comme il le parroist par plusieurs édits, lettres patentes, actes et donnations passés et dattés dans ledit chasteau pendant son règne et de laditte reyne Jeanne de Bourbon, sa femme, nottament une donation faite par ledit roy à un gentilhomme nommé Aschit du village du Pecq d’une espère d’isle ou gor sur la rivière de Seine, proche ledit lieu du Pecq, laditte donnation et acte a estée passée en l’année 1368, laquelle a esté extraite des archives de l’abbaye de Coulombs, ce qui a esté continué par les roys Louis sept, Phillippe dit Auguste, Louis huitième, saint Louis, Phillippes de Vallois et autres roys, qui ont demeuré dans des temps dans ledit chasteau de Saint Germain en Laye.
[f. 46v] Il se remarque encorre l’une des plus anciennes choses qui s’est passée dans le château vieux de Saint Germain en Laye après son édification, est un traité de paix qui y fuf fait et conclud en l’année 1170 entre le roy Louis septième dit le Jeune et Henry, roy d’Angleterre, qui estoient en grand guerre ensemble. Par ce traité, il fut dit entre autres choses que le fils aisné d’Henry, nommée aussy Henry, feroit hommage audit roy Louis de la duché de Normandie, des comptés de Touraine, du Maine, d’Anjou et de la charge de grand sénéchal, et son second fils, nommé Richard, feroit aussy hommage audit roy Louis de la duché d’Aquitaine. Ce traicté remit très bien la bonne intelligence entre les deux roys et rétably même le repos public entre les deux peuples des deux nations, ce qui donna mesme occasion audit roy Louis sept de faire le voyage d’Angleterre, soit pour visiter par dévotion le tombeau de saint Thomas, archevesque de Cantorbery, qui y avoit esté martirisé le 29 mars 1170, qui estoit en grande vénération en Angleterre. Ledit roy Louis septième partit de Saint Germain en Laye au mois de novembre en la mesme année pour se rendre en ce royaume d’Angleterre où il fut receu très magnifiquement par le roy Henry pendant le séjour qu’il y fit.

