Pièce 23 - Mentions de Saint-Germain-en-Laye dans les mémoires du cardinal de Retz

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Cote

23

Titre

Mentions de Saint-Germain-en-Laye dans les mémoires du cardinal de Retz

Date(s)

  • 26 août 1648-13 octobre 1652 (Production)

Niveau de description

Pièce

Étendue matérielle et support

1 document

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Nom du producteur

(1613-1679)

Notice biographique

Coadjuteur de l'archevêché de Paris (en 1643) pour son oncle Jean François de Gondi (1584-1654), puis cardinal (en 1652) et archevêque de Paris (en 1654).

Histoire archivistique

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Portée et contenu

« [t. 2, p. 12] Le 26 d’aout de 1648, le Roi alla au te Deum. L’on borda, selon la coutume, depuis le Palais Royal jusques à Notre Dame, toutes les rues de soldats du regiment des gardes. Aussitôt que le Roi fut revenu au Palais Royal, l’on forma de tous ces soldats trois bataillons, qui demeurerent sur le pont Neuf et dans la place Dauphine. Comminges, lieutenant des gardes de la Reine, enleva dans un [p. 13] carrosse fermé le bonhomme Broussel, conseiller de la grande chambre, et il le mena à Saint Germain.
[…]
[p. 87] [septembre 1648] Le president Viole, qui avoit ouvert l’avis au parlement de renouveler l’arret de 617 contre les etrangres, vint à Saint Germain, où le Roi etoit allé de Ruel, sous la parole de monsieur le Prince, et il fut admis sans contestations à la conference qui fut tenue chez M. le duc d’Orleans, accompagné de monsieur le Prince, de M. le prince de Conti et de M. de Longueville. […]
[p. 88] Il y eut cinq conferences à Saint Germain. Il n’entra dans la premiere que messieurs les princes. Le chancelier et le marechal de La Maillerie, qui avoit eté fait surintendant en la place d’Emeri, furent admis dans les quatre autres. Ce premier y eut de grandes prises avec le premier president, qui avoit un mepris pour lui qui alloit jusques à la brutalité. [p. 89] Le lendemain de chaque conference, l’on opinoit, sur le rapport des deputés, au parlement. Il seroit infini et ennuyeux de vous rendre compte de toutes les scenes qui y furent données au public, et je me contenterai de vous dire, en general, que le parlement, ayant obtenu ou plutôt emporté sans exception tout ce qu’il demandoit, c’est à dire le retablissement des anciennes ordonnances par une declaration conçue sous le nom du Roi mais dressée et dictée par la Compagnie, crut encore qu’il se relachoit beaucoup en promettant qu’il ne continueroit pas ses assemblées. Vous verrez cette declaration toute d’une vue, s’il vous plait de vous souvenir des propositions que je vous ai marqué de temps en temps, dans la suite de cette histoire, avoir eté faites dans le parlement et dans la chambre de Saint Louis.
Le lendemain qu’elle fut publiée et enregistrée, qui fut le 24 d’octobre 1648, le parlement prit ses vacations et la Reine revint avec le Roi à Paris bientôt après.
[…]
[p. 99] Le parlement resolut, le 2 de janvier [1649], de s’assembler pour pourvoir à l’execution de la declaration, que l’on [p. 100] pretendoit avoir eté blessée, particulierement dans les huit ou dix derniers jours, en tous ses articles, et la Reine prit le parti de faire sortir le Roi de Paris, à quatre heures du matin, le jour des Rois, avec toute la cour.
[…]
[p. 129] Je l’appris, à cinq heures du matin, par l’argentier de la Reine, qui me fit eveiller et qui me donna une lettre ecrite de sa main par laquelle elle me commandoit, en des termes fort honnetes, de me rendre dans le jour à Saint Germain. L’argentier ajouta de bouche que le Roi venoit de monter en carrosse pour y aller, et que toute l’armée etoit commandée pour s’avancer. Je lui repondis [p. 130] simplement que je ne manquerois pas d’obeir. Vous me faites bien la justice d’etre persuadée que je n’en eus pas la pensée.
