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Récit d’une chasse impériale à Saint-Germain-en-Laye

« Mardi dernier, l’Empereur est venu en quelque sorte inopinément chasser dans notre forêt. S. M. était accompagnée d’une partie de ses invités de Compiègne et des officiers ordinaires de ses chiens. Venu de Compiègne par un train express jusqu’à Pontoise, l’Empereur est monté en voiture, et après avoir passé la Seine à Conflans, vers onze heures, est entré immédiatement en chasse en la commençant du côté opposé à celui d’où Sa Majesté part ordinairement pour parcourir le tiré dans toute son étendue. Après un déjeuner à la ferme de Garenne, la chasse a continué jusque vers quatre heures, et les voitures sont reparties alors pour Pontoise, où le train express attendait Sa Majesté pour le reconduire à Compiègne. La direction inaccoutumée de la chasse n’a pas permis que S. M. pût visiter le nouveau kiosque-chalet construit par M. Henri Ramage, notre concitoyen, pour Son Altesse le prince impérial et dont l’Illustration a donné un dessin dans son numéro de samedi dernier. On dit le plus grand bien de cet ouvrage d’art, dont nous espérons entretenir nos lecteurs, mais seulement lorsque, dans une des prochaines chasses de la saison, il aura été soumis à l’appréciation de l’Empereur, dont la visite est, cela se conçoit, vivement désirée par le constructeur. »

Récit d’une chasse impériale dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye

« Mardi dernier, une nouvelle chasse à courre, sans incident particulier, et dirigée par le prince Edgard Ney, accompagné de MM. le baron Lambert, de Mouchy, de Noailles et autres notabilités, a eu lieu dans la forêt de Saint-Germain. Partis de la Vénerie à onze heures et demie, les équipages de Sa Majesté se sont rendus au pavillon de la Muette, lieu désigné pour le rendez-vous, et, vers midi et demi, l’attaque commençait dans les petites routes du côté de l’accul de Fromainville. Poursuivi par vingt-huit chiens, le cerf, après avoir passé au pont de l’Ambassadeur, est venu à plusieurs reprises du côté de la Faisanderie, derrière les Loges, à la croix de Noailles, au chêne de Bon-Secours, à la mare aux Cannes, dont il fit deux fois le tour sans y entrer, car elle était entourée d’une affluence considérable de curieux, et de là à l’accul de Carrières. Faisant aussitôt un contre-pied, l’animal, dont une partie des chiens avait alors perdu la trace, traversa de nouveau la route des Loges, se rendit à l’accul de Poissy, revint sur ses pages, passa encore une fois au chêne de Bon-Secours, à la mare aux Cannes, à la Place Verte, puis enfin à la vente du Buisson Richard, au-dessus du Val, près de la porte donnant sur la plaine, où il fut forcé et tué vers 5 heures, après une course qui n’avait pas duré moins de quatre, sans discontinuer. Favorisée par un assez beau temps, pas trop froid, cette chasse, qui a été suivie par beaucoup de promeneurs à pied, à cheval et en voiture, a pu être vue facilement aux différents points que nous venons de désigner. »

Récit d’une chasse impériale à Saint-Germain-en-Laye

« L’Empereur est venu lundi dernier chasser à tir en forêt de Saint-Germain, dans les réserves de Fromainville. En outre des personnes ordinaires de la suite de Sa Majesté, on a remarqué la présence de Son Excellence M. le maréchal Magnan, parmi celles invitées par l’Empereur à partager avec lui les plaisirs de la chasse qui, dit-on, a eu un magnifique résultat, dont les établissement de bienfaisance d’abord, la table de MM. les officiers des chasseurs de la Garde, sans oublier chacun des sous-officiers et des cavaliers employés comme rabatteurs ont pu se ressentir. »