Note

Nous voyons encore que le mesme roy Philiippes Auguse avoit accoutumé de faire quelques fois des séjours [f. 48] dans le chasteau de Saint Germain, où il y tomba malade au mois de septembre de l’année 1222 et qu’il y fit mese son testament, par lequel il choisy pour les exécuteurs Guérin, évesque de Senlis, et messire Barthélemy de Roye, grand chambrier de France, par lequel il lègue entre autre chose 50000 l. parisiis pour restituer les torts et forfaits qu’il peut avoir causé aux campagnes des guerres pendant ses voyages de la Terre sainte, outre il donne à la reyne Isabeau, sa femme, 10000 l., plus à monsieur Phillippes de France, son fils puisné, 2000 l. parisiis, et à ses officiers domestiques, tant grand que petit, 1500 marcs d’argent, comm’aussy donne quelques sommes d’argent pour le secours de la Terre sainte qui lors étoit en grande combustin.
Nous avons jugé qu’il estoit aussy à propos de faire icy une petite mention des choses les plus mémoirables qui se sont passées de temps en temps dans le chasteau de Saint Germain en Laye, où l’on remarque que, quoyque le roy saint Louis eut pris naissance dans la ville de Poissy l’an 1215, où il demeuroit ordinairement, il ne laissoit pas néantmoins de venir faire quelques fois des petits séjours à Saint Germain, comme il parroist par beaucoup d’actes et escrits pour des donnations et privilèges qu’il y a accordé de temps en temps, scavoir un du mois d’avril 1228 et un autre de l’an 1230, lesquelles sont signées de sa propre main, où il est expliqué que pour le remède et repos des âmes du roy Louis huitiesme, son père de claire mémoire, et de la reyne Blanche, sa mère, et de la sienne, il quitte et descharge les habitans dudit Saint Germain en Laye, ses justiciables et ceux des moines du monastère dudit lieu, du village du Pecq, de la vallée de Fillancourt et autres lieux qui en dépendoient, de fournir à l’avenir [f. 48v] le grand nombre de lits, matelats, cousinets et beaucoup d’autres ustancils qu’ils estoient obligés de donner toutes les fois que les roys couchoient et séjournoient audit lieu de Saint Germain, évalués au nombre de quarente lits, tout complets, pour les gens de leur suitte, qu’un nommé Regnault dit l’Archer les avoit obligées de les fournir. Ils en furent deschargés, exemptés et dispensés de laditte redevance par lesdites lettres patentes du roy saint Louis susdattées ny de fournir à l’avenir aucune autre chose pendant les séjours que les roys feroient dorénavant tant dans le monastère du prieuré que dans le château de Saint Germain en Laye, à la charge seulement d’adresser des vœux et prières journalières pour obtenir de Dieu la rémission et le rachapt des âmes du feu roy son père, de la reyne sa mère et de la sienne.
Il se voit aussy par d’autres lettres patentes du mesme roy saint Louis données signées et dattées de Saint Germain en Laye au mois d’octobre 1231 et de son règne vers l’an troisième, où l’on voit encore que ledit Regnault dit l’Archer, qui avoit été officier domestique du feu roy Philippes Auguste, son grand père, qui demeuroit dans ledt lieu proche l’hôpital de saint Eloy où il possédoit une maison assée considérable avec un petit fief qui porte encorre à présent le nom de Larchère, lequel assigne et laigue une rente annuelle sur tous ses biens à la chapelle dudit saint Eloy dans le même hopital, c’est à présent le lieu où son establis les RR.PP. recollez par le roy Louis treize vers les années 1620 ou 1621, leur ayant accordé tout le tairain, les bâtiments quy dépendoit de cet ôpital avec quelque somme d’argent pour les réparations nécessaires pour leur establissement dans ce lieu ainsy que le sieur de Franciny, florentin, estant venu à Saint Germain de l’ordre du roy Henry 4e et de Maris de Médecis, sa femme, lors qu’ils faisoient bâtir le château neuf de ce lieu, pouor construire les plus belles grottes quy c’estoient encorre pas veues dans toute l’Europe, lequel Francin estoit le plus céllèbre dans ses sortes d’ouvrages, volut aussy donner auxdits PP. recollez une somme pour bâtir leur église [f. 50] très considérable, y ayant mesme sa sépulture et de toutte sa famille par reconnoissance de ce bienfait. Enuitte le roy Louis treize fit faire la sérémonie de consécration de leur église par messire Jean Françoisde Gondy, archevesque de Paris, le septième septembre 1626, où Sa Majesta assista en personne, avec toute sa court, mais la donnation sy devant faire par ledit Regnault l’Archer se voit approuvée dudit roy saint Louis par lesdittes lettres patentes signées de sa propre main afin qu’elles fussent plus stables, perpetuelles et authentiques, mais comme laditte rente annuelle étoit donnée à laditte chapelle de saint Eloy, qui estoit déservie soit par le vicaire perpétuel du prieur ou des religieux du prieuré dudit lieu, qui estoient chargés d’acquitter les charges portées par laditte fondation, scavoir des prières pur le repos des âmes des roys Philippe Auguste, maître dudit l’Archer, du roy saint Louis et du roy Louis huitième son père, ce qui c’est exécuté jusqu’à l’établissement du couvent desdits récolets. Ensuitte, les prières et services fondées furent transférés dans l’église de la parroisse de ce lieu pour y être acquittées et continuées ainsy que dans lad. chapelle de saint Eloy. Le roy saint Louis fit une rigoureuse ordonnance estant à Saint Germain en Laye, le 2 janvier 1257, par laquelle il déffend très expressément les guerres permises et dues qui se faisoient alors entre particuliers pour la moindre querelle, ce qui causoit bien des désordres partout dans le royaume, principallement dans la noblesse.
Ledit roy saint Louis étant à Saint Germain en Laye, l’empereur de Constantinople et Baudouin, son gendre, luy donnèrent et envoyèrent leur consentement pour retirer plusieurs saintes reliques que l’on gardoit très soigneusement audit Contantiniople, lesquelles [f. 50v] avoient été engagées par ledit empereur aux Vénitiens pour une somme assés considérable, pour les urgentes affaires et nécessités de l’empire. Laditte somme convenue ayant été payez par le roy saint Louis, lesdites religiques luy furent délivrés suivant les lettres du consentement dudit empereur et de Baudouin, son gendre, signées de leurs propres mains, dattées de Saint Germain en Laye au mois de juin l’an 1247. Lesdittes reliques furent mises en dépost pouor estre gardées dan l’église de la Sainte Chapelle du Pallais à Paris, bastie par ledit roy saint Louis vers les années 1230 ou 1239, suivant l’escrit qui en fait mention qui est posé dans laditte église de la Sainte Chapelle de Paris.
Il se voit aussy que la reyne Marguerite, femme du roy saint Louis, étant lors au château de Saint Germain en Laye audit mois 1247, fit un acte et promesse par laquelle elle déclare qu’elle n’ira jamais contre les clauses et conditions qui seront déclarées au testament du roy son mary, en quelque lieu et temps qu’il sera fait.
Nous remarquons aussy que le roy Louis dixième dit Hutin, décédé au château de Vincennes en l’année 1318, étant dans le chasteau de Saint Germain en Laye en l’an 1315, on donna une assemblée de notables de son royaume pour y faire un règlement général tant pour la justice que pour la police du royaume, qui étoient alors bien déréglées. Entre autres personnes, il fut choisy le chancellier pour président avec douze conseillers d’Eglise et autres tirées du parlement de Paris, et les évêques de Mande, de Soissons avec les abbez de Saint Denis en France, de Saint Germain des Prez de Paris, ce quy rendit et remit un très bon ordre dans ce royaume, qui estoient bien déréglées.
[f. 52] Il est remarqué que le roy Philippe cinquiesme dit le Long, étant dans le château de Saint Germain en Laye au mois de janvier 1326, fit quatre ordonnances, la première conformément à la loy salique par laquelle les femmes ne peuvent succéder au royaume de France ; la seconde en faveur des confesseurs des roys qui leur donnent pouvoir de commander et de leurs proposer les lettres des bénéfices du royaume vaccans ; la troisième en faveur du grand aumônier de France pour la distribution des dons et aumônes royales, ce qui appaisa les contestations entre le confesseur du Roy et le grand aumônier ; la quatrième ordonnance fut en manière d’un règlement aussy fait en laditte année 1326 et mois de juin touchant des prérogatives de la charge de grand chambellan de France, lesquelles ordonnances furent aussytost vériffiées au parlement de Paris.
Il est aussy fait mention que le roy Philippe de Valois, sixième du nom, qui logeoit très souvent dans le vieux château de Saint Germain en Laye, y fit aussy plusieurs ordonnances au mois d’avril 1341, entr’autres une en faveur de l’abbaye de Saint Denis en France pour la conservation de ses privilèges qu’on vouloit contester à ce royal monastère.
On remarque aussy que le roy Charles sixième, étant dans le château de Saint Germain en Laye, voulant tenir un grand conseil pour raison de l’attentat fait en la [f. 52v] personne du connestable de Clisson, son favory, mais le seigneur de Craon, favorisé des seigneurs de La Rivière et de Nouyant, empeschèrent que cette assemblée n’eut d’effet, laquelle étoit faite pour ordonner le chastiment d’une sy méchante action, ayant par leurs autorités et factions empesché mesme que nulles personnes n’entrassent pendant ce temps là dans le château, y tenant le Roy et le Conseil comme détenus, ce qui causa dans la suite beaucoup de désordres dans la cour du roy Charles sixième.
Il est à remarquer encorre une chose assés mémorable à décrire dans ces mémoires, qui est que le roy Charles 6e étant dans le château de Saint Germain en Laye pour y faire une assemblée de tout son conseil, où il se trouva en personne le 15 juillet 1390, afin de procéder à quelque affaires importantes du royaume, entre autres pour faire des impositions très extraordinaires sur le clergé et sur le peuple, dans le mesme temps qe l’on délibéra l’exécution de cette taxe, il s’éleva subitement un nuage très noir dans lequel il parrut de très grandes éclares accompagnées d‘un si terrible tonnere avec un si violent foudre de vent que l’ont crut que le château alloit s’abîmer de fond en comble : ainsy ce mauvaise présage causa une si grande consternation dans l’assemblée et mesme dans tout le pais du royaume, ce qui fit changer cette résolution, qui aux rapports de quelques historiens n’estoit pas apparemment trop juste ny fort équitable, ce qui avoit esté prédit mesme quelques jours auparavant par un bon hermite, qui étoit venu trouver le roy Charles six pour le détourner de ce dessein.
En l’année 1419 du règne dudit roy Charles 6e, les Anglois s’emparèrent du fort de Meulan, de Poissy et du château de Saint Germain en Laye, où ils mirent un [f. 55] capitaine anglois nommé Talbot pour en estre le gouverneur de la part du roy d’Anglettre, qu’ils gardèrent jusqu’en l’année 1437 que le roy Charles 7e, qui succéda au roy Charles 6e son père, le rachepta d’une somme d’argent qui fut délivrée audit Tailbot, gouverneur pour les Anglois, qui remit ledit chasteau entre les mains du roy Charles sept, quy en pourveut Artus de Bretagne, conte d’Enrichemont, connestable de France en 1425, quy mourut en 1458. Ce château fut repris les Anglois et fut rendu à la France à la paix quy fut faire en l’année 1440.
L’on remarque encorre que sous le règne du roy Charles 7e, l’an 1453 ou 1454, il arriva une chose fort étrange en la personne de messire Guillaume Edelinne, religieux bénédictin, lors prieur du monastère de Saint Germain en Laye, docteur de Sorbonne de Paris, lequel étoit du pais vaudois et avoit esté auparavant religieux augusin. Il fut accusé de sortilège, d’assister très souvent au sabath nocturne avec les diables, lequel abusoit mesme d’une femme de qualité par magie et pacte, ayant été prit et convaincu par plusieurs tesmoins. Il fut condamné et presché publiquement par sentence de l’evêque d’Evreux et des commissaires nommez avec luy pour cet effet à une prison perpétuelle, laditte sentence fut exécuttée en l’année 1455.
On remarque aussy que le roy Louis onzième venant à Saint Germain en Laye pour y résoudre quelques affaires importantes de son royaume en l’année 1479, fit un don très considérable à un nommé Coctier, son médecin, en qui il avoit une entière confiance pour sa santé, luy octroya le revenu du domaine de Saint Germain en Laye avec la châtellenie de Poissy et de Triel, que possédoit auparavant Jean d’Ailly, vidâme d’Amiens, ce qui surprit bien des personnes de la cour, à cause d’un avantage si considérable que le Roy faisoit à une telle personne.
[f. 55v] En l’année 1514, le 14e may, fut célébré dans la chapelle du chasteau de Saint Germain en Laye le mariage de madame Claude de France, fille du roy Louis XIIe, et de la reyne Anne de Bretagne, avec François d’Orléans, comte d’Angoulême et depuis roy de France sous le nom de François premier. Ce mariage fut fait avec une grande solemnité peu de temps après la mort de laditte reyne Anne de Bretagne, arrivé au château de Blois le 9e janvier de l’année 1513, où l’on y remarqua que les mariés estoient l’un et l’autre vêtus de noir, à l’exemple du roy Louis douze qui étoiet en deuil de la Reyne, sa femme, dont le corps ayant demeuré en dépost dans la chapelle dudit château de Blois, où il fut visité par dévotion comme un corps saint jusqu’en l’année 1526, qu’il fut porté en grande cérémonie, de l’ordre du roy François premier, dans l’abbaye de Saint Denis en France, où il luy fut fait une pompe funèbre des plus magnifique. Ensuitte, laditte reyne Claude de France, fille du roy Louis douxième et d’Anne de Bretagne, décéda aussy à Blois le 20e de juillet de l’année 1524, très regretée, âgée de 25 ans.
Comme le roy François premier faisoit sa principalle demeure dans le château de Saint Germain en Laye, fit élever le bâtiment de pierre et de brique de hauteur de la tour ancienne où estoit possée une guéritte de plomb où il y avoit une grosse horloge dessus. L’on remarque, pendant les séjours que ce grand roy a fait dans ce château de Saint Germain, il y est arrivé plusieurs naissances de ses enfans, savoir de deux fils et deux filles, l’aisné fils fut nay le dernier mars de l’année 1518 et fut baptisé dans la chapelle du château le 25 juillet 1519 et tenu sur les fonds par Henry huitième, roy d’Angleterre, avec [vide], fut nommé Henry, qui fut ensuitte roy de France, second du nom, quy eut le malheur d’avoir esté blessé par Gabriel, conte de Mongommery, capitaine de sa garde écossoyse, par une éclat de lance dans un oeuil au tournois qu’il se fit à Paris, dont il mourut au pallais dit des Tournelles, où est bâtit la place Royalle de présent, le vendredy trentième de juillet de l’année 1559.
[f. 57] L’on remarque qu’il se fit à cette naissance de grande resjouissance dans le royaume, et pour en conserver la mémoire, il fut élevée et dressée une piramide de pierre dans la place devant l’église de la parroisse dudit Saint Germain en Laye en la mesme année 1518, ornée d’une couronne royale dorée soutenue d’un globe, au haut de laditte piramide, avec les chiffres et rmoiries, laquelle estoit entourée d’un balustre de grandes pierres hautes de trois pieds en forme d’un bassin quarré avec trois rangs de marches qui en foisoit tous le circuit ainsy qu’elle est représentée ycy, d’où il sortit tout le jouir de cette naissance une fontaine de vin en abondance, ce qui c’est très ponctuellement observé à toutes les naissances des premiers dauphins enfans de France, notament à l’heureuse naissance du roy Louis 14e, qui arriva en ce lieu le 5e septembre 1638, ensuite au baptesme de monseigneur Louis, premier dauphin de France, qui fut fait dans la cour du vieux château de Saint Germain en Laye le 24e mars 1668 avec une magnificence extraordinaire, mesme en dernier lieu à la naissance de monseigneur Louis de France, duc de Bourgogne, nay à Versailles le 6e aoust de l’année 1682, père du roy Louis quinze à présent reignant.
Le dixième jour d’aoust 1520 naquit aussy dans le vieux château de Saint Germain en Laye madame Magdelaine de France, première fille du roy François 1er. Elle fut baptisée dans la chapelle dudit château avec grande sérémonie, laquelle fut mariée à Jacques cinquiesme, roy d’Ecosse, le premier janvier 1535. Elle y décéda en l’année 1546, au grand regret des roys son père et son mary.
Le 22e janvier 1522, sur les neuf heures du matin, [f. 57v] naquit Charles de France, fils second du roy François premier, aussy dans le vieux chasteau de Saint Germain, fut baptisé dans la chappelle dudit chasteau. Il fut pourveu de la duché d’Orléans, d’Angoulesme et de Chastelleraud, pair et grand chambrier de France, gouverneur de Champagne et Brie. Ayant conquit Luxembourg, il mourut d’une pleurerie en l’abbaye de Fermoutier le neufvième septembre 1545, d’où son corps fut porté à Saint Denis en France.
Le cinquiesme juin 1523 naquit aussy dans le chasteau vieux de Saint Germain en Laye madame Marguerite de France, duchesse de Berry, fille du roy François premier, fut baptisée dans la chappelle dudit chasteau et mariée le neuf juillet 1559 avec Emanuel Philbert, duc de Savoye. De ce mariage et celuy de sa nièce Isabelle, reine catholique, contribuèrent beaucoup à rétablir la paix entre eux et avec les princes chrétiens de l’Europe. Elle décédda Turin le 14 septembre 1574.
En l’année 1521, le roy François premier fit à Saint Germain un édit, le dernier jour de janvier, par lequel il créa la chambre des enquestes du parlement de Paris.
Ledit roy François premier, étant aussy à Saint Germain en Laye, au mois de juin 1523, y donna un acte ou arrest authentique pour la confirmation des droits et privilèges de l’abbaye de Saint Denis en France, que l’on vouloit encore disputer, voulant maintenir par là les droits que cette abbaye royale qu’elle avoit obtenus de tous temps de la piété des roys de France, ses prédécesseurs.
On remarque encore que le roy François premier [f. 59] estant à Saint Germain en Laye, après avoir fait l’accord pour satisfaire à sa rançon, partit de ce lieu pour aller aux frontières d’Espagne afin de ramener messieurs les princes ses enfans, qui y estoient en ôtage pour laditte rançon, où ils arrivèrent audit Saint Germain le 29e juin 1526, ce qui donna une très grande joye à tous les peuples du royaume, où l’on fit de grande réjouissances.
Le 2 juillet 1527, fut célébré dans la chapelle du vieux chasteau de Saint Germain en Laye le mariage d’Henry, roy de Navarre, avec madame Margueritte d’Orléans, duchesse d’Alençon et de Valois, sœur du roy François premier, avec grandes cérémonies et alégresses. Elle mourut en Bigorre le 21 décembre 1549. De ce mariage est issue Jeanne d’Albret, reyne de Navare, mère de Henry quatre, roy de France et de Navarre.
Le roy François premier, étant à Saint Germain en Laye, fit une ordonnance au mois de juin 1534 pour lever sept légions de six mille hommes chacun dans les duchez de Normandie, Bretagne, Bourgogne, Champagne, Picardie, Provence, Languedoc et Guienne, lesquelles toutes ensemble pouvoient composer quarente à cinquante mille hommes. Ces levées furent faites en très peu de temps, pour s’opposer aux entreprises que vouloit fait l’Empereur Charles cinquième sur le royaume de France.
Le premier mars 1545, le roy François premier, étant dans le chasteau de Saint Germain en Laye, fit une autre ordonnance très mémorable sur la plainte générale de la plus grande partie des curés et autres eclésiastiques du royaume, sur ce que plusieurs particuliers ne vouloient [f. 59v] plus payer les droits de dixmes à eux deus, ce qui causoit un très grand désordre, mesme dans les parroisses par la désertation que les curés et prestres faisoient de leur bénéfices, cures, où le service divin n’étoit plus fait, surtout dans les villages et petites villes du royaume. Sur cette plainte, le Roy ordonna très expressément par ses lettres patentes en forme de règlement que nul propriétaire des héritages ne pouvoit s’exempter à l’avenir de payer les droits de dixmes où elles sont deubs ny enlever aucune gerbe de grains des champs cy après que les dixmes ne fussent acquittées et payées, conformément à ce qui avoit esté ordonné au concile de Carthage. Cette belle ordonnance remit en peu de temps le service et l’office divin rétablis dans toutes les parroisses et autres lieux eclésiastiques subjettes à ce droit.
Le roy François premier s’étant trouvé très mal dans le chasteau de La Muette scitué dans la forest de Saint Germain en Laye le 12e du mois de mars 1547, en partit pour aller au chasteau de Rambouillet, où il alloit souvent pour y changer d’air, où sa maladie s’augmenta si fort qu’il y mourut le 30e dudit mois de mars en l’année 1547, d’une maladie de langueur. Son corps fut exposé pendant un temps dans le monastère de l’abbaye des filles religieuses de Haute Brière proche de la ville de Monfort l’Amaury, et son cœur fut déposé dans laditte église, sous une colomne de marbre comme il sera fait au château de La Muette cy après.
Henry 2e, son fils, qui luy succéda au royaume l’an 1547, ayant aussy beaucoup d’inclination pour le lieu de Saint Germain en Laye où il avoit pris naissance le 31 mars 1518, voulut en faire aussy sa demeure la plus ordinaire, où plusieurs de ses enfans y ont esté nayez, entre autre Louis, duc d’Orléans, [f. 60] son deuxième fils qui y naquit le 3 février 1548, qui mourut à Mante le 24e octobre 1550, ayant esté baptisé dans la chappelle du château au mois de may en laditte année 1548.
On remarque aussy dans plusieurs histoires de France qu’il se fit un notable duel publique à Saint Germain en Laye peu après la mort du roy François premier sous le règne du roy Henry 2e, son fils, qui mérite un petit détail. Comme dans ce temps là les duels et combats entre particuliers étoient comme permis et en usage, il s’en fit un très mémorable entre les sieurs Guy Chabot, fils du sieur de Jarnac, et François de Vivonne, seigneur de La Chataigneraye en Poitou, ayant eu ensemble quelques fâcheuses paroles pour un démenti, en présence du roy Henry, au sujet de la belle mère du sieur de Jarnac, lequel en demanda au roy le combat ordinaire, qui luy fut accordé par sa Majesté. Le jour fut prit pour le combat au 16 juillet 1548 et le lieu fut désigné dans le pré au devant le vieux chasteau dudit lieu. Pour cet effet, il fut construit un champs de bataille quarré, clos de planches, où il y avoit deux loges couvertes aux deux costez, avec plusieurs amphithéâtres de planches autour pour placer les spectateurs. L’heure du combat fut prise peut après le dîner du Roy, qui s’y trouva avec la Reyne et tous les seigneurs et dames de sa cour, qui se placèrent sur les échaffauts que l’on leur avoit préparés. Aussitost que le siginal fut donné, arrivèrent les deux combatans, saluant Leurs Majestés et tous les spectateurs, qui se mirent séparément dans leurs loges où, après s’estre visité l’un et l’autre leurs amres, scavoir l’épée, le poignard et le brassard, ensuite ayant choisy leurs parains avec leurs écuyers, qui les visitèrent, pour voir s’ils n’avoient point d’autres armes, après le Roy ordonna au héraut d’arme de crier le combat par un signe de la main, ce qu’il fit en ces termes : De par le Roy, laissés aller les villans combatans, et sur peine de la vie qu’il ne [f. 60v] soit fait aucun signe de la main, du pied, de l’œil, de la voix, de tousser, ny autres chosses pareils, en faveur ny de l’un ny de l’autre des combatans. Ce discours finy, La Chataigneraye, l’un des combatans, sortit le premier de sa loge, comme agresseur, et ensuitte Jarnac de la sienne, lesquels s’étant approchés l’un de l’autre d’un pas fort grave et assuré, en se donnant quelque coups d’estocade sans se toucher, mais arriva que La Chataigneraye, qui s’étoit avancé un peu trop la jambe droite, fut éjarté d’un coup d’épée que luy donna Jarnac, qui l’ayant terrassé et le tenant sous luy, se tourna vers le Roy, luy demandant s’il avoit assez satisfait à son honneur : ce que Sa Majesté approuva fort, et aussytost le Roy appella messire Anne de Montmorency, connétable de France, qui étoit présent, qu’il appelloit très souvent son compère par la grande amitié qu’il avoit pour luy et de ses grandes qualités, pour prendre son avis sur cette affaire, mais pendant ce discours La Chataigneraye, se voulant débarasser et relever par force de dessous Jarnac qui le désarma et qu’il l’auroit achevé de tuer si le Roy n’eut crié en jetant son bâton dans le champ pour faire le signe du hola. Ensuite, Jarnac ayant esté déclaré sur le champ le vainqueur tout d’une voix, en ayant receu les compliments de toute l’assemblée, mais aussitost La Chataigneraye fut emporté sur l’heure fort blessé, dont il mourut quelques jours après le combat, tant de ses blessures que de n’avoir pas mesme voulu souffrir estr pensé, étant très outré de douleur d’avoir été vaincu devant le Roy et de toute sa cour, dont Sa Majesté parut sy vivement touchée d’avoir esté tesmoins d’un si triste spectacle qu’elle protesta sur l’heure, devant toute l’assemblée, de ne jamais permettre ny souffrir ces sortes de duels et combats publics, comme une chose très odieuse mesme contre la religion chrestienne. Et comme la coutume étoit que le [f. 62] vainqueur portoit ou faisoit porter les armes dont il avoit vaincu son adversaire dans l’église du lieu où s’étoit donné le combat, mais la belle mère de Jarnac, pour l’honneur de laquelle il s’étoit donné, proposa au Roy de luy permettre de porter elle mesme les armes de son fils en l’église de Notre Dame de Paris pour y estre gardées comme une chose très honorable pour sa famille, ce qui ne luy fut point accordé, le Roy voulant abollir ses sortes de combats sy détestables.
En l’année 1561, le 23e jour d’aoust, le roy Charles neuf, étant à Saint Germain en Laye, y fit plusieurs ordonnances, entr’autres l’accord très important entre le duc de Guise et le prince de Condé, qui étoient ennemis iréconciliables par plusieurs grands différents qu’ils avoient journellement ensemble. Cet accord avoit été projeté auparavant par le Roy et la reyne Catherine de Médicis, sa mère, afin que lesdits ducs de Guise et prince de Condé purent assister au coloque de Poisy qu’ils avoient résolu de tenir le 4e septembre ensuivant, où Théodoze de Bese, fameux ministre des religionnaires, avoit été mandé par le prince de Condé, quy voulut le faire prescher publiquement dans son appartement du chasteau de Saint Germain en Laye sans la permission du Roy, au préjudice de la religion catholique. Ce Théodoze de Bese fit avec une effronterie qui n’étoit pas permises, ce qui surprit bien toute la cour, voyant que le Roy et la Reyne avoient souffert cette hardisses non permise, mesme dans une maison royalle.
Le 29e dudit mois d’aoust en la mesme année 1561, le roy Charles 9e convoqua une grande assemblée du clergé de France à Saint Germain en Laye pour délibérer des affaires qui se devoient traiter audit coloque de Poissy indiqué au 4e septembre ensuivant, dont il sera fait mention cy [f. 62v] après à l’article de l’abbaye de Poissy, où le colloque c’est tenu.
Et cette assemblée étoit aussy faite pour obtenir quelques sommes d’argent du clergé, afin de subvenir et aider à rachepter une partie des domaines royalles qui avoient estés engagés sy devant par les urgentes affaires du royaume, où il fut accordé au Roy par laditte assemblée une somme très considérable pour ce temps là, qui étoit de 160000 l. par chacun an durant deux triennes.
Le 27e janvier 1562, le roy Charles neuf, étant à Saint Germain en Laye, après que l’assemblée du coloque de Poissy fut rompue, fit convoquer une autre assemblée des notables du royaume au sujet de ce qui c’estoit passé audit coloque, dans laquelle fut résolue le traité sy fameux nommé l’édit de Janvier, par lequel il estoit stipulé entr’autres articles qu’il seroit permis aux religionnaires d’avoir des presches dans tous les fauxbourges des villes closes du royaume, ce que l’on fut obligé de leur accorder pour prévenir les plus grands malheurs qui menaçoient l’Etat et la religion catholique en France. Cet édit causa une grande joye à la reyne Catherine de Médicis, mère de sa Majesté, qui voulut même prendre la commission de porter cet édit au parlement de Paris, pour y estre vérifié et enregistré, qui ne put l’estre que le 6e du mois de mars suivant, à cause des contestations qu’il y eut pour cette fameuse vérification, ce qui remit bien la tranquilité parmy les peuples du royaume des deux religions, lequel édit a esté ensuitte révoqué en l’année 1685 par le roy Louis 14e et leurs presches furent tous démollis.
En laditte année 1562, on découvrit aussy une grande conspiration contre la personne du roy Charles neuf et contre son Etat, formée par le dame de Roye, mère du [f. 63] prince de Condé, par le nommé Jérosme Grollot, bailly de la ville d’Orléans, qui étoit un homme de crédit et d’intelligence avec les religionnaires. Ils furent découverts et arrestez de l’ordre exprès du Roy par les nommés Renouart et Carouge dans le chasteau d’Hancy en Picardie, appartenant à laditte dame de Roye ; ensuitte furent conduits prisonniers dans le chasteau de Saint Germain en Laye, que l’on regardoit en ce temps là comme plus seur qu’aucun du royaume, où ils furent détenus et gardées pendant quelques années.
Le 22e avril 1562, le cardinal François de Tournon mourut dans le vieux chasteau de Saint Germain en Laye âgé de soixante treize ans. Il estoit un homme très vertueux et d’un très grande mérite par toutes ses belles qualités, ayant deffendu très fortement la religion catholique, apostolique et romaine durant les règnes de François premier, Henry second, François second et Charles neuf, principallement au colloque de Poissy où il présida avec une grande élocquance et réputation, s’y étant donné bien du mouvement, ce qui fut cause en partie de sa mort, par les fatigues tant de l’esprit que du corps qu’il s’y donna, pour confondre bien des ennemis de la religion catholique. Le roy Charles 9e en fut sy touché, par la grande considération qu’il avoit pour ce scavant prélat, qu’il voulut assister à sa mort, le considérant comme l’un de ses meilleurs sujettz. Ce cardinal avoit esté pourvue des plus grande bénéfices du royaume, dont il jouissoit comme un homme de bien et charitable doit faire des biens de l’Eglise, et de son caractère. L’on remarque qu’il avoit esté doyen des cardinaux, archevêque d’Ambrun, d’Auch, de Bourges, de Lion et abbé des abbayes de Tornus, d’Ambronay, de la Chaise Dieu, d’Aisnay, de Saint Germain des Prez et de Saint Antoine de Paris. Son corps fut porté de Saint Germain en Laye en grande cérémonie à [f. 63v] Tournon pour y estre inhumé dans le tombeau de ces ancestres.
En l’année 1570, le onziesme du mois d’aoust, le roy Charles 9e, étant à Saint Germain en Laye, fit un autre édit par lequel il permettoit la liberté de consience dans tout son royaume, ce qui luy procura l’aliénation de la somme de cent mil écus d’or à lever sur tout le différent clergé de France, en ayant grand besoin. Cet édit fut publié mesme à la grande joye des religionnaires, qui l’avoient depuis longtemps sollicité et désiré. Cela remit bien la tranquilité parmy tous les peuples du royaume de l’une et de l’autre religion.
En l’année 1574, le 10e mars, led. roy Charles 9e étant au Louvre, à Paris, avec la Reyne mère et Elizabeth d’Autriche, sa femme, et le duc d’Alençon, furent obligez de se venir sauver toute la nuit dans le chasteau de Saint Germain en Laye, comme l’asile le plus assuré de leur royaume en ce temps là, estant persuadés de tous costez par la ligue et faction des religionnaires, où ils demeurèrent dans ce lieu pendant quelques temps. Mais y ayant appris encorre une autre trahison qui se tramoit par les nommés François de La Noue, dit Bras de fer, gentilhomme breton, et Guitry Chaumont, religionnaire, pour y enlever le Roy et les Reynes, avec deux cent chevaux d’armes qu’ils avoient levées, cette entreprise ayant estée découverte par les émissaires de la Reyne mère Catherine de Médicis, ce quy les obligea de quitter Saint Germain, s’y tenant pas très en sûreté, pour aller occuper le chasteau de Vincennes, croyant y estre plus sûrement, où le roy Henry de Navarre se transporta aussitost pour se justifier de l’accussation que l’on avoit formée faussement contre luy, d’avoir [f. 65] fait faire cette entreprise contre la personne du Roy et de la famille royalle, et pour preuve de son innocence, il en donna sa déclaration par un écrit signé de sa propre main le 15e du mesme mois de mars de laditte année 1574, ce qui le remit très bien dans les bonnes grâces du Roy et des Reynes, à la joye de toute leur cour.
En l’année 1583, le roy Henry 3e étant dans le chasteau de Saint Germain en Laye, fit une très grande assemblée des plus notables de son royaume touchant la réformation du clergé, de la noblesse et de la justice, qui estoient beaucoup déréglée. Le Roy étably pour cet effet quatre conseils choisis des trois Etats, ce qui remit bien les bonnes mœurs dans tout le royaume de France.
Il est à remarquer qu’en laditte année 1583, vers le mois de septembre, la reyne Catherine de Médicis, veuve du roy Henry second et mère du roy Charles 9e, étant à Saint Germain en Laye, luy prit envie de faire tirer son horoscope par Michel Nostradamus, grand mathématicien et médecin du Roy, son fils, ce qu’il ne voulut point faire par respect et crainte. Mais Sa Majesté luy ayant commandé absolument, ayant obéy, il lui prédit qu’elle mourroit bientost et luy assistée soit à Saint Germain, ou avec saint Germain, ce qui fut mesme la cause qu’elle quitta aussytost ce lieu et fut habiter le chasteau de Blois, où elle tomba malade peu de temps après et y mourut d’une maladie très languissante le 5e janvier 1589, âgée de 70 ans. ce fut entre les bras d’un nommé monsieur de Saint Germain, évêque de Nazareth, homme d’une sainte vie et prédicateur ordinaire du Roy, qui l’assista à la mort. Ainsy la prédication de Nostradamus se trouva comme véritable.
[f. 65v] Au mois de mars 1597, le roy Henry quatre voulant faire aussy son plus grand séjour à Saint Germain en Laye, y pensa estre enlevé de nuit dans le chasteau vieux dudit lieu par la faction de la Ligue et du roy d’Espagne, mais cela fut découvert très à propos pour éviter ce danger.
Le 17 de novembre 1611, mourut dans le chasteau de Saint Germain en Laye N., duc d’Orléans, second fils du roy Henry quatre, âgé d’environ quatre ans, nay au chasteau de Fontainebleau le 16e jour d’avril 1607, n’ayant esté qu’ondoyé. Son corps fut porté en l’abbaye de Saint Denis en France, son cœur au monastère des célestins de Paris dans la chapelle des ducs d’Orléans, et les entrailles furent inhumées devant le grand autel dans le sanctuaire de l’église parroissialle dudit lieu de Saint Germain en Laye.
En l’année 1640, le 21 du mois de septembre, naquit dans le vieux chasteau de Saint Germain en Laye Philippes de France, duc d’Anjou, ensuitte duc d’Orléans, 2e fils du roy Louis treize et d’Anne d’Autriche, fut baptisé dans la chapelle dudit lieu le 22 dudit mois de septembre 1640, décédé à son chasteau de Saint Clou subitement le sixième du mois de juin 1701, âgé de soixante un ans, estant un très bon prince.
En l’année 1648, le 13e octobre, a estée naiee dans le chasteau vieux de Saint Germain en Laye Françoise Magdelaine, fille de Gaston, duc d’Orléans, frère de Louis treize. Elle fut mariée avec Charles Emmanuel, duc de Savoye, le quatrième de mars en l’année 1663. Elle décédda à Turin en l’année.
En l’année 1634, le 21e octobre, le roy Louis 13e, étant à Saint Germain en Laye, accepta l’entrevue de monsieur [f. 68] Gaston, duc d’Orléans, son frère, dont il estoit mécomptant, que l’on avoit ménagée, pour y venir le trouver, où ils se reconcilièrent ensemble, dont toute la cour parut d’une grande joye de voir la réunion de ses deux princes.
Le 29e mars 1641, le roy Louis 13e, étant encorre dans le mesme lieu, y fit et conclud le traité avec Charles, duc de Lorraine, qui vouloit livrer la ville de Nancy aux Impériaux, par lequel il céda au Roy partie de ses Estats, dont il estoit dépouillé, à la charge que le Roy l’en feroit remettre en possession, où il y avoit aussy plusieurs autres articles mentionnés audit traité, que ledit duc de Lorraine confirma par le serment qu’il en fit ainsy qu’il ensuit :
Le mardy 2e jour d’avril 1641, en la présence de très haut, très excellent et très puissant prince Louis, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, étant dans la chapelle de son château et maison royalle de Saint Germain en Laye, après les vespres de Sa Majesté solemnellement dites, nous Charles, par la grâce de Dieu duc de Lorraine, marquis chef duc de Calabre, Bar, Sueldret etc., ayant assisté ausdites vêpres, avons prêté le serment de l’observation du traicté conclu entre le cardinal duc de Richelieu, pair de France, au nom de Sa Majesté, et nous, à Paris le vingt neufvième jour de mars dernier. Fait et signé dans laditte chapelle du chasteau de Saint Germain en Laye ledit jour mardy 2e jour d’avril 1641.
Il est à remarquer que, le Roy etant décedé dans le chasteau neuf de Saint Germain en Laye le 14e may 1643, la cour abandonna aussytost ce lieu et la reyne Anne d’Autriche, mère du roy Louis 14e, ayant [f. 68v] estée declarée régente du royaume pendant la minorité du Roy son fils, trouva à propos de quitter le séjour de Saint Germain en Laye de l’avis de son conseil, de mener Sa Majesté à Paris pour y estre plus en état à donner ses ordres aux affaires de son royaume, qui étoient lors bien dérangées, principallement par les continuelles guerres civilles tant qu’au-dedans qu’au dehors du royaume depuis plusieurs temps, y ayant demeuré l’espace de six années dans des brouilleries continuelles, en telle manière que, le Roy ny la Reyne ne se trouvant point trop an sureté dans Paris par l’apréantion d’un soulèvement prochain dans cette ville, trouverent très à propos d’ans sortir la nuit du sixième de janvier, feste des roys, de l’année 1649, pour revenir se réfugier dans le vieux château de Saint Germain en Laye, où il y avoit des fossez très profonds pour y estre plus en suretté qu’à Paris, y ayant esté quelques années. Pendant ce temps, les brouilleries s’ogmentèrent sy considérablement dans Paris par des malintentionnées pour l’Estat et le gouvernement du royaume que Leurs Majestez et touttes leurs court furent encorre obligez de quitter Saint Germain, n’y estant pas en suretté, pour aller à Pontoise, où le parlement de Paris fut transferay par une déclaration du Roy en l’année 1652, et pour y estre plus en suretté, l’on fit rompre les ponts du Pecq et celluy de Poissy. »
En l’année 1656, Christine, reyne de Suede, ayant quitté son royaume pour la religion catholique, apostholique et romaine, estant arrivée à Paris, y ayant sejourné quelques mois, voulu voir quelques maisons royalles comme Fontainebleau et Saint Germain en Laye, où elle fut receue de la part du Roy très magnifiquement par le marquis de Beaumont, lors capitaine de Sainct Germain en Laye. Ensuitte, elle partit pour séjourner à Rome, étant déceddée en l’année [vide].
L’on remarque aussy que la reyne Anne d’Autriche, mère du roy Louis 14e, etant décedée au chasteau du Louvre à Paris le 20e janvier 1666, le roy Louis quatorze, son fils, se détermina de faire sa principale demeure dans les chasteaux de Saint Germain en Laye, ainsy qu’avoit fait le feu roy Louis treize, son père, ayant trouvé ce lieu où il avoit pris naissance le plus commode du royaume pour ses plaisirs, ne désirant [f. 72] plus retourner à Paris par les chagrins qu’il y avoit eus cy devant pendant sa minorité, y ayant plusieurs ordonnances et traicté pendant le sejour que Sa Majesté a fait dans ce lieu comme plusieurs naissances qui y sont arrivez de quelques princes et princesse sesenfans, dont il sera fait mention cy après de ceux quy ont estez nayez à Saint Germain en Laye.
La premiere de ces naissances dans ce lieu a esté celle de madame Marie Thérèze de France, fille du Roy et de la reyne Marite Thérèze d’Autriche, laquelle arriva le 3e janvier 1667, à dix heures et demye du soir. Cette princesse fut baptisée dans la chapelle du chasteau vieux de ce lieu, et tenue sur les fonds par M. Philippe de France, duc d’Orléans, frère unique du Roy, avec madame la duchesse douairière d’Orléans. Elle décéda audit lieu le premier mars 1672. Son corps fut porté à l’abbaye de Saint Denis en France et son cœur au Val de Grâce de Paris le 3e dudit mois de mars de laditte année 1672 avec les cérémonies accoutumées des Enfans de France.
Le 5e aoust 1671, sur les huit heures du matin, laditte reyne accoucha dans le chasteau de Saint Germain en Laye de monsieur Philippe de France, duc d’Anjou et second fils dudit Roy. Ce prince mourut audit lieu le 10 juillet 1672. Son corps fut porté à Saint Denis en France et son cœur au Val de Grâce, avec les cérémonies des princes du sang.
Le mardy 14e jour de juin 1672, laditte reyne accoucha dans le vieux chasteau de ce lieu de maison Louis François de France, second duc d’Anjou, 3e fils du Roy, qui estoit pour lors à la campagne d’Holande, qui avoit déclaré la Reyne régente du royaume en son absence. Ce prince ne fut qu’ondoyé par monsieur le cardinal [f. 72v] de Bonzy, premier aumônier de la Reyne, jusqu’au retour du voyage du Roy, qui le fit baptiser dans la chapelle dudit chasteau étant malade à l’extrémité, dont il mourut audit lieu le vendredy 14e novembre en laditte année 1672 sur les dix heures du soir. Son corps a esté porté à Saint Denis en France et son cœur au Val de Grâce de Paris.
Le dimanche 15e may 1667 fut célébré le mariage de la princesse Elizabeth, fille de Gaston, duc d’Orléans, qui fut fait dans la chapelle du vieux chasteau de Saint Germain en Laye avec Louis Joseph, duc de Guise, où le roy Louis quatorze assista avec la Reyne et toute leur court, lequel est décéddé à Paris le 31e juillet 1671, âgé de 21 an sans enfans.
Le traité très considérable de paix qui fut conclu à Saint Germain en Laye le 22e février 1679 entre Sa Majesté, l’Empereur, le roy de Suède, les élécteurs de Brandebourg et autres princes intéressez, dont la ratification fut signée audit lieu le 29e du mois de juin suivant, ce qui donna une extrême joye à toute l’Europe.
Le premier janvier 1682, le roy Louis 14e, étant à Saint Germain en Laye, fit la cérémonie de faire recevoir monseigneur Louis de France, premier dauphin, son fils aisné, chevalier de l’ordre du Saint Esprit, lequel avoit esté nay à Fontainebleau le premier novembre 1661, ce qui ce fit avec grande magnificence, où il fut remarqué que monseigneur le Dauphin étoit habillé de toile d’argent avec des chausse retroussées où tenoient des bas de soye blancs, des escarpins aussy de toile d’argent, les mules de velours noir, la toque de mesme etoffe et le cordon du chapeau entouré de gros diamans retroussé par le costé avec un bouquet de plumes blanches. Son dit capot étoit de velours noir doublé d’une toile [… page manquante].
[…] [f. 76] de 600000 l. à recevoir par année sur son trésor royal, ce qui leur a esté continué et payé jusqu’à leur déceds, dont nous ferons quelques mentions cy après.
Le roy et la reyne d’Angleterre, estant dans le vieux chasteau de Saint Germain en Laye, leur naquit le vingt huitiesme juin lan 1692 Marie Louise, princesse d’Anglettere, fille dudit Jacques deuxième, roy d’Angleterre, et de Marie Eléonore, duc de Modène, sa femme. Elle fut baptisée dans la chapelle du vieux château le 23e aoust suivant et tenue sur les fonds par le roy Louis 14e avec madame la duchesse d’Orléans, femme de monsieur Philippes, duc d’Orléans. Cette jeune princesse décéda audit Saint Germain le 18 avril 1712 à neuf heures du matin de la petite vérole, aagée d’environ 20 années, estant doué des plus belles qualités qu’une princesse de son rang et de son âge pouvoit avoir. Elle fut regrettée unanimement de tout le monde, principalement de la cour de France. Son corps a esté portée en dépost avec celuy du roy son père aux bénédictins anglois de Paris et son cœur aux religieuses de Chalioit près Paris. Ses entrailles frent ensépulturée dans le cœur de la parroisse de ce lieu de Saint Germain en Laye, où fut possée une inscription sur un marbre blanc.
Le vendredy 16e septembre 1701, mourut aussy dans le vieux château de Saint Germain en Laye ledit Jacques, 2e roy d’Angleterre, âgé d’environ 68 ans et quelques mois, après une longue maladie. Sa mort fut toute exemplaire par sa grande charité et piété. Le roy Louis quatorze le visitoit souvent pendant son séjour et mesme pendant sa dernière maladaie, lors mesme qu’il receut les sacrements de l’Eglise plusieurs fois, avec une grande [f. 76v] dévotion. Le Roy, pour luy marquer aussy la considération qu’il avoit pour sa personne et pour sa famille royalle, il voulut par avance reconnoistre Jacques, prince de Galles, son fils, roy d’Angleterre en cas que Dieu disposa de luy.
Après que ce roy fut expiré, son corps fut ouvert et mis dans un cercueil de plomb avec une inscription dessus ainsy qu’il est accoutumé, et fut porté avec cérémonie au couvent des pères bénédictons anglois de Paris, pour y estre seulement gardé en dépôt dans l’une de leurs chapelles, et son cœur aux religieuses de Chaillot, proche Paris. Une partie de ses entrailles qui ont esté inhumées dans le chœur de la parroisse de Saint Germain en Laye, devant le grand autel, sous une tombe de marbre blans avec une inscription dessus.
Nous dirons qu’après tous les malheurs qui sont arrivez sy devant dans cette famille royalle, l’une des plus considérable a estée la perte que leurs bons sujets ont faite par la mort de cette reyne d’Angleterre, qui estoit demeurée seulle dans le château de Saint Germain en Laye, qui y décéda le 7e jour de may 1718, âgée d’environ 60 ans, d’une piété et d’une vertu très exemplaire et sy charitable jusqu’à se refuser mesme ses plus grands besoins pour soulager les pauvres des deux nations angloise et françoise. Le corps de cette princesse a esté mis dans un cercueil de plomb et porté dans l’église des religieuses de Sainte Marie de Cahillot, proche Paris, suivant son intension. Ses entrailles ont aussy estée mises dans le chœur de la parroisse dudit lieu de Saint Germain en Laye, près de ceux du roy son mary et de la princesse leur fille, où il a esté possé des inscriptions dessus de marbre blanc.