Blancmenil entra dans ma chambre, pale comme un mort. Il me dit que le Roi marchoit au Palais avec huit mille chevaux. Je l’assurai qu’il etoit sorti de la ville avec deux cents. Voilà la moindre des impertinences qui me furent dites depuis les cinq heures du matin jusques à dix. J’eus toujours une procession de gens effarés, qui se croyoient perdus. Mais j’en prenois bien plus de divertissement que d’inquietude, parce que j’etois averti, de moment à autre, par les officiers des colonelles, qui etoient à moi, que le premier mouvement du peuple, à la premiere nouvelle, n’avoit eté que de fureur, à laquelle la peur ne succede jamais que par degrés, et je croyois avoir de quoi couper, devant qu’il fut nuit, ces degrés, car quoique monsieur le Prince, qui se defioit de monsieur son frere, l’eut eté prendre dans son lit et l’eut emmené avec lui à Saint Germain, je ne doutois point, madame de Longueville etant demeurée à Paris, [p. 131] que nous le revissions bientôt, et d’autant plus que je savois que monsieur le Prince, qui ne le craignoit ni ne l’estimoit, ne pousseroit pas sa defiance jusqu’à l’arreter.
[…]
[p. 133] La terreur du parlement n’etoit pas encore bien dissipée. Je ne fus pas touché de son irresolution, parce que j’etois persuadé que j’aurois dans peu de quoi le fortifier. Comme je croyois que la bonne conduite vouloit que le premier pas, au moins public, de desobeissance vint de ce corps, qui justifieroit celle des particuliers, je songeai à propos de chercher une couleur au peu de soumission que je temoignois à la Reine en n’allant pas à Saint Germain. Je fis mettre mes chevaux au carrosse, je reçus les adieux de tout le monde, je rejetai avec une fermeté admirable toutes les instances que l’on me fit pour m’obliger à demeurer, et par un malheur signalé, je trouvai au bout de la rue Neuve Notre Dame Dubuisson, marchand de bois, et qui avoit beaucoup de [p. 134] credit sur les portes. Il etoit absolument à moi, mais il se mit ce jour là en mauvaise humeur. Il battit mon postillon, il menaça mon cocher. Le peuple, accourant en foule, renversa mon carrosse, et les femmes du Marché Neuf firent d’un etau une machine sur laquelle elles me rapportent, pleurantes et hurlantes, à mon logement. Vous ne doutez pas de la manière dont cet effort [p. 135] de mon obeissance fut reçu à Saint Germain. J’ecrivis à la Reine et à monsieur le Prince en leur temoignant la douleur que j’avois d’avoir si mal reussi dans ma tentative. La premiere repondit au chevalier de Sevigné, qui [p. 136] lui porta la lettre, avec une hauteur de mepris ; le second ne put s’empecher, en me plaignant, de temoigner de la colere. La Riviere eclata contre moi par des railleries et le chevalier de Sevigné vit clairement que les uns et les autres etoient persuadés qu’ils nous auroient des le lendemain la corde au cou.
Je ne fus pas beaucoup emu de leurs menaces, mais je fus tres touché d’une nouvelle que j’appris le meme jour, qui etoit que M. de Longueville, qui, comme je vous ai dit, revenboit de Rouen, où il avoit fait un voyage de dix ou douze jours, ayant appris la sortie du Roi à six lieues de Paris, avoit tourné tout court à Saint Germain. Madame de Longueville ne douta point que monsieur le Prince ne l’eut gagné, et qu’ainsi M. le prince de Conti ne fut infailliblement arreté. Le marechal de La Mothe lui declara, en ma presence, qu’il feroit sans exception tout ce que M. de Longueville voudroit, et contre et pour la cour. M. de Bouillon se prenoit à moi de ce que des gens dont je l’avois toujours assuré prenoient une conduite aussi contraire à ce que je lui en avois dit mille fois. Jugez, je vous supplie, de mon embarras, qui estoit d’autant plus grand que madame de Longueville me protestoit qu’elle n’avoit eu, de tout le jour, aucune nouvelle de M. de La Rochefoucauld, qui etoit toutefois parti, deux heures apres le Roi, pour fortifier et pour ramener M. le prince de Conti.
Saint Ibar revint encore à la charge pour m’obliger à l’envoyer, sans differer, au comte de Fuensaldagne. Je ne fus pas de cette opinion, et je pris le parti de faire [p. 137] partir pour Saint Germain le marquis de Noirmoutier, qui s’estoit lié avec moi depuis quelque temps, pour savoir, par son moyen, ce que l’on pouvoit attendre de M. le prince de Conti et de M. de Longueville. Madame de Longueville fut de ce sentiment, et Noirmoutier partit sur les six heures du soir.