Récit d’une chasse impériale à Saint-Germain-en-Laye

« Aux détails que nous avons donnés dans notre dernier numéro sur la chasse de l’Empereur dans les tirés de Fromainville, et où nous avons dit qu’assistait entre autres Son Excellence le maréchal Magnan, nous pouvons ajouter, de bonne source, les renseignements suivants :
Sa Majesté était accompagnée de MM. le maréchal comte Randon, ministre de la Guerre, Rouland, ministre de l’Instruction publique, des maréchaux duc de Magenta, Niel, Regnault de Saint-Jean-d’Angely, des généraux Fleury, premier écuyer de l’Empereur, et prince de la Moskowa, premier veneur.
L’Empereur et ses invités sont partis de Paris en char-à-bancs à neuf heures et demie.
La chasse a commencé à onze heures. A midi on a déjeuné en forêt.
Après le déjeuner, la chasse a été reprise et s’est prolongée jusqu’à quatre heures du soir.
Les tirés de la forêt de Saint-Germain sont, on le sait, les plus beaux qui existent ; ils s’étendent sur un parcours de 14 kilomètres.
Le nombre des pièces abattues a été de 813 : 400 faisant, 40 chevreuils, ce qui fait pour chaque chasseur une moyenne d’environ 70 pièces. L’Empereur en a tiré pour sa part 241. »

Récit d’une chasse impériale à Saint-Germain-en-Laye

« Le même jour, il y a eu chasse dans notre belle forêt. LL. MM. l’Empereur et l’Impératrice y assistaient avec leur suite. Aussitôt leur arrivée au pavillon de La Muette, lieu du rendez-vous, l’attaque a commencé dans une partie de bois non loin de là ; il pouvait être trois heures et demie, et, à sept heures et demie du soir, la chasse finissait sans aucun résultat. Parmi les personnes de la suite de Leurs Majestés, on remarquait la présence de madame de Pierre, qui était à cheval en amazone, et a suivi la chasse pendant assez longtemps. »

Récit d’une chasse impériale à Saint-Germain-en-Laye

« Samedi dernier, vers dix heures, l’Empereur traversait les Champs-Elysées en char-à-bancs break, conduit par des chevaux de poste. Sa Majesté venait chasser à Saint-Germain, suivant sa route ordinaire pour gagner plus directement, par Maisons, les tirés de Fromainville, situés au nord de la forêt, à peu de distance de la Seine et faisant face à Conflans.
Parmi les personnes invitées, qui accompagnaient Sa Majesté, se trouvait M. le marquis de Moustier, ministre des Affaires Etrangères.
La chasse, qui n’a été interrompue que par le déjeuner traditionnel d’une demi-heure, sous le kiosque rustique disposé à peu de distance des ruines du fort Saint-Sébastien, et à peu près vis-à-vis de la ferme de Garenne existant au milieu des tirés, a été des plus animées, et s’est terminée vers quatre heures ; c’est probablement la dernière ou l’une des dernières de la saison. »

Précisions sur la chasse des empereurs Napoléon III et François-Joseph à Saint-Germain-en-Laye