Apres avoir fait le récit de l’ancienneté du vieux chasteau de Saint Germain en Laye, nous fairons [f. 78] description de ses bastiments, qui sont les plus anciens de toutes les maisons royalles apres celle de Compiègne, que l’on dit avoir estée construite par le roy Charles le Chauve vers l’année 846, ensuitte celle de Saint Germain en Laye par le roy Louis 6e dit le Gros l’an 1122, celle de Fontainebleau, bâtie par le roy Louis 7e dit le Jeune ou le Pieux, l’an 1160, le vieux Louvre de Paris par le roy Philippes second, surnommé Auguste, Dieudonné et le Conquerant, vers l’année 1192, Vincennes et la Bastille de Paris par le roy Charles cinq en l’année 1350, les chasteaux de Chambord, Madry, Limours, Follembray, Villiers Costraits, La Muette dans la forest de Saint Germain en Laye et quelque chose au vieux Louvre de Paris ont esté basties par le roy François premier, le chasteau de Blois par le roy Louis 12e, les roys Henry second et Charles neuf ont fait aussy quelques augmentations au vieux Louvre et à Saint Germain en Laye, ensuitte le roy Henry quatre fit bastir les chasteaux d’Anet, Monseaux, une partie du Louvre avec la grande gallerie du costé de la riviere de Seine, comm’aussy le chasteau neuf de Saint Germain en Laye en l’année 1602, ensuitte le roy Louis treize fit bastir le petit château de Versailles vers les années 1627 ou 1628.
Description des bâtiments du vieux château de Saint Germain en Laye
Ce chateau fut construit en manière d’un grand corps de batiment peu élevé où il y avoit deux grosses tours quy exeddoient par dessus ledit batiment, bien bâtie de pierres taillée, avec un fort rempart quy faisoit tout le tour du chateau, où il y avoit des creneaux, meurtrières, abavants et autres instruments de guerre dont l’on se servoit lorsque l’artillerie ny la poudre à cannon n’estoient pas encore en usage en France, ce quy se prouve par un tiltre de la chambre des comptes de Paris datté de l’année 1329, quy fait mention que le premier grand maistre de l’artillerie quy a poceddé cette charge estoit Jean de La Louppe, qu’il l’a exercée plusieurs années. Tous les bâtiments en général estoient entourées d’un large et profond fossé sec, revestu aussy de pierre ainsy qu’à une des meillieurs places et plus fortes du royaume de France, et même le roy Phillipes dit de Vallois la regardoit ainsy, qu’y venoit habitter ce château au retour des conquestes qu’il faisoit, croyant y estre plus en sureté qu’acune autre du royaume. La court de cette forteresse este assée extraordinaire, n’estant ny [f. 78v] carrée ny ronde et en ovalle, sans auqune cimétrie, ce quy a fait croire qu’elle pouvoit ressembler à quelque lettres de l’alphabet gothique comme en forme d’un B ou à d’autres choses parreilles. Cette court este aussy aurientée de façon qu’il y a tousjours dans la moitié d’icelle du soleil et de l’ombre dans les belles saisons de l’année.
L’on remarque que ce chasteau ou une maison royalle a estée toujours tres fraiquentée des roys de France depuis sa premiere construction faite par Louis sixième dit le Gros vers l’année 1122, ayant subsisté en même estat jusqu’au reigne du roy Phillipes sixième, surnommé de Vallois, que les Anglois brûlèrent et détruisirent entièrement ce château ou forteresse de Saint Germain en Laye, en l’année 1346, estant demeuré ruyné [vide] le prieuré quy est dans ledit lieu. Même jusqu’au roy Charles cinquième dit le Sage, ayant trouvé la scituation très belle et advantageuse, prit le dessein de faire rebâtir ce chateau sur les mêmes fondements quy n’avoient pas estez destruits, comme les deux grosses tours quy estoient aux costez du dit batiment, dans lesquelles estoient demeurée des anciens logements, que le roy Charles les voulut ocupper pendant que le bâtiment qu’il faisoit faire au chateau fut achevé vers l’année 1366, sur laquelle tour il fit construire une haute guéritte couverte de plomb où il y fut mise une horloge avec une cloche quy se peut entendre de toutte la forrest lorsqu’il y chassoit, ce qu’il a continué jusqu’à son déceds, arrivé au chateau de Beauté sur Marne près Vincennes le 16e de septembre de l’année 1380. Ce chateau estant demeuré rebaty, il fut même occuppé ensuitte des roys de France en l’estat qu’il estoit alors jusqu’au roy François premier, quy aymoit les bâtiments et les forrests, prit le dessein de pouvoir faire ogmenter le vieux bâtiment du château de Saint Germain. Sa court estant bien plus nombreuse que sy devant, ny ayant pas assez de logements, il fut résolut pour set effect d’éllever tout le batiment vieux de la hauteur des tours restées de l’incendie fait cy devant en l’année 1346 [f. 80] du regne du roy Phillippes de Vallois par Edouard, roy d’Angleterre, dont nous avons fait mention cy devant. Tout le haut dudit batiment est vouté en arcade cintrée, couvert par-dessus de grands dalles de pierres plates qui forme comme une terrasse à se promener, estant entourrée d’un ballustre de pierre tournées, avec des pillastres de distance égalles où sont gravées en relief des armes de France avec des FF et des sallemandres couronnées, qui etoient les devise et chiffre du roy François premier, ainsy qu’ils sont aussy aux grandes cheminées de briques qui excèdes par dessus cette terrasse, qui se voyent de tres loing, ce qui fut mesme esprouvé par le roy Henry quatre, qui étoit alors logé dans ledit chasteau, voulut en faire l’expérience, pour cet effet fit faire un feu dessus laditte terrasse dans une nuit fort obscure, dont la lumiere fut veue du chasteau de Monceaux, éloignés de pres de quinze lieux, où estoit lors madame Gabrielle d’Etrées. Il sera remarqué qu’end l’année 1689 que le tonnerre et le feu du ciel tomba sur l’ancienne guéritte du hault de la tour dudit château où estoit possée l’orloge, laquelle fut consommée entièrement et fut rétablye par l’ordre du roy Louis 14 ainsy qu’elle se voit à présent.
Les appartements de ce chasteau sont composées en trois étages principaux, les uns sur les autres. Ceux du rez de chaussée sont pour y loger quelques personnes destinés pour le service du Roy et de la Reyne, où il y a des entresolles, qui servent aussy de logement tres commodes, y ayant à chacuns des cheminée avec des balcons. Le premier et grand estage où sont les appartements du Roy, de la Reyne, des princes et princesses, avec les salles des gardes du corps, le tout sans beaucoup de magnificence, même sans sculpture, pintures ny dorures, seulement lembrisées de bois peint avec quelques fillets d’or, et des tableaux seullement dans les appartements du Roy et de la Reyne, où il y a plusieurs escalliers de desgagements. Au premier estage, du costé de la parroisse, il y a une grande salle, la plus spacieuse [f. 80v] des maisons royale, pour y faire representer des comédies, opéras, ballets et balles. Elle est voûtée de pierre en arcades d’une grande hauteur en compartiments de bricques, y ayant un emphitéatre autour de menuiserie où il peut tenir un très grand nombre de personne très commodément, laquelle salle a bien servie du règne de Louis quatorze, qui aimoit bien toutes les représentations pendant tout le temps qu’il a occupé ce château, ayant fait venir de tous les lieux les plus éloignées les plus espérimentées dans ce genre de divertissemens comme des décorations de théâtre, avec des extraordinaires machines, des oppérats dont l’on n’avoit encorre veues dans le royaume. Le Roy aymoit passionnent ces divertissements, même touttes sortes de commédie, soit françoise, espagnolle et l’itallienne, par préference aux autres, ce quy donna occasion à monsieur le cardinal Mazarin, premier ministre d’Estat, quy estoit italien, de proposer à Sa Majesté de faire venir de Rome quelques bons acteurs de la commédie itallienne, quy surpasse tous ceux des autres pays. Quelque temps apres, il en ariva trois ou quatre suivant l’ordre de monsieur le cardinal, entre autre un nommé Escarmouche, tres célèbre, ainsy qu’il est depint ysy, dans ce genre de divertissement. Estant venu jouer son personnage à Saint Germain, le Roy en ayant esté très comptant et sy satisfait de luy, qu’il luy donna d’une pension de mil livres par an, sans ses droits comme les autres acteurs de cette commédie, que Sa Majesté luy a continuée jusqu’à sa mort, arrivée à Paris estant agé près de cent années.
De plain pied de cette court du vieux chateau est une très ancienne chapelle, laquelle avoit estée detruite avec le château en l’année 1346 du reigne du roy Philippes dit de Vallois, ensuitte elle fut rebâtie par le roy Charles cinquiesme, sans auquens embellissements que la seule cimplicité, comme estoient les anciennes églises bâties, estant construite de pierre et voustée en arquade d’une grande hauteur. Elle peut contenir de longeur [vide] sur [vide] de largeur, estant demeurée en ce meme estat jusqu’au reigne du roy Louis treize dit le Juste. Elle estoit dédiée enciennement en l’honneur de [f. 81] Jean Baptiste, auquel jour et fête le clergé de la parroisse de Saint Germain alloit cy devant tous les ans en procession par dévotion. Cette chapelle étoit demeurée sans beaucoup de décoration jusqu’au règne du roy Louis 13e, dit le Juste, qui la fit decorer vers l’année 1639 par une piété tres singulière, mesme pour remercier Dieu de la grâce qu’il luy avoit faite de luy avoir donné un Dauphin après vingt deux ans et quelque mois de son mariage, fait à Bourdeaux en l’année 1615, voulut rendre cette chapelle la plus magnifique de touttes ses maisons royalles, n’y ayant rien épargné en dorrure, peinture, sculpture et autres ornemens ainsy qu’il sera fait mention cy apres.
Le grand autel est composé d’ordre corinthien, soutenu par quatre belles et grosses colomnes de marbre noir très bien et délicatement cizelés et façonnez avec leurs chapiteaux et basses de marbre blancs. Au milieu de l’autel, il y a un tres grand tableau dans une riche bordure dorée qui représente une sainte Scène de Notre Seigneur, d’une grande beauté, fait par l’excelent peintre le Poussin, estimé d’un grand prix. Au dessus du frontispice, il y a un autre tableau représentant une sainte Trinité d’une manière très singulière, fait par le sieur Vouet, premier peintre du Roy et de l’académie royale. Aux deux costés dudit frontispice, il y a deux anges de stuc blancs au naturel soutenans les ecussons des armes de France et de Navarre.
Le chœur de cette chapelle est separé de la nef par une très belle grille de fer dorée qui renferme ledit chœur, où il y a deux petites chapelles, l’une à droite et [f. 81v] l’autre sur la gauche, pratiquée dans l’epaisseur des murs. Les autels sont de menuiserie tres bien dorées, où il y a deux tableaux faits par ledit sieur Voit, celuy à droite represente saint Louis faisant l’ausmone et l’autre à gauche est sainte Anne, dont la Reyne portoit le nom, avec la sainte Vierge. Toute la voûte est dorée et peinte par compartiments avec des tableaux de l’histoire du vieux Testament, y ayant autour plusieurs tribunes qui sont de plain pieds des appartements hauts. Dans celle du bout de lad. chapelle, il y a de tres belles et bonnes orgues.
La sacristie est de plain pied du chœur, très commode pour renfermer dans des armoires les riches et tres beaux ornements et meubles d’Eglise, avec les vases sacrés, qui sont d’or et d’argent vermeil doré, d’une belle orphèverie très particuliere, principalement la grande croix, les deux chandelliers, les pots à bouquets et la belle lampe d’une façon non commune, le tout sont d’une grande pesanteur fait par les soins de monsieur de Noyers, lors secrétaire d’Etat et surintendant des Bâtiments du Roy.
Il sera remarqué qu’une partie de l’argenterie de cette chapelle a estée vollée plusieurs fois de notre temps. La premiere fut volée la veille de la feste des Roys l’an 1652 par trois voleurs, dont l’un qui étoit du village de Neuilly, proche Paris, où ils avoient porté leurs vols, etant pris fut éxecuté devant la porte du château et ses complices s’étant sauvez. Il n’y eut que peu de chose de perdu de ce premier vol.
Le second vol fut fait le 20 janvier 1674, lorsque le Roy estoit dans le chasteau de Saint Germain, par le sieur de Courcelles, homme même de qualité, qui prit la belle lampe la nuit [f. 82] avec la croix qui estoit sur l’autel, les emporta pour aller à la ville de Cambray, qui alors n’etoit point à la France, pour se refugier et pour estre en sûreté. Mais, ayant esté pris sur le chemin de Liencourt, où il fut arresté et mené à Paris, où son proces luy fut fait tant pour cette action que pour d’autres affaires. Il fut condamné d’avoir la teste tranchée, ce qui fut éxecuté de nuit, devant la croix du Tiroir, à Paris, en la mesme année 1674.