[…]
[p. 144] [9 janvier] Le marquis de Noirmoutier m’assura, des le lendemain qu’il fut arrivé à Saint Germain, que M. le prince de Conti et M. de Longueville etoient tres bien disposés, et qu’ils eussent eté déjà à Paris si ils n’eussent cru assurer mieux leur sortie de la cour en s’y [p. 145] montrant quelques jours durant. M. de La Rochefoucauld ecrivoit en meme sens à madame de Longueville.
[…]
[p. 196] Monsieur le Prince etablit de sa part ses quartiers. Il posta le marechal du Plessis à Saint Denis, le marechal de Gramont à Saint Cloud, et palluau, qui a eté depuis le marechal de Clerembaut, à Sevres. L’activité naturelle à monsieur le Prince fut encore merveilleusement allumée par la colere qu’il eut de la declaration de M. le prince de Conti et de M. de Longueville, qui avoit jeté la cour dans une defiance si grande de ses intentions, que le cardinal, ne doutant point d’abord qu’il ne fut de concert avec eux, fut sur le point de quitter la cour, et ne se rassura point qu’il ne l’eut vu de retour à Saint Germain des quartiers où il etoit allé [p. 197] donner les ordres. Il eclata, en y arrivant, avec fureur contre madame de Longueville particulierement, à qui madame la Princesse sa mere, qui etoit aussi à Saint Germain, en ecrivit le lendemain tout le detail. Je lus ces mots, qui etoient dans la meme lettre : « L’on est ici si dechainé contre le coadjuteur qu’il faut que j’en parle comme les autres. Je ne puis toutefois m’empecher de le remercier de ce qu’il a fait pour la pauvre reine d’Angleterre ».
Cette circonstance est curieuse par la rareté du fait. Cinq ou six jours devant que le Roi sortit de Paris, j’allai chez la reine d’Angleterre, que je trouvai dans la chambre de madame sa fille, qui a eté depuis madame d’Orleans. Elle me dit d’abord : « Vous voyez, je viens tenir compagnie à Henriette. La pauvre enfant n’a pu se lever aujourd’hui faute de feu ». Le vrai etoit qu’il y avoit six mois que le cardinal n’avoit fait payer la reine de sa pension, que les marchands ne vouloient plus fournir et qu’il n’y avoit pas un morceau de bois dans la maison. Vous me faites bien la justice d’etre persuadée que madame d’Angleterre ne demeura pas, le lendemain, au lit faute d’un fagot, mais vous croyez bien aussi que ce n’etoit pas ce que madame la Princesse vouloit dire dans son billet. Je m’en ressouvins au bout de quelques jours. J’exagerai la honte de cet abandonnement, et le parlement envoya quarante mille livres à la reine d’Angleterre.
[…]
[p. 199] Le parti ayant pris sa forme, il n’y manquoit plus que l’etablissement du cartel, qui se fit sans negociation. Un cornette de mon regiment, ayant eté pris par un parti du regiment de La Villette, fut mené à Saint Germain, [p. 200] et la Reine commanda sur l’heure qu’on lui tranchat la tete. Le grand provot, qui ne douta point de la consequence, et qui etoit assez de mes amis, m’en avertit, et j’envoyai en meme temps une trompette à Palluau, qui commandoit dans le quartier de Sevres, avec une lettre tres ecclesiastique, mais qui faisoit entendre les inconvenients de la suite, d’autant plus proche que nous avions aussi des prisonniers, entre autres M. d’Olonne, qui avoit eté arreté comme il se vouloit [p. 201] sauver habillé en laquais. Palluau alla sur l’heure à Saint Germain, où il representa les consequences de cette execution. L’on obtint de la Reine, à toute peine, qu’elle fut differée jusques au lendemain, l’on lui fit comprendre, apres, l’importance de la chose, l’on échangea mon cornette, et ainsi le quartier s’etablit insensiblement.
[…]