Note

Cette chapelle royalle du vieux chasteau de Saint Germain en Laye estoit deservie cy devant par les religieux du prieuré d’Hannemont, quy sont de l’ordre de Sainte Geneviefve. Après que le roy Charles cinquiesme, surnommé le Sage, ut fait achever démollir les restes de l’ancienne chapelle du vieux château de Poissy, qui estoit abandonné depuis plusieurs années, et le roy Charles ne voulant pas que le service divin fut supprimé, quy se faisoit dans cette ditte chapelle de Poissy, le transféra avec les religieux d’Hannemont dans la chapelle du vieux château de Sainct Germain en Laye, qu’il l’avoit faite rebâtir de neuf vers l’année 1367, où lesdits religieux d’Hannemont l’ont deservie avec assiduité jusqu’au reigne du roy Henry quatrième, pendant lequel est arrivé de très cruelles guerres quy ont duré plusieurs année dans le royaume. Ce monastère d’Hannemont ayant suivy le même sort que la pluspart des autres petis bénéfice, quy ont souffert plusieurs pillages et l’incendie, ce quy arrive tres souvent dans ces malheureux temps, et pour éviter ce qu’il pouvoit arriver audit prieuré d’Hannemont, d’avoir esté comme abandonné, rédhuit à un seul religieux pour garder seullement de l’incendie, ce quy a fait qu’il n’y avoit plus de communauté des ses religieux pour deservir laditte chapelle de Saint Germain comme par le passé. Estant demeurée sans auqun service divin, elle demeura fermée en l’absence du roy Henri 4e dans le chateau de ce lieu, ce quy se continua jusqu’à son déceds arrivé le 14e de may 1610. Ensuitte, le roy Louis 13e, son fils, quy y faisoit sa demeure, fit décorrer cette chapelle suivant un veu qu’il avoit fait à Dieu que, s’il luy plaisoit de luy donner un dauphin, quy feroit décorrer cette chapelle ain[si] qu’elle se voit à present, y ayant aussy fondé un chapellain avec deux enfans de chœur, lequ[el] seroit obligé de célebrer la sainte messe tous les jours de l’année avec un petit salut à 4 o[u 6] heures du soir à leurs intentions ainsy qu’il sera plus au long expliqué cy après, et comme [f. 82v] néantmoins que ledit chapelain et clercs seroient sous la direction du grand aumônier de France, qui est supérieur de toutes les chapelles des maisons royalles, comm’aussy à la nomination du Roy et de ses successeurs roys, ce qui c’est observé jusqu’en l’année [vide] que le roy Louis quatorze, voulant aussy concourir à la pieté du roy Louis treize, son père, et pour estre participant aux prières qui se faisoient dans cette chapelle royalle, où il avoit receu le saint bapteme, voulut augmenter cette première fondation de deux prestres au lieu des deux petits clercs, lesquels avec ledit chapelain seroient obligés de célébrer seullement deux messes basses tous les jours de l’année avec le petit salut à l’intention des rois Louis 13e, de Louis quatorze et de leurs successeurs roys, que les deux nouveaux prestres seroient obligés mesme d’obéir audit chapelain dans toutes les fonctions du service divin nécessaires dans laditte chapelle royalle comm’aussy sous la direction du grand aumônier de France, de même à la nommination du Roy et de ses successeurs roys de France, ce qui c’est éxecuté jusqu’à présent très ponctuellement avec édiffication suivant lesdittes fondations sy dessus, comme l’on a fait mention de plusieurs baptesmes quy se sont faits dans cette capelle royalles, principallement celuy du grand roy Louis quatorze et de Philippes de France, duc d’Anjou, son frère unique, quy a esté ensuitte du d’Orleans, avec beaucoup d’autres princes et princesses du sang royal quy y ont receu le sainct baptesme avec édiffication, ce quy donna aussy l’occasion au roy Louis quatorze, y ayant receu le mesme sacrement, voulut aussy faire baptiser Louis, dauphin de France, son premier fils, mais voulant que cette belle cérémonie fut faite avec une très grande magnificence, et que cette chapelle sse trouvent trop petite, ce qui fit prendre le dessein au Roy de la faire dans la court du vieux château, laquelle fut couverte par le haut de tappisseries soustenues de gros cordages quy traversoient toutte la ditte court, laquelle estoit ornée d’argenterie avec les plus riches meubles du garde meuble royal, ainsy que les fenestres où il y avoit des balcons. [f. 84] Les fonds baptismaux qui servirent à cette cérémonie estoit une tr[es] grande cuvette d’argent pessante plus de trois à quatre cens marcs, quy fut possée da[ns] le millieu de laditte cour ou salle. La sérémonie du baptesme fut commencée sur les […] heurs du matin, le vingt quatrième de mars en l’année 1668, monseigneur le Dauphin ayant l’âge d’environ huict année. Il fut teneu sur les f[onds] par le cardinal de Vandosme, legat allateray envoyé pour cet effect [par] nostre saint père le pape pour tenir en son nom monseigneur [le] Dauphin avec madame la princesse de Conty, niesse de Jule Maza[rin], cardinal et premier ministre d’Estat, l’ayant nommé Louis. L’on peut [dire] que cette sérémonie fut la plus célèbre et somptuse que touttes les aut[res] quy ont estez faittes cy devant, ce quy y avoit attiré beaucoup de pleup[le] des villes du royaume en sy grand nombre de personnes de toute âge [et] de qualiteez que les avenues du chateau et même du bourg de Saint Germain ne pouvoient contenir pour y pouvoir passer ny aprocher du château, ce quy priva beaucoup de personnes de n’avoir peu voir cette belle et auguste ceremonie.
Nous avons aussy jugé très à propos de faire aussy mention que pendant [le] grand reigne du roy Louis quatorze, il a receu plusieurs ambasadeurs estr[angers] dans ses châteaux de Saint Germain en Laye, où il fesoit sa plus fréquente demeu[re]. Il y receut un ambasadeur en l’année 1670 de la part du roy d’Arda, puissant de la Guiniée, et de la Moscovie pour faire un traité avec [le] Roy d’un commerce ensemble, ce quy fut accepté. Cet ambassadeur fut très bien receu et bien regallé de l’ordre de Sa Majesté tout le temps qu’il séjourna dans le royaume.
En la même année 1670, Sa Majesté, estant à Saint Germain en Laye, au mois de septembre, des ambasadeurs de la part du roy de Maroc p[our] faire un traitté d’aliance ensemble, ce quy fit accepté, le Roy les ay[ant] fait beaucoup de polliteses et fait regaller tout le temps qu’ils de[meurèrent] dans son royaume, et firent à Sa Majesté des présens des plus belles foururres de leurs pais.
De plus en cette année 1670, le roy Louis quatorze estant à Saint Germain en Laye, Casimir, roy de Pollogne, luy envoya un envoyé pour demand[er] à Sa Majesté une retraite dans son royaume, lequel l’avoit quitté par u[ne] pure dévotion et voulant estre en repos le reste de ses jours, estant demeuré […]. Sa Majesté luyt accorda volontiers sa demende et voulut même pourvoir à [sa] subsistance, luy donna le revenu abbatialle de l’abbaye de Saint Germain [des] Prez à Paris, quy estoit vaccante, quy est très considérable, de surplus luy donna une pension annuelle de trente mil livres sur son trésor ro[yal], que ce roy de Pologne a jouy jusqu’à son décedz arrivé dans saditte abbate de [Saint] Germain le [vide] du mois de [vide] 16[vide], où se voit son tombeau.
[f. 84v] En l’année 1673, le Roy receut à Saint Germain en Laye plusieurs autres ambasadeurs comme du roy de Tunis, pour luy demender la paix, estant en très grande guerre ensemble par les grandes pirateries qu’ils faisoient sur mer. Sa Majesté voulut bien luy accorder à plusieurs conditions. Une des plus principalles estoit que le roy de Tunis fairoit rendre sans auqune ranson tous les esclaves chrétiens françois et des autres nations qu’ils avoient pris sur la mer, ce quy fut exécuté et rendit le commerce très libre et en sûreté.
L’on remarque aussy que plusieurs grands seigneurs turcs ont même envoyez des ambasadeurs aux roys de France, nottament au roy Louis quatorze. La première fut en l’année 1644 par l’ambaseur du Grand Seigneur reignant lors en Turquie, pour féliciter le Roy sur on advèment à la Couronne de France. Sa Majesté en receut un autre en 1689 du Grand Seigneur reignant, quy envoya un Aga nommé Mahemet sur les grandes conquestes que le Roy alors faisoit, quy estoient répendues par touttes les contrez des plus éloigneez du monde, et luy fit de beau compliment qu’il fit à Sa Majesté, ainsy qu’il est mentionné au bas de son porteray et de celluy de son fils.
Mais après que nous avons fait cy devant un récit d’une partie des envoyez ou ambasadeurs que le roy Louis quatorze a receus en plusieurs lieux, comme à Paris, Versailles et à Sainct Germain en Laye, que l’on peut dire des plus extrémitez de la terre habitable qu’auquns roys de France cy devant n’en avoist receu de sy éloignez comme du roy de Siam, quy envoya à Sa Majesté trois personnes de distintion et des plus qualiffiez de son royaume, que l’on nomme des mandarains, quy arrivèrent en France après avoir estez plus d’une année à faire leur voyage, estant arrivez à Paris, où ils firent leur entrée quy fut très magnifique le 12 d’aoust de l’année 1686. Ses mandarains estoient venus de la part de leur maistre faire un traité de commerce avec le Roy, qui fut accepté avec joye. Sa Majesté les ft régaller tout le temps qu’ils furent dans le royaume, l’espasse de plus d’une année, ayant voulu voir une partie des grandes villes et touttes les maisons royalles du royaume. Ayant finy leurs voyage, où ils avoient receus tous les honneurs que l’on pouvoit faire à la personne même du Roy, ayant estez régalleez pendant le séjour qu’ils firent dans les châteaux de Sainct Germain en Laye, de l’ordre de Sa Majesté, par le marquis de Montchevreuil, capitaine dudit Sainct Germain, ayant trouvé la scituation de cette maison royalle l’une des plus advantageuses qu’oqune autres du royaume de France, nous avons trouvé nécessaire pour la curiosité d’avoir mis cy après les porterais de ces trois mandarains.
[page manquante]
[f. 90] […] et forests, lesquels avoient esté en grandes désordres durant plusieurs années et même pendant la minorité du Roy. Cet édit en fut vériffié au parlement de Paris au mois d’aoust en l’année 1669, où l’on pourra estre informé plus au long l’estat de ces forests de Saint Germain en Laye par les plans cy après.
Quelque temps après, messire Pierre Séguier, personne d’un grand mérite et d’une grande intégrité dans la charge de chancellier et garde des sceaux de France, ayant servy pendant toute la minorité du roy Louis quatorze et pendant son règne l’espace de plus de cinquante à soixante années, avec un grand zel, étant décéddé dans l’hostel de la Chancellerie de France de Saint Germain en Laye au mois de septembre 1672, âgé de quatre vingt six ans ou environ.
Après le déceds du chancelier Séguier, le Roy pourveu de cette charge, à Saint Germain en Laye, messire Estienne d’Aligre, qui estoit conseiller d’Etat depuis un très nombres d’année, lequel a exercée cette grande charge avec une grande probité, jusqu’à sa mort arrivée à Versailles le [vide].

Description du château neuf de Saint Germain en Laye et de ses dependances
Le château neuf de Saint Germain en Laye n’est séparé du vieux que d’environ deux cent toises par une espèce de prairie gazonnée très spatieuse séparée en [f. 90v] quatre compartimens par une grande chaussée de pavé qui conduit audit château et aux jardins, l’un à droite et l’autre à gauche. On tient que le roy François premier en avoit fait jetter les premiers fondemens de ce château qui estoient demeurées imparfaits jusqu’au règne du roy Henry quatre et de la reyne Marie de Medicis, sa femme, ayant trouvé la scituation très belle et avantageuse tant pour le bon air que la belle veue du costé du soleil levant, ce qui les détermina, vers l’année 1601 et les suivantes, de fraire construire ce chasteau neuf.
Nous commencerons le bâtiment par le portail où est la grande porte d’entrée. Il est soutenu par douze colomnes arrondies très grosses scitué en face du vieux château de ce lieu, qui sont d’une pierre très dures et cizelées et taillées en compartiments de broderies, lesquelles colomnes soutiennent une terrasse dessus la porte entourrée d’un apuis de balustres de pierres tournées et des pillastres de distance égalles où sont gravez les chiffres et les armes de France, du Roy et de la Reyne. Au dessous de cette terrasse, il y a un vestibule qui met la grande porte à couverte où l’on se peut mettre à l’ombre du soleil et à couvert de la pluye.
De cette porte, l’on entre dans la cour principalle du chateau, qui est de cimétrie et d’une figure exagonne à pans. Les bastiments sont construits en plusieurs sortes de pavillons quarrées couverts d’ardoise et plomb. Les murs sont bastis de pierres de tailles avec des compartimens de briques, n’y ayant qu’un seul étage, mesme lambrisé. Les appartemens du Roy et de la Reyne sont de plain pied de la cour, d’où l’on entre dans une grande salle des gardes du Roy, qui est lambrissée de menuiserie peinte et plafonnée, où il y a plusieurs tableaux d’histoire autour. Cette salle separe les deux plus beaux appartements, égaux, du château, qui sont très magnifiques [f. 91] pour ce temps. Celuy à main droite est l’appartement de la reyne Marie de Médicis, estant composé de plusieurs grandes pièces de plain pied richement dorrée et peinte en ornements d’une manière extraordinaire, ains que les plancher, accompagnez d’une très belle gallerie, qui sert comme d’un grand cabinet, qui peut contenir la longueur de […] sur […] de largeur, qui compose la moitié de la face du chasteau du costé de la belle beue du soleil levant. Cette gallerie est plafonnée, lembrissée et peinte d’ornements très fins avec plusieurs tableaux entre les croisées qui représentent au naturel plusieurs villes et des paysages très beaux. Cet appartement ayant esté occupé en dernier temps par la reyne Anne d’Autriche, mère du roy Louis quatorze, où cette reyne y tomba malade le troisième jour d’aoust en l’année 1665, d’une maladie très dangereuse, voulut avoir la consolation d’y recevoir les très saints sacrements de l’Eglise, ce qu’elle receue avec une piété et toute l’édiffication d’une aussy pieuse princesse, en mesme temps y voulut faire son dernier testament, dont l’on pourra voir quelques articles cy après transcripts, espérant que cela pourra faire plaisir aux lecteurs qui pourront mesme y prendre part.
Testament de la reyne Anne d’Autriche
En présence de Henry de Guénégaud et Michel Le Tellier, nottaires et secrétaires du Roy, maison et couronne de France, secrétaires d’Etat, des commendemens et finances de Sa Majesté, et commandeurs de ses ordres, soussignés, très haute, très excellente et pieuse princesse Anne, par la grâce de Dieu rayne de France et de Navarre, mère du [f. 91v] Roy, estant au lit, malade, dans le chasteau neuf de Saint Germain en Laye, etc.
Item ordonne que son corps soit porté dans l’église de l’abbaye de Saint Denis en France et mis auprès de celuy du roy Louis treize, de glorieuse mémoire, son seigneur et mary, après néantmoins que son cœur mesme aura été tiré par le côté, sans autre ouverture de son corps, ce qu’elle défend expressément, pour être sondit cœur porté dans l’abbaye du Val de Grâce scize au fauxbourg Saint Jacques de la ville de Paris et mit dans la chapelle de Sainte Anne de laditte abbaye, voulant Sa Majesté que ses funérailles soient faites sans aucune pompe ny cérémonies, et que ceà quoy la despence en pourroient monter soit employé aux pauvres et à faire faire des prières pour le repos de son âme.
Item laditte dame reyne veut et ordonne que les reliques et reliquaires qui sont dans son oratoire près de sa chambre au château du vieux Louvre à Paris soient transportés en laditte abbaye du Val de Grâce et remis es mains des abbesse et religieuses dudit monastère, lesquelles s’en chargeront au pied de l’inventaire qui en sera dressé par les exécuteurs du présent testament.
Item laditte dame reyne supplie aussy le Roy d’avoir agréable de faire valoir ce qui reste deu des deux cent mille livres dont il a ordonné le fond en la présente année 1665 pour les bâtimens du Val de Grâce, et de vouloir encore faire un pareil fond de deux cent mille livres en l’année prochaine 1666 pour parrachever lesdits bastiments de laditte ababaye et monastère du Val de Grâce de Paris.
[f. 94] Item veut et ordonne laditte dame reyne qu’en lad. abbaye du Val de Grâce il soit célébré à perpétuité par chacun jour une messe basse à son intention en l’une des chapelles de laditte église, qu’à cet effet il sera passé un contract de fondation de laditte messe par lesdits exécuteurs avec lesdites abbesses et religieuses, aux conditions qu’ils aviseront.
Item laditte dame reine supplie le Roy de trouver bon qu’elle commette l’exécution du présent testament aux sieurs Colbert, conseiller au conseil royal, intendant des finances, d’Argouges, premier président du parlement de Bretagne, Tubeuf, président en la chambre des comptes à Paris, et aussy Le Tellier, secrétaire d’Etat.
Et le onzième dudit mois d’aoust et an, cette reyne voulut quitter ledit lieu de Saint Germain en Laye, où toute la cour estoit, pour aller en droiture au Val de Grâce, mais le Roy son fils luy en ayant mesme dissuadé par ses intantes prières pour aller au vieux Louvre de Paris, ce qu’elle ne peu luy refuser pour estre plus proche de sa personne, mais y estant arrivée après plusieurs jours de sa grande maladie, qui augmenta considérablement de jour à autre jusqu’au vendredy six heures du matin, le 20 janvier 1666, qu’elle mourut d’une mort que l’on peut dire des justes, âgée de soixante quatre ans quatre mois. Son corps fut porté à Saint Denis et son corps au Val de Grâce de Paris, suivant ce qui est porté audit testament. Sur son cercueil fut escrit sur une lame de cuivre doré ces mots : Et soror et conjux et mater nataque Regnum, nullam quam tanta fuit.

Après avoir fait le récit de l’appartement de [f. 94v] la Reyne du costé droit de la salle des gardes du Roy, nous ferons aussy celuy du Roy, qui est à gauche, composé des mesmes quantité de pièces et une pareille gallerie de longeur et largeur pareille, avec des tableaux de l’histoire de Diane dans des bocages. C’est dans l’un de ses appartements q’il est arrivé l’heureuse naissance du roy Louis 14e le 5e septembre 1638, sur les onze heures vingt deux minuttes avant midy. Jamais naissance n’avoit esté tant désirée après de vingt deux ans du mariage du roy Louis 13e surnommé le Juste avec la reyne Anne d’Autriche, qui avoit esté fait dans la ville de Bourdeaux en l’an 1615. Nous avons creu nécessaire de mettre ycy les porterais des diférans âges du roy Louis 14me.
C’est aussy dans le mesme appartement du château qu’est arrivé le déceds dudit roy Louis 13e le jeudy 14e may 1643, feste de l’Acension, âgé de 41 ans sept mois 18 jours, après une maladie de 82 jours dont sera fait mention cy après. Tous les autres appartements dessus ceux du Roy et de la Reyne, où il n’y a qu’un seul estage, mesme lambrisé, assées commodes pour y loger les personnes de la première qualité de la court.
Aux deux costées de la principalle court du château, il y a deux autres basses courts où se voit plusieurs bâtimens en pavillons où sont de plain pied touttes les cuisines et offices et des logements pour les officiers et autres personnes près de Leurs Majestez, avec les logements des concierges du chasteau et des volliers qui sont scituez sous lesdittes galleries, où estoient nourris plusieurs sortes d’animeaux et oyseaux rares venus des pays les plus éloignés, qu’ils se voyoient desdits appartements. Ces galleries, enfermées dans un espèce de préau où il y avoit des bassins de plomb pour les abrever d’une très belle eau de fontaine, ce que le roy Henry quatre aimoit très fort.
[f. 97] En sortant de la salle des gardes du costé de la belle veue, il y a une très belles terrasse qui compose troutes la face du château, très haute, bien bastie, et ornée sur le devant en compartiment de pierres cizellées avec de la bricques et des niches cittrée à mettre des figures. Aux costez de cette terrasse, il y a deux grands pavillons carrés. Dans celuy à main gauche, c’est une assez belle chapelle voûtée de pierre couverte en écailles d’ardoise et plomb en rond avec une croix dessus entouttées d’un balustre de pierre tournées et des pillastres où sont gravez les armes de France. Cette chapelle n’est pas bien ornée au dedans, qu’un lambry de menuiserie et quelques fillets d’or, avec un autel très simple au milieu duquel estoit un tableau représentant une Résurection de Notre Seigneur. Le pavé de cette chapelle estoit des carreaux de marbres blancs et noirs où l’on ne disoit la messe que lorsque le Roy ou la Reyne estoient à Saint Germain, étant fermée en leurs absence. Il y avoit dessous même un salon très bien enrocaillé, des plus belles et fine rocailles, garnis de tables de marbre, lusres de cristal et autres ornements pareils. C’est où le Roy et la Reyne s’alloient divertit les après dîner dans les grandes challeurs de l’esté avec leur cour, pour jouir aussy de la belle veue que l’on peut dire estre la plus parfaite du royaume.
L’autre pavillon à gauche est d’une mesme structure de simétrie et d’ornements comme la chapelle du Roy, n’ayant pas estée achevée en dedans, n’a servy depuis que pour des logements pour des officiers de la cour. Ces pavillons estoient détachées du corps du château et de plain pied d’une très belle terrasse quy contient toutte la face du château, quy y avoient communication par deux gallerie voûtée en plattes forme avec des pilliers [f. 97v] de distance égalle cintreez par le haut à jour pour faire la communication à couvert des appartements du château.
De cette première terrasse où sont les chapelles, l’on descendoit sur une seconde, par deux rampes égales en manière d’un demy rond, dans le milieu duquel étoit un grand bassin, qui étoit en forme d’un croissant. Dans son milieu, il y avoit sur un pied destail une figure de bronze verte d’un Mercure de grandeur plus que naturelle d’où sortoit un gros bouillon d’eau de dessous ses pieds qui tomboit dans une grande cuvette de marbe jaspé, soutenue par quatre dauphins de bronze verte, qui jestoient l’eau par leur meuseaux dans ce bassin entouré de pillastres. Cet endroit étoit très agréable. Cette figure de Mercure estoit des plus belle, laquelle avoit esté apportée de Florence en Italie et donné à la reyne Marie de Médicis par rareté, et depuis elle, avec les autres figures de bronzes, ont été portée à Versailles lorsque cet endroit a été détruit et refait depuis en 1660 sur un autre dessein sans bassin, ainsy qu’il est à présent. Au deux costés et du plain pied de ce bassin, il y a une grande longue et haute terrasse revestue sur le devant de pierres et briques par compartiments, sur lesquels il y avoit deux jolies petits jardins de cimétris plantés en parterre de bouis en broderie. Dans leur milieu étoit deux bassins de pierres taillées à pans cordonnées, au milieu desquels bassins il y avoit sur un très beau pied destail, sur lequel estoit posé un autre grand bassin taillé en coquilles. Dans son milieu, il y avoit une figure d’un ange debout de bronze qui portoit sur sa teste une couronne royalle, du milieu de laquelle sortoit un gros bouillon d’eau. Le tout estoit soutenu d’un pied destail orné de deux sattires de bronze quy jestoient de l’eau par leurs bouches dans le bassin.
[f. 103] De ce lieu, on descendoit sur la troisième terrasse, qui estoit aussy très longue, spatieuse et voûtée, sous laquelle il y avoit plusieurs belles grottes qui estoient les plus belles qui c’estoient encore veues dans ce royaume, dont nous avons trouvé à propos d’en faire ycy un petit détail pour en conserver seulement la mémoire. La première estoit soutenue sur le devant d’un mur par des gros pilliers quarrées cintrez en portique en arcades à jour pavée de carreaux de marbre blancs et noirs, et sur le derrière d’un mur de briques avec des pillastres de pierres cizelées en broderies très délicates avec des compartiments de briques de distance égalle, avec des consoles de scupture, sur lesquelles il y avoit des bustes et vasses de marbres de plusieurs couleurs.
Au bout de cette gallerie, à droit, on entroit dans un grand salon tout enrocaillé de rocailles fines nommée la grotte de Neptune, dieu de la mer. Cette figure étoit possée dans une niche représenté dans un char tiré par quatre chevaux marins accompagné de plusieurs monstres et poissons marins jestans de l’eau dans une grande cocquille de marbre jaspé de noir entouré en manière de glassons. Les murs de la grotte estoient ornée de roccailles des plus rarres, quy représentoient plusieurs figures et monstres marins. Le pavvé estoit de quoquilage d’où sortoit un infinité de petis gests d’eau soustairains comme une pluye d’orrage quy mouilloient bien les spectateurs lors que les portes en estoient fermée par une grille de fert.
En sortant de ce salon ou grotte de Neptune, l’on entroit dans celle d’Orphée où cette figure estoit d’une bronze très belle, de grandeur naturelle, placée dans un bocage au milieu d’un beau désert, assis sur un rocher tenant une lyre dont il jouoit plusieurs airs distinguez en remuant même la teste et les bras d’une manière très surprenante, [f. 103v] ce qui exitoit plusieurs animeaux tant féroces que reptits à venir paroistre les uns après les autres en sortant de leurs cavernes et lieux souterains, comme lions, léopards, tigres, loups, renards, bouques, cerfs, sangliers et autres sortes de bestes avec des serpens, lézards et autres reptils. Cette grotte estoit dans un très beau bocage verdoyant entouré de rochers, d’où sortoit une infinité de gests et naples d’eau qui tomboient dans un grand bassin quarré, faisant en sortant d’iceluy comme des glaçons. Et ce qui estoit très charmant, c’étoit les chants et les ramages de pluseurs sortes et différens oyseaux, entr’autres le rossignol et le coucou se faisoient entendre par dessus les autres. Tout ce beau lieu étoit orné des plus fines rocailles ainsy que toutes les autres grottes, avec une infinité de jets et bouillons d’eau qui en sortoient de tous les costés du sallon.
Dans ce mesme lieu, il y avoit une grotte à costé nommée des flambeaux, qui ne se voyoit qu’à la lumière. Un théâtre, qui estoit clos sur le devant d’une grande toile peint,e laquelle se levoit lorsqu’on vouloit en avoir le plaisir, on y voyoit paroistre plusieurs changements de décorations les unes après les autres. Dans le premier, la mer paroissoit en deux différentes manières en temps calme avec des isles verdoyantes éclairées des rayons d’un soleil levant ; dans le milieu étoit un dauphin couronné par deux dieux marins nageant sur les eaux ; au dessus étoient plusieurs figures dans des nuées jouans de plusieurs instruments à la descente d’une figure représentant monsieur le Dauphin assis dans un char de triomphe accompagné de plusieurs autres petites figures célestes avec des syraines, nimphes et autres poissons marains ayant la forme humaine, luy faisant compagnie et leur court.
Ensuitte, l’on y voyoit la mer agittée, des vaisseaux brissez contre des rochers avec un furieux orrage. Le tonnerre s’y faisoit entendre, meslé d’éclaires très fréquentes, ce quy surprenoit bien tous les spectateurs.
[f. 104] La troisième décoration, la terre se voyoit avec toutes la beauté du printemps et de l’automne, ornée de fleurs et des fruits, avec des bastimens champêtres et des chasteaux de plaisance, et par un beau trait de perspective se voyoit distinquement le très beau château neuf de Saint Germain en Laye, comme au naturel, avec les jardins dans lesquels parroissoient plusieurs petites figures comme du Roy, de la Reyne, accompagnés de leur cour, qui s’y promenoient.
La quatrième décoration, le théâtre se changoit en un affreux désert, dans le milieu duquel estoit une belle figure d’une fée de grandeur humainre qui tenoit à sa main un luth, dont elle jouoit. Autour de laquelle paroissoient plusieurs animeaux féroces et autres bêtes reptiles et insectes qui habitent les déserts, paroissans comme apprivoisés par cette mélodie.
A l’autre bout de la mesme gallerie de la grotte d’Orphée, il y avoit un pareil avant salon très bien enrocaillé de toutes parts, où il y avoit dans une arcade une grande figure d’un dragon gettant un bouillon d’eau par sa gueille dans un bassin de marbre entouré en manière de glassons. Il se voyoit aussi dans se sallon, dans des niches très bien ornées, quatre grandes figures de stuc peintes au naturel quy représentoient les quatre vertus cardinales qui sont la prudence, la justice, la force et la tempérance, tenant chacune à leur main leur simbole. Du costé droit du sallon estoit un gros rocher au bout duquel estoit une figure d’un Bachus de bronze, assis sur un tonneau, qui tenoit à sa main une coupe d’où sortoit un très gros bouillon [f. 104v] d’eau qui tomboit par des petits conduits souterrains le long dudit rocher, qui faisoit mouvoirs plusieurs petites figures de bronze différentes, comme forgerons, remouleurs, tisserans et autres sortes d’ouvriers, qui faisoient chacun la fonction de leur métier, fort au naturel, avec des moulins à vent et d’eau, le tout se mouvoit que par le seul mouvement des eaux qui tomboient dans un magnifique bassin de marbre noir, faisant une très belle nape d’eau.
De cet avant salon, on entroit dans la grotte de Persée, qui estoit aussy très belle, où l’on y voyoit la figure d’un Persée plus grande que le naturel, qui descendoit du haut de la voûte tenant en sa main une espée nue venant pour frapper un grand dragon quy sortoit d’un bassin plain d’eau. L’ayant frappé de plusieurs coups, il disparoissoit au fond de l’eau en faisant un grand bruit de tout son corps. A costé dudit bassin estoit une très belle figure de marbre blanc d’une Andromède au naturel, qui estoit attachée par les bras à un rocher avec des chaînes de fer, que Persée vouloit délivrer, ce qui s’exécutoit si bien que les spectateurs en estoient très surpris. Tout ce lieu estoit très charmant et décoré de tout ce qui peu contenter la veue tant en rocailles fines et autres choses très belle dans ses sortes d’ouvrages. Cette grotte a eu le malheur d’avoir estée détruitte devant les autres du château.
En deçendant des terrasses, l’on entroit dans une autre gotte nommée la Demoiselle, quy estoit assise au millieu d’icelle sur un bant en carré de marbre de plusieurs couleurs habillée à l’encienne mode, laquelle jouoit des orgues sur un clavesin plusieurs différends airs, sy bien que quelques organistes y estoient comme très supris et qu’ils ne jouoient que par le seul mouvement des eaux. Cette grotte estoit ornée de figures et de scupture ainsy qu’elle est dépinte cy après. De plus, il y avoit une belle et grande [f. 105] table de marbre blant d’où sortoit du milieu un gros bouillon d’eau qui, en tombant par de petits pertuits différents d’icelle, formoit comm une cage à perroquet. Après avoir fait la description de touttes ses belles grottes, nous ferons connoistre aussy que toutes les machines qui les faisoient mouvoirs ne provenoient que par la seule eau d’un grand réservoir souterrain fait au dessus du chasteau neuf, vousté, proche le jeu de pomme.
Les dessins de ces grottes ont été communiquez par M. de Franciny, quy les avoit inventés.
Au bas de touttes les terrasses du château, il y a un grand jardin très spacieux en veue de la rivière de Seyne, planté en quatre grands compartiments de bouis d’une broderie très belle. Dans chaque millieu est représenté les chiffres du Roy et de la Reyne, et dans le centre des quatre quarrées dudit parterre il y avoit un grand bassin où estoit une piramide d’où sortoit plusieurs jets d’eau, qui faisoient des nappes et bouillons très magnifiques ainsy qu’il est représenté cy devant.
En décendant de ce jardin, qui n’est séparé du jardin bas que par une petite terrasse d’environ de trois pieds de hauteur, à l’entrée d’iceluy il y avoit une place où devoit estre placé le cheval de bronze sur lequel devoit estre posé la figure du roy Henry quatre, ayant esté fait à Venise, lequel ayant resté au mesme endroit plusieurs années sans estre élevé ny mit en place jusqu’à l’année 1630, que monsieur le cardinal de Richelieu, pre ministre d’Estat, proposa au roy Louis treize de le faire transporter dans la place Royalle de Paris, que l’on achevoit de bastir, au lieu où estoit placé [le] pallais no[mmé] des Tourn[elles], ce qui fut fait en laditte année, où a esté posé se cheval et dessus l’effigie de ce grand roy Louis treize, ce qui fait un très belle ornement dans cette place, estant une magnifique ouvrage et un très beau morceau, fondu en bronze verte.
[f. 105v] Ce parterre est séparé par les costées de deux terrasses haute voûtées par-dessous et pavez dessus de grands pierres où l’on se peut promener, estant entourées de pillastres et balustres de pieres tournées, lesquelles avoient communication par haut à deux grand et gros pavillons quarrez couverts d’ardoise et plomb où il y a plusieurs logements, entr’autres celuy à droite est pour les jardiniers, et celuy à gauche pour les peintres du château, ayant aux costés deux bosquets plantés en cimétrie d’ormes et autres sortes de bois, qui font un belle ombrage pour se promener pendant les challeurs de l’esté, où il y a une porte d’entrée gardée par un portier.
Tout au bas des jardins, il se voit un très grand enclos sans agrément qui s’étend jusqu’à la rivière de Seine, où il se devoit avoir aussy deux pareilles pavillons en cimétrie de ceux qui servent aux jardiniers et peintres du château, qui n’ont point estés faits, estant demeurés imparfaits, n’y ayant seullement que les fondements desdits pavillons. Tout le reste de ce grand tairain est demeuré qu’end manière d’une prairie et d’un grand verger planté d’arbres fruitiers et en des espaliers contre les murs, où il croit de très bons fruits de toutes les espèces qui estoient présentez au Roy dans les saisons de l’année. Dans le milieu du terrain de ce jardin, il y a une espèce de terrasse très haute, voûtée par-dessous, qui le traverse par-dessous d’un bout à l’autre, pour servir à passer lorsque la rivière de Seine est débordée. N’ayant d’autre passages pour les habitans du Pecq pour aller faire valloir leurs héritages et pour aller aux villages de Carrière, du Mesnil le Roy, de Maisons et des autres lieux circonvoisins, le roy Henry quatre voulut ordonner ce grand ouvrage pour la seulle commodité et utilité des peuples de ses lieux.
[f. 111] De plain pied de la gallerie des appartemens de la Reyne, l’on sortoit dans un jardin, lequel a esté changé et planté plusieurs fois à la place d’une vieille futaye de chaines qui fut abbatue vers l’an 1674, nommé à présent le boulaingrin, qui fut nommé ainsy par feue madame Henriette, princesse d’Angleterre, première femme de feu monsieur Philippes de France, duc d’Orléans. Cette princesse étoit lors logée dans le château neuf, dans le temps que le Roy faisoit changer se jardin, sur un autre dessein, laquelle proposa à Sa Majesté de le vouloir construire à l’instar de ceux d’Angleterre. Ses jardins sont très espassieux, avec beaucoup de grands parterres plantés en touttes sortes de broderies avec des gassons entourrées d’arbrisseaux vers, dans des plattes bandes de bouis, avec des fleures entourrées de bosquets de bois taillis et des allées de maronniers d’Inde et d’ormes allées, ce qui fut exécuté de l’ordre du Roy. Ce jardin est soutenu sur le devant d’une très haute terrasse revêtue de pierres d’où l’on découvre la plus belle veue du royaume. Ce petit jardin estoit aussy l’une des plus fréquantes promenades de feue la Reyne, femme du roy Louis quatorze, lorsqu’elle estoit demeurante à Sainct Germain en Laye.
A l’autre costé de la gallerie des appartements du Roy, il y avoit aussy un autre jardin qui avoit esté planté en muriers blancs et noirs de l’ordre du roy Henry quatre pour en voir les feuilles pour nourrir les vers à soye dont le Roy se faisoit plaisir d’en avoir le soin luy mesme dans un de ses cabinets de ce château, ce jardin ayant même subsisté ainsy jusqu’en l’année 1675 que, le roy Louis quatorze faisant construire la grande terrasse, il fallut ruiner ce jardin pour y faire le passage.
[f. 111v] En finissant toute le récit de tout ce qui contient du château neuf, où nous avons fait connoistre par ses beautés que le roy Henry quatre et la reyne Marie de Médicis, sa femme, qui aymoient ce lieu, n’avoient rien épargné pour rendre cette maison royalle la plus belle et magnifique du royaume, ayant pour cet effet fait venir de tous les royaumes les plus éloignées et expérimentez, ouvriers en toutes sortes d’arts, soit en dorure, peinture, scupture, architecture, mesme des mécaniques pour les machines mouvantes dont on a descrit cy devant, qui estoient dans les belles grottes et fontaines inventés par le sieur de Franciny, Florentin que la reyne fit venir de Florence en Italie. Toutes ces choses ont duré toujours en très bon estat tout le règne du roy Louis treize, mais son déceds étant arrivé, ayant lissé le roy Louis quatorze très jeune dans un très malheureux temps de guerres tant au dheors qu’au dedans de son royaume pendant sa minorité, qui estoit bien traversée de toute manières, n’ayant pas même beaucoup de fonds que pour soutenir cette guerre ny pour les entretiens ordinaire des maisons royalles, principalement celle du château neuf de Saint Germain en Laye et en particulier toutes les belles grottes, terrasses, bassins, statues, jardins et touttes autres choses, qui avoient causées une dépenses inombrable, qui ont périt faute d’avoir estées entretenues de réparations seullement pendant la minorité du roy Louis quatorze, ainsy qu’il a esé dit cy devant, qui seront inréparables dans la suite des temps, et mesme n’en sera plus faite de mention cy après que par les histoires des personnes qui en auront escrit, ce qui se pourra jusiffier aussy par le plan général cy devant joint, où l’on pourra connoistre le véritable estat de la scituation et de la [f. 112] beauté de cette belle maison royalle, et sy elle avoit estée toute achevée du règne du roy Henry quatre, mais il est arrivé le déceds de ce grand prince, estant survenu le 14e may 1610, elle est demeurée imparfaite de tout ce que nous n’avons point fait de mention dans les récits des choses qui regarde ce château royal, qui demeureront dans un oublit perpétuel, ce qui peut faire resouvenir que toutes les plus belles choses du monde sont périssables, quelques précautions que l’on y prenne.

Jardins du vieux château
Et en face du vieux château de Saint Germain en Laye, du costé de la forests, le roy Louis quatorze fit construire un nouveau jardin à la place d’un ancien qui y estoit depuis le règne du roy François premier, où il y avoit un pareil bassin et gerbe d’eau ainsy qu’il est cy devant représenté. Ce jardin fut replanté en 1674 par le sieur Le Nostre, l’un des plus expérimentez pour tous les jardinages qui se faisoient dans ce temps, estant construit en deux grandes pièces de bouis en broderie très belle avec trois bassins et jets d’eau et des allées de marronniers d’Indes autour des plattes bandes garnis d’arbrisseaux vers et de fleurs, séparées par une allée de dix toises de large qui conduit à la grande route des Loges de la forest.
A costé de ce jardin se voit un autre jardin planté à la place d’une futaye, en l’année 1675, d’iffes et d’épissiats par simétries, tous façonnés et taillées en plusieurs sortes de figures, et des gasons qui font une belle et agréable promenade avec une terrasse sur le devant de la belle veue de 4 pieds de hautheur. Il fut nommé le jardin de madame la dauphine de Bavière, femme de monseigneur le Dauphin, premier fils du roy Louis quatorze, lorsqu’elle estoit à Saint Germain, que l’on plantoit [f. 112v] ce jardin, qui est séparé du costé du chasteau neuf par une très longue et grande grille de fert bien ornée et peinte en vert. L’on tient que la dépense d’icelle en a monté à 30000 l.
Comme nous avons parlé cy dessus de la route qui conduit au monastère des Loges, dont nous ferons le détail cy après, cette route peut avoir mille à douze cent toises de longueur sur vingt quatre ou trente de largeur. Elle fut persée dans la forest en l’année 1675 pour découvrir la veue du vieux château et fut plantée de deux rangées d’ormes, ce qui fait une très belle promenade dans la forest pour aller à se monastère et dans la maison nommée des Loges.
Il se voit une autre route de traverse à costé d’icelle, du grand jardin, laquelle conduit sur la belle et grande terrasse qui fut faite et bastie vers l’année 1676, ce qui est l’une des plus belles choses que le roy Louis quatorze ayt fait faire de son règne à Saint Germain en Laye, estant revestue de pierres sur le devant de la belle veue d’une grande hautheur, et du costé du petit parc d’une palissade de charmille garnie d’ormes, de distance égalle. Elle peut avoir mil ou douze cent toises de longueur sur quatorze à quinze toises de largeur. Le Roy avoit projetté de faire encorre, pour son embellissement, construire un jeu de mail au bas de cette terrasse, qui auroit esté le plus beau mail du royaume, ce qui n’a pas esté exécuté par l’absence de Sa Majesté audit lieu de Saint Germain en Laye. Cette terrasse fut construite dans le terrain du petit parc, lequel peu contenir 416 arpens tant en futaye que taillis, qui ont estés abbatues pour un temps, estant à leur retour, ayant dépéris par les grands hivers survenus en France. Ce tairrain a esté replanté d’ormes ainsy qu’il se voit à présent. L’on tient que ce petit parc fut clos de murs du règne du roy François premier, vers l’année 1540.