[p. 287] Le 24 de ce mois, qui etoit celui de fevrier, les deputés [p. 288] du parlement, qui avoient reçu leurs passeports la veille, partirent pour aller à Saint Germain rendre compte à la Reine de l’audience accordée à l’envoyé de l’archiduc. La cour ne manqua pas de se servir, comme nous l’avions jugé, de cette occasion pour entrer en traité. Quoiqu’elle ne traitat pas dans ses passeports les deputés de presidents et de conseillers, elle ne les traita pas aussi de gens qui l’eussent eté et qui en fussent dechus : elle se contenta de les nommer simplement par leur nom ordinaire. La Reine dit aux deputés [p. 289] qu’il eut eté plus avantageux pour l’Etat et plus honorable pour leur compagnie de ne point entendre l’envoyé, mais que c’etoit chose faite, qu’il falloit songer à une bonne paix, qu’elle y etoit disposée et que, monsieur le chancelier etant malade depuis quelques jours, elle donneroit, des le lendemain, une reponse plus ample par ecrit. Monsieur d’Orleans et monsieur le Prince s’expliquerent encore plus positivement, et promirent au premier president et au president de Mesme, qui eurent avec eux des conferences tres particulieres et tres longues, de deboucher tous les passages aussitôt que le parlement auroit nommé des deputés pour traiter.
[…]
[p. 364] [5-7 mars] Il est necessaire que je vous rende compte de ce qui se passa ces jours là et au parlement et à la conference de Ruel.
Celle-ci commença aussi mal qu’il se pouvoit. Les deputés pretendirent, et avec raison, que l’on ne tenoit point la parole que l’on leur avoit donnée de deboucher les passages et que l’on ne laissoit pas meme passer librement les cent muids de blé. La cour soutint qu’elle n’avoit point promis l’ouverture des passages et qu’il ne tenoit pas à elle que les cent muids ne passassent. La Reine demanda, pour conditions prealables à la levée du siege, que le parlement s’engageât à aller tenir [p. 365] sa seance à Saint Germain tant qu’il plairoit au Roi, et qu’il promit de ne s’assembler de trois ans. les deputés refuserent tout d’une voix ces deux propositions, sur lesquelles la cour se modera des l’apres midi meme. M. le duc d’Orleans ayant dit aux deputés que la Reine se relachoit de la translation du parlement, qu’elle se contenteroit que, lorsque l’on seroit d’accord de tous les articles, il allât tenir un lit de justice à Saint Germain, pour y verifier la declaration qui contiendroit ces articles, et qu’elle moderoit aussi les trois années de defense de s’assembler, à deux : les deputés n’opiniatrerent pas le premier, ils ne se rendirent pas sur le second, en soutenant que le privilege de s’assembler etoit essentiel au parlement.
[…]
[p. 369] [9 mars] M. le prince de Conti ayant dit, le meme jour, au parlement que M. de Longueville l’avoit prié de l’assurer qu’il partiroit de Rouen, sans remise, le 15 du mois avec sept mille hommes de pied et trois mille [p. 370] chevaux et qu’il marcheroit droit à Saint Germain, la compagnie en temoigna une joie incroyable, et pria M. le prince de Conti d’en presser encore M. de Longueville.
[…]
[p. 379] La paix fut donc signée, avec beaucoup de contestations, trop longues et trop ennuyeuses à rapporter, le 11 de mars, et les deputés consentirent, avec beaucoup de difficulté, que M. le cardinal Mazarin y signât avec M. le duc d’Orleans, monsieur le Prince, monsieur le chancelier, M. de La Meilleraie et M. de Brienne, qui etoient les deputés nommés par le Roi. Les articles furent :
Que le parlement se rendra à Saint Germain, où sera tenu un lit de justice, où la declaration contenant les articles de la paix sera publiée ; apres quoi il retournera faire ses fonctions ordinaires à Paris ;
Ne sera faite aucune assemblée de chambre pour toute l’année 1649, excepté pour la reception des officiers et pour les mercuriales ;
Que tous les arrets rendus par le parlement, depuis [p. 380] le 6 de janvier, seront nuls, à la reserve de ceux qui auront eté rendus entre particuliers, sur faits concernant la justice ordinaire ;
Que toutes les lettres de cachet, declarations et arrets du conseil rendus au sujet des mouvements presents seront nuls et comme non avenus ;
Que les gens de guerre levés pour la defense de Paris seront licenciés aussitôt apres l’accommodement signé, et Sa Majesté fera aussi, en meme temps, retirer ses troupes des environs de ladite ville ;
Que les habitants poseront les armes, et ne les pourront reprendre que par ordre du Roi ;
Que le deputé de l’archiduc sera renvoyé incessamment sans reponse ;