[f. 114] Chappelle royalle du parc de Saint Germain en Laye
Il y avoit aussy dans le petit parc de Saint Germain en Laye une très ancienne chapelle, dont on a peu scavoir par qui elle avoit estée bastie. Elle estoit dédiée en l’honneur de Saint Michel archange, titulaire de ce royaume de France, ainsy qu’il sera expliqué plus au long dans la fondation cy après transcriptes. Cette chapelle estant tombée en ruyne plusieurs fois, mesme du temps du roy Henry quatre, qui la fit réparer vers l’année 1602, qui avoit une grande dévotion et confiance à se saint protecteur du royaume de France, et pour aussy que messieurs les princes ses enfans fussent entendre la sainte messe du château neuf, où ils étoient élevés pendant les beaux jours de l’esté de l’année, et après l’on leur aportoit leur désjeuner devant la porte de la chapelle sur une grande table de pierre, sous un gros chesne. Ensuitte, ils jouoient au mail qui estoit devant laditte chapelle pour les recréer. Cette chapelle a duré pendant tout le règne du roy Louis treize en bon estat, mais après son déceds, elle estoit mal entretenue de réparations pandant les grandes guerres, étante tombée. La reyne Anne d’Autriche, mère du roy Louis quatorze et régente du royaume pendant sa minorité, elle rolut de faire rétablir cette chapelle et de la fonder de quatre cent livres annuelles en l’année 1649, désirant que le service divin y fut fait et rétabli, ne voulant pas aussy que cette [f. 114v] ancienne chapelle fut absolument anéantie. Y ayant fait cette fondation, du consentement du Roy son fils, suivant ce qui est signalé dans ycelle cy après transcrite, avec les charges et prières dont le chapelain estoit obligé d’acquitter, qui fut le sieur Levasseur qui en fut pourveu le premier, qui les a acquitées et déservie laditte chapelle pendant un temps. Mais il est arrivé ainsy qu’au château neuf que, pendant les grandes guerres que le Roy avoit à soutenir dans ce temps, n’ayant pas esté en estat de faire aucune réparaiton mesme aux maisons royalles, ce qui est arrivé aussy à cette chapelle, qui est tombée en ruine en telle manière que ledit chapellain Levasseur a esté obligé de célébrer les messes et services fondées de les aquitter à Poissy, où il estoit chanoine de l’église de la parroisse dudit lieu, ce qu’il a fait jusqu’à sa mort, arrivée vers l’année 1675, ce qui obligea le roy Louis quatorze, pour ne pas abollir cette fondation des prières d’en transporter le tiltre et le fond à l’hôpital des pauvres malades de la charité de Saint Germain en Laye, à la charge néantmoins que le chapellain qui assistera les pauvres malades d’iceluy acquitera ponctuellement les charges et prières mentionnées dans laditte fondation à l’intention du Roy et de ses successeurs roys de France. Cette belle chapelle ayant estée détruite entièrement, les débris et mathéreaux du bâtiment étans demeurée sur le lieu plusieurs années, estans enlevée et pris en telle manière que l’on fut obligé de les vendre en l’année 1725 au profit dudit hôpital des pauvres malades de ce lieu, que le service divin d’icelle chapelle y avoit esté aussy transféré, n’y ayant plus resté auqune marque que la seulle plsse où elle étoit construite, où l’on y devoit mettre une croix pour le respect du sainct sachrifice de la messe quy y avoit esté célébré d’un temps immémorial, ainsy que le feu roy Louis quatorze faisoit quand on estoit obligé de faire destruire des églises de parroisse ou chapelles, pour en conserver la mémoire. Ainsy passe les choses de se monde, telles grandes précausions que l’on puisse prendre pour l’avenir.
[f. 115] Fondation de l’ancienne chapelle royalle du parc de Saint Germain en Laye faite en l’année 1649
Louis, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à tous présens et à venir, salut. Les grâces et faveurs du ciel que nous et notre état avons visiblement receus de la main toute puissante de Dieu depuis notre avènement à cette Couronne par l’intercesson du prince des anges, saint Michel, patron titulaire de France, nous oblige de rechercher toutes sortes de moyens pour luy rendre et faire rendre à toujours de continuelles actions de grâces à la divine bonté, pour marque perpétuelle à la postérité de notre reconnoissance. Considérant que la chapelle anciennement construite par les roys nos prédécesseurs dans le parc de notre vieux château de Saint Germain en Laye, attenant au grand jeu de mail d’iceluy, se trouve déserte et mesme entièrement abandonnée, qu’il n’y a aucun chapellain de fondé pour la déservir, ce qui est cause que dès longtemps le culte divin en est tout à fait retiré, nous, suivant le mouvemens de piété et de gratitude envers Dieu, dans lesquels il plaît à la Reyne régente, notre très honorée dame et mère, de nous nourrir et élever de tous les bienfaits que nous en avons receus [f. 115v] et recevons journellement par l’entremise de ce grand protecteur, nous avons cru ne pouvoir rien faire qui plut à la Majesté divine que de faire rétablir incessament ladite chapelle et de fonder un chapelain en icelle pour y célébrer le saint sacrifice de la messe et y chanter des louanges jusqu’à la fin des siècles afin d’obtenir de plus en plus les bénédictions du ciel sur notre personne et sur notre Etat, scavoir faisons que nous, pour ces causes et autres bonnes pieuses considérations à ce nous mouvans, de l’avis de la reyne régente notre très honnorée dame et mère, voulons et ordonnons premièrement que les réparations nécessaires pour remettre en bon estat laditte chapelle de notre parc de Saint Germain en Laye soient faites avec toute la diligence et solidité posible et qu’ensuitte il soit mit un tableau sur l’autel d’icelle, dans le haut duquel il sera représenté le Sauveur du Monde dans le throsne de sa gloire, plus bas et à costé saint Michel archange, et au dessus et à costé notre ange gardien luy présentant notre personne et nos actions de grâces, pour les offrir et les faire agréer à la personne de Dieu, et pour faire en laditte chapelle le service divin, il soit fondé et étably comme par ces présentes signées de notre main, du mesme avis de la Reyne régente nous fondons et établissons un chapelain avec l’établissement d’iceluy quatre cens livres de rente à perpétuité à prendre en la recette générale de nos bois en la généralité de Paris ; ordonnons que pour cet effet laditte somme soit doresnavant employé dans les estats généraux d’icelle au chapitre des fiefs et aumônes par toutte préférence à toutes charges, mesme à la partie de l’épargne, excepté deux mille livres de fondation du chapelain de la chapelle de notre vieux chasteau de Saint Germain en Laye [f. 116] assignez sur ledit fonds, et sans aucun retranchement ny dminution, pour quelques causes que ce soit, attendu la nature de laditte fondation, duquel chapelain nous nous sommes réservez et réservons et à nos successeurs rois la nommination, collation et provision, de plain droit, sans qu’il puisse résigner ledit bénéfice ny en avoir aucun qui ait charge d’âmes ny qui l’oblige à résidence ny autre sujection, voulons que ledit chapelain soit tenu de dire une messe basse tous les dimanches, mecredis et samedis de l’année à neuf heures du matin tant en hyver qu’en esté, comme aussy de dire à haute voix à la fin de chacune masse l’antienne de saint Michel, Princeps glorissime Michael etc., et l’oraison Deus qui miro ordine angelorum, avec l’antienne de l’Ange gardien, Sancti Angeli cusodes etc., et le verset Inconspectu angelorum etc., l’oraison Deus quy inefabily providentia, et ensuitte le Domine salvum fac Regem, par trois fois, et l’Oremus quaesumus omnipotens Deus ut famulus tuus Rex noster Ludovicus etc., et d’offrir à Dieu le saint sacrifice de la messe pour la paix entre les princes chrétiens, le repos de notre Estat et la tranquilité de noetre Eglise, nous obligeant pour nous et nos successeurs rois à donner une chasuble, un aube, deux napes, une croix, un calice, deux burettes, deux chandelliers, une clochette, un missel, un pupitre, un canon et les autres ornemens nécessaires audit chapelain pour dire la sainte messe, avec une armoire pour les serrer, tant pour la première fois de l’institution de laditte chapelle qu’à l’avenir lorsque ceux que nous aurons donnés seront usez, lesquels meubles ledit chapelain sera tenu de conserver soigneusement et de fournir deux cierges de cire blanche de deux livres chacun pour estre allumez dans les chandelliers à chaque costé de l’autel pendant les mesmes et oraisons, comme aussy le pain, le vin pour lesdittes messes, faire blanchir [f. 116v] les linges en sorte qu’ils soyent toujours blancs, et de tenir laditte chapelle toujours propore et nette, sans pouvoir estre dispensé de faire le divin service pour quelqe cause que ce soit, dont il certifira, en cas que ce soit pour maladie ou absence nécessaire, à quelqu’un des supérieurs cy après nommez, faisant cependant lesdittes messes, antiennes, ressets et oraisons. Pour cet effet, voulons et ordonnons que laditte somme de quatre cent livres soit payée audit chapelain pour chacun an de quartier en quartier par les receveurs généraux de nos bois en la généralité de Paris, chacun en année d’exercice, sur ses simples quittances, moyennant qoy ils en seront et demeureront bien et valablement deschargez, et laditte somme de quatre cens livres passée en leurs comptes par nos amez et féaux conseillers les gens de nos comptes de Paris, ausquels mandons ainsy le faire sans difficulté. Entendons que ledit chapelain soit soumis à notre grand aumônier et, à son absence, conséquement au plus ancien de nos aumôniers, et encore en leur absence au chapelain de la chapelle de notre vieux château dudit Saint Germain en Laye, et s’il venoit à donner quelque sujet de plainte ou de scandale, ou en quelque manière que ce soit à se départir ou relacher de la piété et pureté de vie et mœurs et bonne conduire requise à des personnes de cette profession, qu’il soit sujet aux repréhensions et corrections des personnes de cette profession de notre grand aumônier, ou plus ancien de nos aumôniers ordinaires, encore à leurs absence audit chapelain de la chapelle de notre vieux chasteau de Saint Germain en Laye. Ordonnons que ledit chapelain jouira des mesmes privilèges, libertez, franchses et immunités que nos chapelains ordinaires de notre chapelle actuellement étant auprès de notre personne, encorre qu’il ne soit sy particulièrement [f. 118] exprimé, sy donnons en mandement à nos amez et feaux conseillers les gens tenans notre cour de parlement, chambre des comptes et trésoriers généraux de France au bureau de nos finances à Paris que ces présentes ils ayent à faire lire, publier et enregistrer, et du contenu en icelle faire jouir et user plainement et paisiblement ledit chapelain de laditte chapelle du parc de notre vieux chasteau de Saint Germain en Laye sans luy faire ny souffrir estre troublé ny mesme empeschement au contraire. Car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons faire mettre notre scel à cesdites présentes, sauf en autre chose notre droit et l’autruy en tout. Donné à Saint Germain en Laye au mois de mars l’an de grâce mil six cent quarante neuf, et de notre règne le sixième. Signé Louis, et sur le reply Par le Roy et la Reyne régente, sa mère, présente, de Guénégaud.

[f. 118v] Petit château du Val
Le petit chasteau du Val, qui est au bout de la grande terrasse dans le petit parc de Saint Germain en Laye, est scitué dans la plaine nommée le Val, où il y avoit cy devant une futaye qui fut coupée vers l’an 1602, du règne du roy Henry quatre, lorsque monsieur de Frontenac estoit capitaine des chasses de saint Germain en Laye, à qui le bois fut donné par le Roy en gratification. Cette coupe de bois de futaye fut faite pour découvrir la veuve de cette ancienne maison royalle, dont le bâtiment n’étoit basty dans ce temps qu’en manière d’un gros pavillon quarré, couvert de tuiles, sans autres appartemens qu’un grand salon voûté très spacieux, de plain pied de la court, qui estoit peint en dedans sur les murs de plusieurs sortes de chasses au naturel dans des bocages. C’étoit dans ce lieu où les roys et les princes faisoient ordinairement des repas aux retours des chasses dans la forest ou dans le parc. Les offices et cuisines estoient voûtées dessous le pavillon, sans aucuns autres appartements dessus que dans une espèce de basse cour où estoient les logements du concierge, avec celuy d’un jardinier fruitier qui estoit très espassieux, dont les fruits estoient portées au Roy et à monsieur le capitaine de Saint Germain. Ce château ayant esté subsisté en cet état jusqu’en l’année 1676, que le roy Louis quatorze voulut faire rebastir ce château sur un plus joly dessein, comme il se voit à présent. Le bâtiment vieux fut abbatu entièrement, [f. 119] où il fut construit le nouveau sous les ordres de monsieur de Colbert, surintendant des Bastiments du Roy, exécutées sur les desseins du sieur Mansart, permier architecte de Sa Majesté. Ce petit chasteau fut basti en très fort peu de temps, suivant les désirs qu’avoit le Roy pour s’y aller promener et divertir avec la Reyne et les dames de sa court. Nous dirons que les appartements de ce nouveau château sont tous par bas sans aucun estage. De la coure, l’on entre dans un grand salon quarré voûté, en veue du jardin par des grandes portes svistrées. Le salon sépare deux petits appartements composez de plusieurs pièces très commodes, mesme pour toutes les saisons de l’année et en hyvert, ayant dans l’un un poesle inconnu pour réchauffer ces appartements. De l’autre costé dudit salon, il y a l’appartement de monsieur le capitaine de Saint Germain, qui estoit mesme occupé par monsieur le duc du Lude, lors capitaine de ce lieu, quand le Roy n’estoit point à Saint Germain. Il y a à costé du chasteau une espèce de basse court où sont les offices, cuisines, écuries et le logement du concierge, qui a aussy la direction de tous les portiers des portes des entrées dudit petit parc.
La principale court du chasteau n’est pas extrêmement grande. Elle este entourée d’une grande et haute grille de fert à jour peinte en vert, possée sur un appuy de pierres d’environ trois pieds de hauteur. Tout le bastiment du chasteau est couvert d’ardoise et plomb très proprement construit, et en dheors avec quelques bustes de marbre blanc posées sur des consolles. Les jardins ne sont pas très magnifiques, la pluspart plantez en arbres fruitiers avec une belle allée d’ormes en face de la porte du sallon, qui fait une belle promenade soutenue d’une terrasse revestue de pierres du costé de la belle veue. Tout ce jardin est entouré d’un grand mur où [f. 119v] il y a de très beaux espalliers d’arbres de toutes sortes de fruits, qui sont portées au Roy et à monsieur le capitaine de Saint Germain en Laye dans les saisons de l’année. En finissant le récit de ce petit chasteau, nous dirons que c’estoit l’une des plus fréquentes promenades que feue la Reyne faisoit lorsqu’elle estoit à Saint Germain, avec toutes les dames de sa court.

Le monastère et convent des Loges
Le monastère et convent des Loges est scitué dans le milieu de la forest de Saint Germain en Laye, au bout d’une grande route plantée en ormes, qui fut faite dans icelle vers l’année 1675, qui est en face du vieux château. Elle a environ vingt quatre toises de largeur sur toute sa longueur. Ce convent étoit anciennement en tiltre d’un bénéfice ou prieuré assez considérable, dont on ne peut découvrir le temps de sa fondation ny de son revenu et de quel ordre étoit les religieux qui y demeuroient. Il se voit seulement des donnations faite sà ce monastère, l’une du roy Philippes le Bel de vingt cinq livres parisis de rente annuelle à recevoir sur l’estat du domaine de la généralité de Paris, et une confirmation du roy Charles sept, à la charge d’une basse messe tous les premiers dimanches des mois de l’année. Le seul titre dudit prieuré en a demeuré seullement à un [f. 121] bon religieux nommé Alexis, augustin deschaussé, qui demeuroit audit lieu des Loges, qui en fut pourveu par le roy Louis quatorze le 24e mars 1684 sous le nom du prieuré de Saint Fiacre des Loges en la forest de Laye. Ce bénéfice ou prieuré et ses dépendances sont scituez dans les limites de la paroisse de Saint Germain en Laye, ainsy que tous le terrain en général de lad. forest de Laye, ce qui est justiffié encore par une permutation de ce prieuré de Saint Fiacre des Loges faite le 18e my 1509, du règne de Louis douxième, mentionné dans l’arrest rendu le 15e septembre 1670 pour la réunion de la cure de la paroisse de Saint Germain en Laye à l’archevêché de Paris. Mais comme ce prieuré étoit demeuré cy devant comme abandonné et ruyné, soit par les guerres ou autrement, les tiltres et enseignemens en ont estez détournez, perdus ou bruslez, et mesme les bâtiments détruits, les religieux qui y estoient l’ayant mesme quitté et abandonné pour se retirer dans d’autres convents du royaume.
Ce monastère estant ainsy demeuré ruiné et comme inhabitable pendant un très long temps, les bâtiments c’étans démolis faute d’avoir estez entretenus, même la pluspart des démolitions volez ou portez ailleurs, n’en ayant resté à peine que ceux de la petite chapelle de Saint Fiacre, qui estoit mesme en partie découverte de thuilles. Le tout étant demeuré ainsy sans estre habité, ce qui donna occasion à un bon hermite nommé frère René de s’établir dans les ruines de ce lieu, pour cet effet il se pratiqué un petit logement avec un petit jardin proche de cette chapelle de Saint Fiacre, dont il avoit le soing. Cet hermitte ne vivoit que des charitez des bonnes personnes qui le visitoient dans son hermitage, mesme du roy Louis treize, qui le considéroit fort par sa bonne vie et ses mœurs, qui estoient [f. 121v] bien régléées. Ce prince luy faisoit ordinairement des charitées lorsqu’il le recontroit dans la forest, soit à la chasse ou à la promenade. Mais cet hermitte étant dans la suitte devenu très infirme et caducte jusqu’à ne pouvoir presque plus marcher pour aller à la questre, ce qui l’obligea à demander au roy Louis treize la permission de pouvoir s’associer quelques religieux ou autres hermites pour demeurer avec luy pour le solliciter dans ses besoins, ce que Sa Majesté refusa absolument, soit qu’elle hapréhenda pour bien des raisons, ne voulant pas qu’une nombreuse communauté de religieux s’établit dans la forest, mais cet hermitte ayant tant importuné le Roy qu’il luy octroya, mesme à la prière de la Reyne, sa demande de choisir quelques personnes qu’il voudroit et qu’il luy conviendroit pour demeurer avec luy, mais que ce fut en petit nombre, cet hermitte ayant jetté les yeux sur deux petits religieux augustins deschaussez, très nouveaux en France, vers l’année 1630 ou 1632, lesquels ayant demeuré avec ledit frère René, hermitte, quelques années en bonne intelligence, et comme il arive très souvent dans de pareilles communautez que l’on n’est pas toujours très bien d’accord ensemble et même en bonne intelligence les uns avec les autres, c’est ce qui est arrivé dans cette petitte communauté, soit que ledit frère René, hermite, ne fut pas bien nourrit, soigné ou secourut dans ses besoins, se répentit du choix qu’il avoit fait, soit par une extraordinaire condite ou mauvaise humeur, incommodités qui survient très souvent aux vieilles personnes, ce qui obligea ledit frère René à s’en plaindre au roy Louis treize, estant dans la forest, qui ne voulut plus l’écouter, n’ayant pas voulu suivre ses conseils de ne point associer personnes avec luy. Ensuite, ce pauvre hermitte fut contraint de demeurer avec ces religieux pour les servir, mesme aux jardins, ce qu’il [f. 122] a fait jusqu’à son déceds arivé vers l’année 1644 ou 1645, et fut enterré dans l’ancienne chapelle de Saint Fiacre desd. Loges, âgé de près de quatre vingt ans.

Note

L’on remarque qu’après le déceds du roy Louis 13e, qui arriva le 14 de may de l’année 1643, il s’établit peu à peut une assez nombreuse communauté de ses religieux augustins aux Loges, mesme par la protection de la feue reyne Anne d’Autriche, mère du Roy et régent du royaume, ayant conçue une très bonne volonté pour les religieux de ce monastère, le visitant souvent par une dévotion qu’elle avoit à la chapelle de Saint Fiacre, leur faisoit souvent mesme des charitez de temps en temps pour leur ayder à bastir leurs église et les autres bastiments de ce monastère, et après qu’ils furent en partis bastis, ce qui donna occasion à cette princesse d’y aller entendre le service divin plus souvent, aux grandes festes de l’année, elle y fit bastir mesme un petit pavillon destaché pour s’y aller reposer après avoir entendu le divin office, ce qu’elle a continuée jusqu’à son déceds, lorsqu’elle estoit à Saint Germain en Laye. Mais depuis ce temps, ce monastère c’est encorre bien augmenté tant en bastiments qu’and communauté de religieux, aussy par les bontez et charitez du roy Louis quatorze, particulièrement pour leur avoir accordé la démolition en partie du vieux château de La Muette, ains qu’il en sera fait mention cy après, pour parachever tous leurs bastiments, ainsy qu’ils sont à présent, principalement leur église qui est très proprement bastie, où il y a une nouvelle chapelle bastie en l’honneur de saint Fiacre, à la place de l’ancienne qui a estée entièrment démolie, laquelle en estoit séparée et fut réunie dans la nouevlle église desdits religieux, où le sieur curé de Saint Germain en Laye a le mesme droit qu’il [f. 122v] avoit cy devant d’aller en procession toutes les années dans l’ancienne chapelle de Saint Fiacre (comme estant dépendante de sa cure, ainsy que tout le terrain de la forest de ce lieu), pour y célébrer le service divin les 30e jour du mois d’aoust, jour et festes de saint Fiacre, ce qui s’est observé pendant quelques années. Mais il arriva ensuitte quelques contestations entre ledit curé et marguilliers de laditte paroisse avec les religieux de ce monastère pour raison de quelques droits des aumônes et questes qui se faisoient dans laditte église et la chapelle de Saint Fiacre, sur quoy il fut fait un accord ou transaction, même par l’entremise et charité de la reyne Anne d’Autriche, mère du Roy, le 16e aoust 1656. Par ledit acte, il est stipulé entr’autres choses que le sieur curé et les marguilliers de la fabrique de la parroisse de Saint Germain en Laye sont maintenus en la pocession et droit curial dans l’église et chapelle de Saint Fiacre des Loges, soit qu’elle fut enclose dans l’église du monastère desdits religieux augustins deschaussez, lesquels seroient obligez de recevoir le sieur curé et tout son clergé la veille et le jour de saint Fiacre, 30e d’aoust, toutes les années pour y célébrer l’office divin ainsy qu’il s’étoit fait par le passé, que les questes, droits et autres choses des aumônes qui seroient perceus lesdits jours seroient partagez par moitié entre lesdits religieux et l’œvre de la paroisse de Saint Germain en Laye, et l’on demeura aussy d’accord que le titre dudit prieuré seroit aussy transféré dans laditte nouvelle chapelle et que les démolitions des bâtiments de laditte vieille chapelle de Saint Fiacre appartiendroient ausdits religieux des Loges pour estre employées à bastir la nouvelle chapelle de Saint Fiacre dans leur église, ce qui les a mis bien d’accord depuis ce temps.
[f. 123] A costé de ce monastère, il y a un grand ancien bâtiment où sont plusieurs logements. C’étoit dans ce lieu où se rendoit anciement la justice des eaux et forests de Saint Germain en Laye, où étoient gardés mesme les tiltres, archives, papiers et enseignements concernant laditte maîtrise et grurie, lesquels ont estez transférez depuis, soit à cause du mauvaise temps des guerres civiles ou autrement, dans la chambre de l’auditoire de la justice de la prévosté de Saint Germain, où la justice de laditte maîtrise se tient à présent tous les samedis de l’année.
Les bastiments de ce lieu et les jardins sont à présent en assez bon estat à cause des réparations et augmentations qui y ont estez faites depuis plusieurs années par les maistres particuliers de cette maistrise, à qui ce domaine dépend et appartient d’un temps immémorial.
Il se tient aussy dans la place devant le lieu et de l’église desdits Loges une nombreuse assemblée ou foire le 30e aoust, feste de saint Fiacre, toutes les années, où il s’y trouve une très grande affluence de peuples des environs du pays.

[f. 123v] L’ancien château de La Muette
On voit dans l’extrémité de la forest de Saint Germain en Laye les ruines du château de La Muette, nommé ainsy à cause que tous les équipages des chasses et des escuries y logeoient ordinairment. L’on tient que le bastiment de ce château fut fait et basty par le roy François premier vers les années 1525 ou 1530, lequel aimoit mieux à faire bastir des maisons royalles dans des lieux escartez dans des forests, comme il en a fait plusieurs dans quelques cantons du royaume, ce qui luy donna occasion d’y faire construire le château de La Muette, dans la belle forest de Saint Germain en Laye, pour y avoir le plaisir de l’abitter dans des saisons de l’année lorsqu’il chasseroit dans cette forest, qui estoit la plus commode qu’auqune autre des maisons royalles.
Les bastiments de ce château estoient assés considérables en ce temps en manière d’un très grand pavillon quarré, fort exaucé, qui pouvoit avoir trente à quarente toises de touttes faces, entouré d’un large et profond fossé sec, revêtu des deux costez de pierres et de briques, avec quatre tourelles aux encognures, voustez et couvertes de pierres. La court estoit assé grande pour ce temps, où il y avoit une chapelle assée belle et un grand puis au milieu de cette court, la grande entrée du [f. 126] château, où il n’y avoit qu’un pont levis avec le logement du concierge à costé de laditte porte d’entrée, qui estoit en face d’une grande route de la forest qui conduisoit jusqu’au vieux château de Saint Germain, laquelle se nomme encore aujourd’huy la route de La Muette, où il n’y avoit auqun jardinage que le naturel.
Les appartements de ce château étoient très simplement ornées tant en dedans qu’en dheors, où il y avoit les armes gravées de France avec des FF et des salmandres couronnées, simboles et devises du roy François premier, ainsy qu’il mettoit à toutes les maisons royales qu’il faisoit bastir dans le royaume. Ce grand pavillon estoit couvert en platte forme de grandes pierres dures, où il y avoit un petit jeu de paulme dessus, couvert, où les personnes de la cour jouoient ainsy que le Roy, lorsqu’ils n’alloient pas à la chasse. Cette terrasse estoit entouré d’un balustre de pierres tournées. Il y avoit en distance égalle des pillastres très bien gravées de relief avec les armoiries dudit roy François premier. Tous les appartemens du niveau de la court, où il n’y avoit que plusieurs grandes salles à manger et pour des assemblées et jouer, avec les salles des gardes du corps, les appartements du Roy et pour les personnes de distinction de la court estoient tous au premier estage, au dessus duquel il y avoit plusieurs chambres pour loger les officiers pour le service de Sa Majesté et autres personnes de sa suitte. Lesdits appartements en général n’estoient ornées que de menuiserie fort simple sans aucune dorrure ny peinture, que des tableaux de chasses. Toutes les offices, cuisines et autres pièces estoient voustez, dessous tout le grand pavillon, estoit aussy très proprement voûtée en arcades de pierres et briques avec plusieurs escalliers dégagées, n’y ayant aucune autre court au dheors ny jardins, que des écuries et chenils, sans cimétrie, au dessus desquels estoient des logements pour les officiers des équipages des chasses et des escuries, quy estoient séparrées du corps du château.
[f. 126v] L’on remarque que cette maison royale a subsisté en très bon estat depuis le roy François premier et mesme pendant les roys ses descendans jusqu’au règne du roy Louis quatorze, estant demeuré mineur dès son enfance sous la régence de la reyne Anne d’Autriche, sa mère, et que tout son royaume estoit dans ce temps comme en combustion par les grandes guerres qui duroient depuis un très long temps tant en dedans qu’en dheors de ses Estats, ainsy qu’il a déjà esté dit cy devant, ce qui a fait que l’on n’estoit point aussy en estat de pouvoir entretenir aucunes des maisons royalles, principallement ce chasteau de La Muette dans la forest de Saint Germain, ce qui a peu contribuer en partye qu’il c’est ruyné dans la suitte en telle façon que quelques officiers des chasses et le concierge qui y demeuroient furent obligez mesme de sortir de ce chasteau, n’y estant pas en seureté, et demeuré comme inabitable jusque vers l’année 1663, que le Roy, qui estoit alors à Saint Germain, qui prenoit grand plaisir à la chasse du lièvre avec des petits chiens courans qu’il faisoit eslever pour chasser dans le petit parc de ce lieu, Sa Majesté le trouvent trop peut étendue pour y avoir le plaisir qu’il vouloit avoir à cette chasse, l’ayant témoigné à monsieur Rosse, maître particulier des Eaux et forests de cette maîtrise, pour en effet donnèrent leur avis, que pour parvenir à l’agrandissement de ce petit parc du costé de La Muette et pour éviter la dépence pour la construction des murs qu’il conviendroit faire, proposèrent au Roy d’abatre ce vieux chasteau de La Muette, presque ruiné, pour en prendre les démolitions des pierres et briques pour en faire l’augmentation desdits murs du parc. Cet advis fut ainsy résolu, et l’on y mit ausitost une très grande quantité d’ouvriers, que tout le bâtiment fut entièrement démoly en très peu de temps. La charpente, la ferrure, la menuiserie des lambris, [f. 127] portes et autres sortes de choses pareils restées furent données aux religieux des Loges pour leur servir aux bastiments de leurs église et monastère.
Mais il arriva qu’à peine ce château fut il démolly qu’il fut donné un autre avis au Roy, par d’autres personnes de la court, soit pour contrecarer les premiers, ainsy qu’il arrive très souvent dans la court des roys et princes, qu’au lieu de faire cet agrandissement du petit parc du costé de La Muette, qu’il seroit plus à propos de clore entièrement de murs toute la forest depuis Saint Germain jusqu’à Poissy du costé du prieuré d’Hannemont, pour n’en faire qu’un grand parc, ce qui fut fait et exécuté très promptement en l’année 1668, où il fut fait plusieurs portes audit nouveau mur, gardées par des suisses, portiers, tous les mathereaux et démolitions de pierre et briques de ce château de La Muette étant demeurées sur le mesme lieu plusieurs années, inutils, qui ont estées enlevées et pris peu à peu, en telle façon qu’il n’en est demeuré aucun sur le lieu à présent que la seulle place, que l’on a peyne mesme à reconnoistre où estoit placé le bastiment de ce château. Ainsy passe touttes les chosses de ce monde.
C’est une réflexion à faire qu’il est quelques fois très dangereux à ceux qui aproche les personnes des roys et princes, tels conditions qu’ils soient, de ne leurs pas donner des avis très légèrement pour leur faire la court sans y avoir bien réfléchy et pensé. C’est ce qui est arrivé au sujet de la detruction du château de La Muette, dont le roy Louis quatorze s’en est bien repenty d’y avoir consenty sy légèrement. Il en témoigna mesme ensuitte son resentiment avec beaucoup de chagrin à ceux qui luy avoient donné cet avis et mesme pour la dépense que l’on avoit faite pour la destruction de cette maison royalle, quy auroit peu suffire pour son antière réparation, laquelle auroit estée très nécessaire dans la suitte pour se retirer dans les mauvais temps, quy arive en des saisons de l’année d’y faire les retours des chasses.
[f. 127v] L’on remarque aussy que ce chasteau de La Muette a esté la dernière demeure que le grand roy François premier ait occupé de sa vie, y ayant tombé malade d’une maladie dangereuse le 17e du mois de mars en l’année 1547, lequel voulut mesme quitter ce lieu charmant pour changer d’air, suivant les avis des médecins, d’où il fut choucher au village de Villepreux, ensuitte au château Dampiere, de là à Limours, château qu’il faisoit bastir, puis à Rochefort, et enfin à Rembouillet, où sa maladie augmenta de telle sorte de jour en jour qu’il y mourut le 30 dudit mois de mars de laditte année 1547, âgé de 53 ans, ayant régné 32 années trois mois un jour, étant regretté unanimement de tous les peuples de son royaume. Son corps fut porté en dépost dans l’abbaye des religieux de Haute Brierres, proche la ville de Montfort l’Amaury, pour estre porté ensuitte dans l’abbaye de Saint Denis en France, assistères à ses [fu]nérailles onze [ca]rdinaux et plus de [qu]arentes prélats. Son cœur fut possé sous une colomne de marbre dans laditte abbaye de Haute Brierres.

Carte de la réformation de la forest de Saint Germain en Laye en 1662
La forest de Saint Germain en Laye est l’une des plus belles du royaume pour ce qu’elle contient par sa scituation, qui est très agréable [f. 129] et avantageuse pour les plaisirs de la chasse et de la promenade. Le terrain est très uny, comme sablonneux, sans montagne ny vallée. Elle ne contenoit cy devant que 5198 arpens 45 perches suivant l’ancien arpentage qui en a esté fait du bornage en l’année 1662 par monsieur de Barrillon, commis par le roy Louis 14e pour la réformation des Eaux et forests de la maîtrise de ce lieu, mais par les acqusitions que Sa Majesté a faite depuis, elle contient à présent 5714 arpens quarente cinq perches, tant en futaye que de bois taillis, suivant même le dernier arpentage fait par le sieur Carron, arpenteur d’icelle maîtrisse, en l’année 1687. Ces acquisitions ont estées faites avec plusieurs particuliers qui possédoient des bois taillis dans cette forest, scavoir le prieuré d’Hannemont, le prieuré royal des dames religieuses de Poissy, de monsieur de Maisons, de monsieur d’Exvilly, seigneur de Fresne, et d’autres personnes qui y en avoient aussy. Tous lesdits bois cy dessus ont estées échangées pour les bois de la petite forest des Alluets le Roy, qui contenoit environ 848 arpens 55 perches de bois taillis, avec les anciens balliveaux dessus, laquelle forest appartenoit au domaine royalle. Il sera remarqué que le restant desdits bois des Alluets ont estées eschangées aussy, pour des personnes qui en posséddoient dans la forest de Marly, et par ces échange toutes les deux forets de Saint Germain en Laye avec celle de Marly appartiennent à présent en total au domaine royal.
La tradiction veut que ce qui peut avoir donné le nom de la forest de Laye, l’on tient que c’estoit la grande quantité de sangliers et laye qui y estoient toujours, sy plaisant très fort auparvant que cette forest fut close de murs, y venans de toutes les pays circonvoisins. Elle estoit aussy dans ce temps bien plus étendue et garnie [f. 129v] de bois de fustaye et taillis, quy sont en partis perries, soit par les grands hivers qu’il a fait depuis plusieurs année, ou par la trope grande quantité de bestes fauves quy y estoient, aussy que des bestes omailles, au nombre de plus huict cens vaches quy paissoient journellement dans ladittre forrest par un droit d’usage que plusieurs lieux circonvoisins jouissoient de cet advantage, outre ce droit l’on avoit souffert une prodigieuse quantité de de lappins, soit par interrest ou négligence des officiers propossez pour la conservation et interest de la forrest, principallement pendant la minorité du roy Louis quatorze, quy estoit bien traversée par les guerres civilles des années 1649 et 1652 dans tout le royaume ou la lissance estoit comme permise, ce quy a causé une infinité de malverssations faites dans cette forrest, ce quy l’a rédhuite en partie en l’estat qu’elle est maintenant, nonobtant les soins que Sa Majesté a eu d’en ordonner des couppes extraordinaires des futayes et taillis quy estoient [sur] leur retour pour les rajeunir et d’en faire planter aux lieux vuides de bois.
L’on remarque, nonobstant ces malheureuses scituations, que cette forest quy se trouve encore l’une des plus agréables du royaume, estant entourée de la rivière de Seine qui luy sert comme d’un beau canal, et nécessaire pour abrever le gros gibier, avec beaucoup de marres d’eau qui y sont en plusieurs endroits, ce qui a fait qu’elle a estée très chérye cy devant par les roys depuis près de cinq à six cent années, jusqu’au roy Louis quatorze, qui y a pris aussy ses plus grands plaisirs pendant tout son règne, n’ayant rien épargné pour l’augmenter et la conserver, voulut mesme la faire clore de murs en l’année 1668 pour empescher les désordres qui s’y commettoient, tant dans les chases que dans les bois, et pour empescher aussy que les bestes fauves et sangliers et autre gibier n’en sortissent. Mais le Roy, ne voulant pas supprimer les principaux passages quy estoient dans dans cette forest, ordonna qu’il seroit fait aux dits murs vingt cinq portes quy seroient gardées par des suisses quy auroient quatre cens livres par année, quy dépenderoient de monsieur le capitaine et gouverneur de Sainct Germain en Laye.
[f. 131] Le Roy voulut aussy, après avoir faitte cette closture de la forest, en oster ce qui contribuoit à son dépérissement, causé par une trop grande quantité de bestes aumailles et vaches qui paissoient journellement dans icelle ; ne voulant pas néantmoins frustrer ceux qui avoient ce droit d’un temps immémorial, Sa Majesté fit des acquisitions de prairies et autres terrains propres pour des pâturages, qui leurs furent délivrées et partagées à proportion du droit qu’ils avoient, pour la quantité de bestes qu’ils devoient mettre dans laditte forest, pour y paistre, scavoir les habitans de Saint Germain en Laye, les villages de Carrière sous le bois de Laye, du Menil le Roy, de Maisons, d’Achèrs, de Garennes, de Chambourcy et du prieuré royal d’Hannemont, dont ces terrains cy dessus nommeez se sont montées par cette acquisition à une somme de près de 150000 l. que Sa Majesté a fait payer comptant à tous les particuliers qui les poccedoient à la charge néantmoins que ces terrains cy dessus acquerits pour estre toujours destinées pour des pâtures qu’il ne soit point permit ausdits usages habitans de vendre ny échanger, engager ny défricher lesdits terrains cy dessus pour aucune cause que ce soit, à peyne de nullité de cette récompense.
L’on a trouvé à propos, après avoir fait une emple description de cette forest de Saint Germain en Laye, qu’il seroit nécessaire aussy de faire mention des choses qui y sont les plus remarquables et qui s’y sont passées et peut estre nécessaires pour ceux qui sont obligez d’aller dans laditte forest. Nous commencerons par les croix qui sont possées dans différents endroits de cette forest, au nombre de neuf. La première est celle qui se nomme la croix Pucelle, dans le vieux chemin de Saint Germain à Poissy. L’on dit qu’il y fut assasinée une fille vers l’année 1542. Il y a [f. 131v] la croix nommée de Laye, ors de la forest de Saint Germain, du costé de Chambourcy, la croix de Berry dans le millieu de la route de la Muette, où le nommé de Berry, marchand à Poissy, fut tué, la croix du Pas du Roy, qui a estée détruite de caducitée, où il y a à présent un poteau avec une pierre gravée d’un pied que l’on dit estre celuy du roy François premier possée sur le chemin de Poissy à Maisons, la croix Dauphine possée sur la grande route de Garennes de l’ordre du roy François premier à la naissance de son second fils Henry, nay à Saint Germain en Laye le 31e mars l’an 1518. Il y a la croix de Saint Simon, possée sur le grand chemin de Saint Germain à Conflans par monsieur le duc de Saint Simon en l’année 1635 lorsqu’il était capitaine de Saint Germain en Laye, la croix de saint Louis possée de l’ordre du roy Louis treize l’an 1640 au bout de la route de Poissy, et dans le milieu de laditte route de Poissy est la croix de Monchevreuil posée par monsieur le marquis de Monchevreuil, capitaine et maître particulier de la maîtrise de Saint Germain en l’année 1690, lequel a fait paver et élargir cette route qu’il a rendue bien plus pratiquable qu’elle ne l’estoit auparavant, et la dernière croix qui fut possée dans la forest est celle du Maine, mise au bout d’icelle forest sur le grand chemin de Conflans et de la ville de Pontoise de l’ordre du roy Louis quatorze en l’an 1709, mise en faveur de Louis Auguste de Bourbon, prince légitimé, duc du Maine, né à Versailles le 31e mars 1670, lequel chassoit très souvent le cerf dans cette forest.
Nous dirons et ferons sy mention d’un accident très considérable quy est arrivé en la personne de Louis, marquis de Beaumont, quy étoit maistre particulier des forrests de Saint Germain en Laye, y fut assasiné dans l’une des routtes des ventes de Maisons le premier jour du mois de may en l’année 1660 par deux genstilhome avec il avoit eu cy devant plusieurs différends. Après avoir fait ce funeste coup, se sauvèrent en Angleterre où ils sont [f. 132] décédés, leurs procés ayant esté fait et instruit de l’ordre exprès du Roy, estant mesme absents de Saint Germain, quy furent condamnés d’estre rompus vifs et qu’il seroit pris sur tous leurs biens une sommes pour faire bâtir une chapelle au mesme endroit où ils avoient commis ce meutre, qu’il y seroit fondé des prières à Dieu pour le repos de l’âme dudit deffunt sieur de Beaumont et qu’en attendant qu’elle fût basie, qu’il seroit mis une croix où il fut assassiné, ce qui fut exécuté par une croix de fert qui fut possée sur un gros chesne estesté par le haut proche de ce lieu, scitué dans les dittes ventes de Maisons de la forest dudit Saint Germain. Cette croix ayant subsisté pendant plusieurs années en cet endroit, soit que le chesne où elle estoit possée fut périt par caducité ou que l’on lait abattu ou vollée et mesme pour en faire perdre la mémoire dans la suite, et aussy que l’arrest de condamnation n’a point esté exécuté, les criminels n’ayants aucuns biens de patrimoine en France, ce qui a fait que rien n’a esté fait de ce qui est porté par ledit arrest et procez de la condamnation de ses assasinateurs. Nous ferons seullement que ledit feu sieur de Beaumont a esté enterré dans le chœur de l’église de la parroisse dudit Saint Germain en Laye de l’ordre expresse du Roy, avec une pompe funèbre très magnifique, par la grande considération que Sa Majesté avoit pour la personne dudit sieur de Beaumont et de ses grands services, même pendant les guerres, commandant la cornette blanche.