Que tous les papiers et meubles qui ont eté pris aux particuliers et qui se trouveront en nature seront rendus ;
Que M. le prince de Conti, princes, ducs et tous ceux sans exception qui ont pris les armes n’en pourront etre recherchés, sous quelque pretexte que ce puisse etre, en declarant par les dessus dits dans quatre jours à compter de celui auquel les passages seront ouverts, et par M. de Longueville en dix, qu’ils veulent bien etre compris dans le present traité ;
Que le Roi donnera une decharge generale pour tous les deniers royaux qui ont eté pris, pour tous les meubles qui ont eté vendus, pour toutes les armes et munitions qui ont eté enlevés tant à l’Arsenal qu’ailleurs ;
Que le Roi fera expedier des lettres pour la revocation du mestre du parlement d’Aix, conformement aux articles accordés entre les deputés de Sa Majesté et ceux du parlement et pays de Provence du 21 février ;
[p. 381] Que la Bastille sera remise entre les mains du Roi.
[…]
[p. 398] [13 mars] Comme le president Le Cogneux commençoit à proposer que le parlement renvoyât les deputés pour traiter des interets de messieurs les generaux et pour faire reformer les articles qui ne plaisoient pas à la compagnie, ce que M. de Bouillon lui avoit inspiré la veille à onze heures du soir, l’on entendit un fort grand bruit dans la salle du Palais, qui fit peur à maitre Gonin, et qui l’obligea de se taire. Le president de Bellievre, qui etoit de ce qui avoit eté resolu chez M. de Bouillon, fut interrompu par un second grand bruit encore plus grand que le premier. L’huissier, qui etoit à la porte de la grande chambre, entra et dit, avec une voix tremblante, que le peuple demandoit M. de Beaufort. Il sortit, il harangua [p. 399] à sa manière, et il l’apaisa pour un moment.
Le fracas recommença aussitôt qu’il fut rentré, et le president de Novion, qui etoit bien voulu pour s’etre signalé dans les premieres assemblées des chambres contre la personne du Mazarin, etant sorti hors du parquet des huissiers pour voir ce que c’etoit, y trouva un certain du Boisle, mechant avocat et si peu connu que je ne l’avois jamais oui nommer, qui, à la tete d’un nombre infini de peuple, dont la plus grande partie avoit le poignard à la main, lui dit qu’il vouloit que l’on lui donnât les articles de la paix, pour faire bruler par la main d’un bourreau, dans la Greve, la signature du Mazarin, que si les deputés avoient signé cette paix de leur bon gré, il les falloit pendre ; que si on les y avoit forcés à Ruel, il la falloit desavouer. Le president de Novion, fort embarrassé, comme vous pouvez juger, representa à du Boisle que l’on ne pouvoit bruler la signature du cardinal sans bruler celle de M. le duc d’Orleans, mais [p. 400] que l’on etoit sur le point de renvoyer les deputés pour faire reformer les articles à la satisfaction du public. L’on n’entendoit cependant dans la salle, dans les galeries et dans la cour du Palais que des voix confuses et effroyables : « Point de paix ! et point de Mazarin ! Il faut aller à Saint Germain querir notre bon Roi, il faut jeter dans la riviere tous les Mazarins. »
[…]
[p. 454] Je vous ai dit ci-dessus que les deputés retournerent à Ruel le 16 de mars ; ils allerent, des le lendemain à Saint Germain, où la seconde conference se devoit tenir à la chancellerie, et ils ne manquerent pas d’y lire d’abord les propositions que tous ceux du parti avoient faites avec un empressement merveilleux pour leurs interets particuliers et que messieurs les generaux, qui ne s’y etoient pas oubliés, avoient toutefois stipulé ne devoir etre faites qu’apres que les interets du parlement seroient ajustés. Le premier president fit tout le contraire, sous pretexte de leur temoigner que leurs interets etoient plus chers à la compagnie que les siens propres, mais dans la verité pour les decrier dans le public.
[…]
[p. 472] L’on n’eut presque point de difficulté sur les articles dont le parlement de Paris avoit demandé la reformation. La Reine se relacha de faire tenir un lit de justice à Saint Germain ; elle consentit que la defense au parlement de s’assembler le reste de l’année 1649 ne fût pas inserée dans la declaration, à condition que les deputés en donnassent leur parole.