La capitainerie de Saint Germain en Laye
Cette capitainerie de Saint Germain en Laye est une des plus anciennent de toutes celles des maisons [f. 132v] royalles, et l’une des plus honnorables par sa grande estendue de pays, ayant près de dix lieues de longueur sur environ cinq à six de largeur, ayant estée augmentée en différents temps par les roys François premier, Henry second son fils, Henry quatre, Louis 13e et par le roy Louis quatorze, ainsy qu’il est fait mention dans l’arrest cy après transcript des limittes de cette capitainerie.
L’on remarque qu’anciennement les capitaines de Saint Germain en Laye, quoyqu’ils fussent qu’une qualité distinguez, ne se qualiffoient cy devant seullement que de concierge du château et de Saint Germain en Laye, comme il est justiffié par une inscription gravée sur une tombe de pierre d’un nommé messire Robert de Meudon, lequel estoit d’une grande qualité. Cette tombe est possée dans l’église du prieuré d’Hannemont scituée proche de ce lieu de Saint Germain, lequel ne prend que la qualité de concierge de Saint Germain en Laye, sous le règne du roy Philippes cinquième dit le Long, ainsy qu’il est mentionnée plus au long dans la description dudit monastère d’Hannemont, et que suivant quelqu’autres oppinions d’historiens qui marque que cette capitainerie ne s’étendoit du règne de François premier que sur le bourg et château de Saint Germain en Laye, sur les forests dudit lieu et de Cruye, à présent Marly, sur la ville et pont de Poissy et des environs cy dessus nommées.
Nous ferons mention que cette belle charge de capitaine et gouverneur de Saint Germain en Laye a estée toujours possédée par des personnes d’une distinction très particulière, dont nous ferons mention de quelqu’uns quy sont à nostre connoissance. Le plus ancien est Guillaume, sire de Montmorency, seigneur d’Escouen, de Chantilly [f. 133] et autres lieux, quy pocéddoit la capitainerie de Saint Germain en Laye avec celle de Vincennes et de la bastille de Paris, chevallier d’honneur de Louise de Savoye, mère du roy François premier, lequel décédda en 1531, ensépulturé dans l’église de Saint Martin de Montmorency.
Ensuitte la capitainerie de Saint Germain en Laye fut donnée à Pierre de Ruthie, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy Louis douzième et lieutenant de sa vénerie, nepveu de Bernard de Ruthie, grand osmonier de France, abbé de Pontlevoy, quy avoit beaucoup de crédit, lequel décédda en 1556. Ensuitte la capitainerie de Saint Germain, de Piere de Ruthie, fut donnée à Jean de Lassalle, son nepveu, seigneur de Carriers sous le bois de Laye, ainsy qu’il est fait mention dans leur épitaphe possée dans l’église de la parroisse de Saint Germain cy après décripte :
A la postérité
Passant, arreste un peu et lit, et pense à ce que tu lit et prie Dieu pour celuy pour qui tu lis. Son nom est Jean de La Salle, seigneur de Carrières, sa qualité écuyer ordinaire de l’écurie du Roy et par un long temps capitaine de Saint Germain en Laye, Sainte Jame et La Muette. Veut tu scavoir comme il en fut pourveu par le sieur Pierre de Ruthie, son oncle, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, lieutenant de la vénerie, gouverneur de Moléon, capitaine du château neuf de Bayonne et de Saint Germain en Laye, étant décédé, le grand roy François premier menda Jean de La Salle, son frère aîné, qui étoit à Thurin commandant une compagnie de gens de pieds, luy bailla cette place de Saint Germain en Laye qu’il garda très longtemps, et fut gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy. Après son déceds, qui fur en IIIIxx, le roy Henry IIIe en pourveu son frère, qui fit en ce lieu, qui par le roy Henry quatre en receu récompense. Désire tu, passant, scavoir davantage de sa vie ; il a vécu en la crainte de Dieu, toujours sa [f. 133v] foy catholique conforme à la sainte doctrine. Il est mort âgé de IIIIxx XIIII ans, sans jamais avoir eu le cœur pressé d’embition ny d’avarice, et pour avoir échappé honorablement un sy périlleux passage, il mourut le XVIe d’octobre mil VIc XII. Priez Dieu pour luy.
Au bas de cette épitaphe est écrit :
J’ay vécu quand vescu l’antique probitté ;
Je mourut quand mourut l’antique piété,
Passant, à mon bonheur porte tu point d’envie,
Au monde j’ay vescu autant que je pouvois,
Au monde je suis mort autant que je devois,
Je ne puis regreter ny ma mort ni ma vie.
Après les décedz de Pierre de Ruthie et de Jean de La Salle, Antoine de Buade, sieur de Frontenac, baron de Palluau, premier maistre d’hôtel du roy Henry quatre, quy luy donna la capinerie de Saint Germain en Laye. Ensuitte le roy Louis treize le fit chevallier de l’ordre du Saint Esprit, à la promotion faite aux Grands Augustins à Paris le 31e décembre 1619. Le sieur de Frontenac étant décéddé, le roy Louis treize pourveu Claude de Saint Simon, sieur de Veaux, de la capitainerie de Saint Germain en Laye vers 1631, ayant ensuitte acquis les bonnes grâces de Sa Majesté, l’honora de l’ordre du Saint Esprit à la promotion faite à Fontainebleau le 14e de may 1633. Dans la suitte, fut premier gentilhomme de sa chambre et de premier écuyer de sa petitte écurye, ayant exerceez ses charges avec grand honneur jusque au décedz de se grand roy arrivé à Saint Germain le 14e de may 1643, l’ayant gardée quelques années, ensuitte s’étant demis de la capitainerie de Saint Germain en Laye en faveur de René de Longueil, seigneur de Maisons sur Seyne, surintendant des Finances ; l’ayant poccéddée quelques années, s’en démit en faveur de Jean de Longueil, son fils, chancellier de la reyne Anne d’Autriche, mère du roy Louis quatorze, régente du royaume ; ensuitte s’étant démis de la ditte capitainerie de Saint Germain en Laye en faveur de Louis, marquis de Beaumont, quy commendoit la compagnie de la cornette blanche par un traité fait entr’eux vers l’année 1652, ayant poccéddée laditte capitainerie de Saint Germain avec un très grand agrément du roy Louis 14 jusqu’end l’année 1660, qu’il fut assasiné dans la forrest de ce lieu et fut ensépulturé dans le cœur de la parroisse de Saint Germain, très honorablement. Cete capitainerie fut vacante par l’absence du Roy, quy estoit à Saint Jean de Luz pour son mariage, elle ne fut donnée qu’à son retour au marquis de Richelieu, en l’an 1661, quy estoit bien dans les bonnes grâces de Sa Majesté [f. 134] en telle manière que l’on le regardoit comme son favory, quy ne pocéda cette belle capitainerie de Sainct Germain en Laye qu’environ dix huict mois, estant décéddé à Paris en 1662, fut ensépulturé dans l’église de Sorbonne avec ses ancêtres.
Après le déceds du marquis de Richelieu, le roy Louis quatorze donna la capitainerie de Saint Germain en Laye à Henry d’Aillion, conte du Lude, grand maisre de l’artillerie de France, moyennant quelque récompense pour madame la marquise de Richelieu, sa veufve. Sa Majesté l’honora ensuitte de l’ordre du Saint Esprit en l’année 162 et fut duc, ensuitte pair de France. Il mourut à l’Arsenal à Paris, très âgé, en l’année 1683, et très regretté de Sa Majesté pour ses rarres qualitez.
Le décedz du duc du Lude estant arrivé, le roy Louis quatorze donna la capitainerie de Sainct Germain en Laye à Henry, marquis de Moncheveuil, de l’ancienne famille de Mornay, et luy donna aussy la charge de maistre particulier des Eaux et forests dudit lieu, quoyque Sa Majesté l’avoit supprimée cy devant par arrest de son Conseil, luy ayant donnée qu’end commission, ainsy qu’elle s’exerese à présent. Sa Majesté l’honora ensuitte de l’ordre du Saint Esprit à la promotion faite à Versailles en l’année 1689. Il décédda très âgé à Saint Germain en Laye d’une aploplexie en l’année [vide].
Le déceds du marquis de Monchevreuil estant arivé, le conte de Monray, son fils, se mit en pocession seullement de la capitainerie de Saint Germain en Laye en vertu de la survivance que monsieur le marquis de Monchevreuil, son père avoit obtenue cy devant de Sa Majesté, à l’exception de la maistrise des Eaux et forrests dudit lieu. Ledit conte de Mornay ayant jouy quelques années de laditte capitainerie, estant décéddé à Paris d’une maladie assez imprévue en l’année 17[vide] âgé d’environ [vide].
Le déceds du roy Louis quatorze étant survenu à Versailles le premier de septembre 1715, le roy Louis quinze estant mineur soubs la régence de monseigneur le duc d’Orléans, régent du royaume, la capitainerie fut donnée à [vide], duc de Noailles, capitaine de la première compagnie des gardes du corps du Roy, avec sa survivance pour le conte d’Aguien son fils aisné.
[f. 134v] Nombre et les nons des officiers de laditte capitainerie de Saint Germain en Laye en cette année 1727
Premièrement, il est fait mention dans l’ancien estat de la capitainerie de Saint Germain en Laye le nombre et les noms des officiers d’icelle, dont nous ferons le destail de ceux quy en sont pourveues en cette année 1727.
Premièrement, M. le duc de Noailles, capitaine et gouverneur de Saint Germain en Laye ; le lieutenant, [vide] d’Exvilly, seigneur de Fresnes ; le sous lieutenant, [vide] de Conguet, conseiller au parlement de Paris ; le procureur du Roy, André George Le Grand et prevost de Saint Germain en Laye ; le greffier nommer ; deux gardes rachasseurs avec douze gardes à cheval et vingt huict gardes à pied quy sont dispersez dans touttes l’estendue de laditte capitainerie, quy sont obligez de venir faire leurs raports aux audiances quy se tiennes tous les lundis des sepmaine à l’hôtel de monsieur le capitaine de Saint Germain.
Il sera remarqué qu’il fut estably par le roy Louis treize un sous lieutenant avec deux gardes chasses pour garder le gibier des environs de Versailles lorsque Sa Majesté ut fait bâtir le petit château, quy faisoient leurs raports à l’audiance de laditte capitainerie de Saint Germain comme en dépendans, quy ont esteez supprimez ensuitte par le roy Louis quatorze vers l’année 1665. Le sous lieutenant estoit le chevalier de Vaugien, quy fut rambouré de saditte charge et les deux gardes chasses furent incorporez avec les autres gardes de laditte capitainerie de Saint Germain.
De plus, il fut créé par le roy Louis quatorze en l’année 1688 un inspecteur de la capitainerie et de la maistrise des Eaux et forrests par un brevet de Sa Majesté en ladite année 1688 en faveur de Jean Antoine, son porte arquebuse. Le décedz du feu roy Louis quatorze arrivé à Versailles le premier de septembre 1715, Sa Majesté Louis quinze, à présent régnante, a bien voulut confirmer ledit Antoine dans ses commissions d’inspecteur en récompense de ses services actuels par un arrest et lettres patentes de son Conseil donnée au chasteau de Meudon le [vide].
[f. 135] Le déceds du roy Louis quatorze estant arrivé à Versailles en l’année 1715, il fut ogmenté plusieurs officiers nouveaux de la capitainerie de Saint Germain en Laye, soit par achapt ou autrement, sous la minorité du roy Louis quinze à présent régnent, de l’hotorité e monseigneur le duc d’Orléans, régent du royaume de France. Nous n’avons pas jugé d’en faire mention ysy, comme estant ordinairement subjets d’estre dans la suite réformeez ainsy qu’il est arrové du reigne du feu roy Louis quatorze, de glorieuse mémoire, n’ayant voulut que ceux quy estoient pourveus dans l’ancien estat de laditte capitainerie.
Arrest du conseil d’Estat du Roy pour le règlement des limittes de la capitainerie de Saint Germain en Laye donné au mois de mars de l’année 1679
Louis, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à tous présens et à venir, salut. Les différentes contestations qui sont survenue depuis quelques années au sujet des limittes de la capitainerie des chasses de Saint Germain en Laye nous [f. 135v] ayant portés à rechercher les moyens de faire cesser lesd. contestations à l’avenir, nous nous serions fait représenter les édits et déclarations faites sur ce sujet par les roy nos prédécesseurs, et aurions reconnu qu’encore bien que le roy Henry le Grand, nostre ayeul, de glorieuse mémoire, ait expliqué l’étendue de laditte capitainerie de Saint Germain par son édit du mois de juillet 1607, néantmoins parce qu’il s’est contenté d’en régler les limittes par les principeaux villages, buissons et plaines de laditte capitainerie renferme, sans expliquer plus au long jusqu’où son intention étoit de l’étendre, il est arrivé que l’entreprise de plusieurs seigneurs voisins que cette description, qui suffisoit en 1607 parce que l’usage et la possession où les capitaines étoient de placer leurs gardes à déffendre la chasse expliquoit assez son intention, est devenue inutile et que, quelques capitaines ayant négligé de faire garder la mesme estendue, elle se trouve plus reserrée que mesme nous le souhaittons pour notre plaisir, ceux qui entreprennent de chasser dans les extrémitez de la capitainerie s’excusant sur l’obmission qu’ils croyent qui en a esté faite par ledit édit de 1607 d’en marquer la circonférence par des bornes immuables qui ne puissent plus laisser de douet, c’est pourquoy nous avons résolu de régler de nouveau l’étendue de laditte capitainerie, afin qu’étant connue à un chacun, nos réglements et ordonnances sur le fait des chasses y soient inviolablement observez. A ces causes, de notre plaine puissance et authorité royale, nous avons par ces présentes et édit perpétuel et irrévocable très expréssement prohibé et défendue à tous seigneurs, gentilshommes, justiciers et autres, de quelque qualité et condition qu’ils soient, de chasser ny faire chasser dans l’étendue de la capitainerie de Saint Germain en [f. 137] Laye, à commencer depuis la ville de Mante jusqu’à Meulan au-delà de la Seine, montant le long du vallon et ruisseau jusqu’au village de Sagy, et dudit Sagy jusqu’à celuy du Lieux sur Oyse, et tout ce qui est renfermé dans la péninsule que laditte rivière fait jusqu’à l’église d’Eragny, et de là droit à Montagny et à Franconville et Sanois, passer la Seine à Argenteuil le long du grand chemin qu’on appelle jusqu’au bac d’Anière, ce qui est au-delà du grand chemin, qu’on appelle la plaine de Genevillier, demeurante comme il a été par le passé, à quoy nous ne voulons innover, en commun entre laditte capitainerie de Saint Germain en Laye et celle de la Varenne du Louvre et parc de Boulogne ; depuis ledit bac, suivre la rivière de Seyne jusqu’au chemin qui monte le long du mur de Moulineaux et Meudon, le long du parc dudit Meudon, jusqu’à Plessis Piquet, de là à Verrière, le pont Saint Antony à Massy et à Palaisseau, et puis le long de la rivière d’Iette par la Guillioterie et petit moulin jusqu’au petit ruisseau qui est au dessous de Château fort et remontant ledit ruisseau à la ravine d’entre Voisins à Broussy le long du valon et des bois par les granges, suivre les estangs et suisseau de Port Royal, laissant l’abbaye et le château de Vaumeusnier à la gauche, passer par Villedieu La Boissière et suivant le ruisseau d’Elencourt au moulin neuf, La Richardière, Chenevière et Nauple, retournant à la ville de Mante par le bas de la Pissotte, Saulmarsais, Marc Thoiry, Petitmont, Goupillière, Harcheville, Saint Corantin, Le Rosay, Villiers et Mante la ville. Voulons que tout ce qui est compris dans lesdites limites compose laditte capitainerie de Saint Germain en Laye et que les capitaines puissent placer leurs gardes dans toute laditte étendue sous les mesmes deffences à peines portées par l’édit de 1607 et par notre ordonnance du mois d’aoust 1669 contre les contrevenans. Sy donnons en mandement à nos amez et loyaux conseillers [f. 137v] les gens tenant notre cour de parlement et cour des Aydes à Paris que ces présentes ils ayent à faire lire, publier ou registrer, le contenu en icelles garder et observer sans permetre qu’il y soit contrevenu, nonobstant tous édits, déclarations, concessions, réglements et autres choses à ce contraires, ausquelles nous avons pour cet égard dérogé et dérogeons par cesdites présentes. Car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose stable à toujours, avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Donné à Saint Germain en Laye l’an de grâce 1679, au mois de mars, et de notre règne le trente sixième.
Signé Louis, et sur le reply Par le Roy, Colbert. Visa, Le Tellier, pour augmentation de la capitainerie de Saint Germain en Laye, et scellé du grand sceau de cire verte en lacs de soye verte et rouge.
Registré ouy ce requérant le procureur général du Roy, celon sa forme é teneur, à Paris, en parlement, le treizième arvil mil six cens soixante dix neuf. Signé Jacques et collationné à l’original par nous conseillier secrétaire du Roy, maison, couronne de France et de ses finances. Signé Jonquiers aveque paraphe. Leu et stipulé, l’audiante tenante, en laditte capitainerie de Saint Germain en Laye et enregistré pour y avoir recours le lundy vingt un avril mil six cens soixante dix neuf. Signé Gramond, greffier.

[f. 138] La maistrise des Eaux forrests de Sainct Germain en Laye
Cette maistrise este une des plus anciennes du royaume de France, ainsy qu’il est fait mention dans l’histoire de France et des grands officiers de la Couronne faite par le R.P. Anselme, religieux augusin, en l’année 1674, au chapitre des grands maistres des Eaux et forrests de France, qu’Etienne Bienfait pocédoit cette charge du reigne du roy Philippe dit le Bel, ce quy se prouve par deux comptes qu’il avoit rendus à la chambre des comptes de Paris, l’un en 1294 et en 1302.
La maistrise de Saint Germain en Laye dépend du département de l’Ile de France, l’une des dix huict que l’on a establis dans toute l’estendue du royaume, d’où dépend unzes maistrises et quelques gruries des Eaux et forrests, savoir celles de Paris, Saint Germain en Laye, Fontainebleau, Dreux, Sezanne, Crécy, Châteauneuf en Thimerais, Provins, Sens, Auxers et Montfort l’Amaury, lequel a esté supprimé avec celle de Mante, Meulans et Pontoise, quy ont estée réunies à la maistrise de Saint Germain en Laye par la réformation quy fut faicte en l’année 1669.
Nous ferons mention des noms des officiers quy exerce leurs offices en laditte maîtrise en cette présente année 1728. Le grand maistre est Alexandre de La Falluère, au département de l’Ile de France, don dépend laditte maîtrise de Saint Germain en Laye, le maistre particulier est [vide] Magueux, le lieutenant André George Legrand, le procureur du roy Guillaume François [vide], le garde marteau Jean Baptiste Vamine, le greffier Jean François Cleramboust, deux arpenteurs Charles Daufrene et Charles Armand, dix gardes y compris le garde général et le garde de pesche, lesquels sont dispersez dans l’estendue de laditte maistrise pour garder les malversations quy pouroient arriver dans les bois et des rivières quy dépendent de cette maistrise. De plus, il fut créé par le feu roy Louis quatorze en l’année 1668 un inspecteur général de la capitainerie des chasses et de la maistrise de Saint Germain en faveur de Jean Antoine, son porte arquebuse, pour veiller sur ce quy dépenderoit de sa fonction, Sa Majesté Louis 15e, à présent régnante, luy a confirmer sa fonction après le décedz du feu roy, arrivé le premier de septembre 1715 par arrest et lettres pattentes de son Conseil données au château de Meudon en l’année 17[vide]. Les officiers de cette maistrise tiennent leurs audiances tous les samedies dans l’auditoire de la prévosté royalle dudit lieu de Saint Germain en Laye.
[f. 138v] Nombre des bois qui dépendent de la maistrise de Sainct Germain en Laye
Premièrement, le parc tenant au vieux chasteau contient 416 arpents, quy estoit cy devant un bois de haute fustaye quy a dépérie par caducité, ayant esté en partie abatue pour y replanter des ormes.
La forest nommée de Laye contient à présent 5714 arpents 45 perches par les acqusions que le feu roy Louis quatorze a faite des bois que pocéddoient plusieurs particuliers dans laditte forest de Saint Germain en Laye.
La forest de Cruye, nommée à présent de Marly, ne contenoit cy devant que 1178 arpents 60 perches de bois, la pluspart taillis, ayant estée très ogmentée depuis que le feu roy Louis quatorze a fait bastir le chasteau de Marly.
La forest nommée des Alluez le Roy contenoit 848 arpents de bois taillis quy ont estéez échangée cy devant par le feu roy Louis quatorze pour des bois taillis que pocéddoient plusieurs particuliers dans les forrests de Saint Germain et de Marly.
Les bois taillis de la garrenne du Vésinet contiennent environ 1009 arpents, tant plains que vides.
Les buissons de la Vallée pierreuse, la Mantonnière et la Cornière font ensemble 17 arpents 25 perches de bois taillis seullement.
Total de tous les bois quy dépendent de laditte maistrise de Saint Germain en Laye monte à 9184 arpents 45 perches, tant de bois de haute futtaye que taillis.
Nous avons jugé à propos, pour la curiosité des lectheurs, de leurs faire connoistre le nombre des départements quy ont estées créez dans toute l’estendue du royaume de France pour régir en général touttes les forrests et les rivières quy en dépendent. Ces départements sont au nombre de dix huict, où il y a plusieurs maistrise avec des gruries establies dont nous ne ferons auqune mention en destail. Noms des départements : premièrement l’Isle de France, le Vallois, le Blaissois et Berry, la Picardie, l’Artois et Flandre, le Hainaut, Caen, Allençon, la Champagne, la Bourgogne, le Messain, l’Alsace, la Touraine, le Poitou, la Bretagne, le Lionnois, le Languedoc et la Guyenne, dont le produit en général peut monter années communes à la somme de 1996387 l. suivant les extraits et les mémoires quy ont estéez communiquez chez M. Dodun, lors contrôlleur général des Finances. »

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Manuscrits, N.a.f. 5012

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