[…]
[p. 481] Cette paix, que le cardinal se vantoit d’avoir achetée à fort bon marché, ne lui valut pas aussi tout ce qu’il en esperoit. Il me laissa un levain de mecontents qu’il m’eut peu oter avec assez de facilité, et je me trouvai tres bien de son reste. M. le prince de Conti et madame de Longueville allerent faire leur cour à Saint Germain, [p. 482] apres avoir vu monsieur le Prince à Chaillot pour la premiere fois, de la manière du monde la plus froide de part et d’autre.
[…]
[t. 4, p. 214] [avril 1652] Le Roi, dont le dessein avoit toujours eté de s’approcher de Paris, comme il me semble que je vous l’ai déjà dit, partit de Gien aussitôt apres le combat de Bleneau, et il prit son chemin par Auxerre, par Sens et [p. 215] par Melun, jusques à Corbeil, cependant que MM. de Turenne et d’Hocquincourt, qui s’avancerent avec l’armée jusques à Moret, couvroient sa marche, et que MM. de Beaufort et de Nemours, qui avoient eté obligés de quitter Montargis faute de fourrage, s’etoient allés camper à Etampes. Leurs Majestés etant passées jusques à Saint Germain, M. de Turenne se posta à Palaiseau, ce qui obligea messieurs les princes à mettre garnison dans Saint Cloud, au pont de Neuilli et à Charenton.
[…]
[p. 233] Je vous y ai parlé de la demangeaison de negociation comme de la maladie qui regnoit dans le parti des princes. M. de Chavigni en avoit une regelée, mais secrete, avec monsieur le cardinal, par le canal de M. de Fabert. Elle ne reussit pas, parce que le cardinal ne vouloit point, dans le fond, d’accommodement, et il n’en recherchoit que les apparences, pour decrier dans le parlement et dans le peuple M. le duc d’Orleans et monsieur le Prince. Il employa pour cela le roi d’Angleterre, qui proposa au Roi, à Corbeil, une conference. Elle fut acceptée à la cour, et elle le fut aussi à Paris par Monsieur et par monsieur le Prince, [p. 234] auxquels la reine d’Angleterre en parla. Monsieur en donna part au parlement le 26 d’avril et fit partir, des le lendemain, MM. de Rohan, de Chavigni et Goulas pour aller à Saint Germain, où le Roi etoit allé de Corbeil.
[…]
[p. 237] Les choses en vinrent au point que madame de [p. 238] Chatillon alla publiquement à Saint Germain. Nogent disoit qu’il ne lui manquoit, en entrant dans le château, que le rameau d’olive à la main. Elle y fut recue et traitée effectivement comme Minerve auroit pu l’y etre. La difference fut que Minerve auroit apparemment prevu le siege d’Etampes, que monsieur le cardinal entreprit dans le meme instant, et dans lequel il ne tint presque à rien qu’il ensevelit tout le parti de monsieur le Prince.
[…]
[p. 240] Le 3 de mai, monsieur le procureur general fit la relation de ce qu’il avoit fait à Saint Germain, en consequence des ordres de la compagnie, et il dit que le Roi entendroit les remontrances lundi 6 du mois.
[…]
[p. 241] Le 6, les remontrances du parlement et de la chambre des comptes furent portées au Roi, avec une grande force, et le 7 celles de la cour des Aides et celles de la Ville se firent. La reponse du Roi aux unes et aux autres fut qu’il feroit retirer ses troupes quand celles des princes seroient eloignées. Monsieur le garde des sceaux, qui parla au nom de Sa Majesté, ne profera pas seulement le nom de monsieur le cardinal.
Le 10, il fut arreté au parlement que l’on envoiroit les gens du Roi à Saint Germain, et pour y demander reponse touchant l’eloignement du cardinal Mazarin, et pour insister encore sur l’eloignement des armées des environs de Paris.
[…]
[p. 391] Le 13 [octobre 1652], les colonels reçurent ordre du Roi d’aller par deputés à Saint Germain. M. de Seve, le plus ancien, y porta la parole. Le Roi leur donner à diner et il leur fit meme l’honneur d’entrer dans la salle cependant le repas. »

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Jean-François Paul de Gondi, Œuvres du cardinal de Retz, éd. Régis de Chantelauze, Paris, Hachette, 1882-1887.

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