« Chasse à Saint-Germain de LL. MM. les empereurs Napoléon et François-Joseph
Grand Steeple-Chase aux Nouvelles
Nous nous sommes souvent élevés contre les abus de l’empressement de nos grands confrères de la presse parisienne à publier souvent des faits erronés touchant notre localité ou celles environnantes.
Pour nous, qui nous trouvons sur les lieux mêmes, nous avons soin de nous entourer de tous les renseignements possibles, quand parfois nous ne pouvons voir par nos propres yeux. C’est ce qui nous est arrivé à l’occasion de la chasse impériale qui a eu lieu samedi dernier en forêt de Saint-Germain, dans la garenne de Fromainville, et qui avait attiré un très grand nombre de nos citadins, qui pourront apprécier la vérité de nos rectifications.
Empêchés par les soins à apporter au numéro qui paraissait à cinq heures, nous avions prié un de nos amis de nous tenir par envoi d’exprès au courant des différents épisodes de la journée. A quatre heures, nous recevions la note due à son obligeance et un peu plus tard, pendant la distribution du journal, nous apprenions avec regrets de la même personne qu’une erreur s’était glissée dans son rapport quand elle avait constaté la présence des deux archiducs parmi les illustres invités à la chasse. La famille impériale d’Autriche s’était partagée entre deux invitations, et si l’empereur François-Joseph accompagnait notre souverain, ses deux jeunes frères chassaient le même jour à Ferrières, chez M. de Rotschildt.
C’était là une erreur bien involontaire de notre part, mais on va pouvoir juger de celles commises par plusieurs grands journaux de Paris.
C’est d’abord la Presse, qui, dans un article « détaillé » sur la chasse à Saint-Germain, raconte « que les deux empereurs ont d’abord visité le musée gallo-romain, installé dans le château de Charles V et de François Ier, puis la magnifique terrasse établie du côté de la Seine par Henri IV et complétée par Louis XIV ».
Après avoir fait l’éloge de la condition cynégétique de notre forêt de Saint-Germain, qu’il veut bien, par parenthèse, doter de la présence des lièvres, perdrix et bécasses qu’on n’y trouve jamais, le même journal ajoute hardiment que samedi dernier, à l’occasion de cette visite qu’il a rêvée, « les régiments de la Garde, en garnison à Saint-Germain, étaient sous les armes à l’arrivée des empereurs et les maisons de la ville pavoisées aux couleurs de la France et de l’Autriche ».
Le Petit Journal de lundi dernier, dans un de ses entrefilets intitulé : l’Empereur d’Autriche à Paris, contenant les lignes suivantes :
« Hier matin, à neuf heures, l’empereur d’Autriche est parti pour Saint-Cloud, d’où les deux souverains se sont rendus à Saint-Germain.
Après avoir visité le musée gallo-romain et la magnifique terrasse qui domine le cours de la Seine, les deux empereurs sont entrés en forêt, où a eu lieu une chasse à tir. »
Puis les correspondants à Paris expédient en province les nouvelles « détaillées » puisées à la même source. Exemple : « Les princes, dit l’Abeille cauchoise dans sa correspondance particulière du 20 octobre, ont visité le musée des Thermes et l’hôtel de Cluny, le musée gallo-romain à Saint-Germain, où ils ont chassé avec l’empereur Napoléon (dans le musée ?). Les habitants de la ville de François Ier (Oh ! oh !) ont fait une ovation splendide aux deux empereurs ».
Mais le plus fort, le plus incompréhensible, c’est que notre voisine et amie, une feuille estimable, et d’ordinaire bien renseignée, de notre département, du chef-lieu même, l’Union de Seine-et-Oise, qui pouvait s’en rapporter à ce que nous avions écrit samedi soir, instruisait en ces termes, dans son numéro de jeudi dernier, ses lecteurs de Versailles, des faits passés à Saint-Germain :
« Samedi dernier, avant la chasse, les deux Empereurs ont visité le musée gallo-romain installé dans le château de François Ier, et se sont promenés quelques instants sur la magnifique terrasse de Saint-Germain.
Les régiments de la Garde en garnison à Saint-Germain étaient sous les armes. A l’arrivée des deux souverains, les tambours ont battu aux champs et les musiques ont joué l’air national autrichien. Les établissements publics et la plupart des maisons étaient pavoisées aux couleurs de la France et de l’Autriche.
Les habitants de Saint-Germain, qui se pressaient sur le passage de Leurs Majestés, les ont accueillies aux cris réitérés de : Vive l’empereur Napoléon ! vive l’empereur François-Joseph ! »
Le Moniteur du soir a donné, lui, un récit exact de la chasse, il a fait seulement erreur sur le nom de l’inspecteur des forêts de la Couronne à Saint-Germain, M. Fouquier de Mazières, qu’il appelle M. Fauquier ; ce ne sont pas non plus des vignerons, mais bien des horticulteurs de Conflans qui, par l’intermédiaire du maire de leur commune, ont fait, au moment du déjeuner, hommage à la table impériale de paniers de raisins, dont l’excellence et la beauté méritent de partager la faveur du chasselas de Fontainebleau.
Pour rendre justice, du reste, au compte-rendu de la chasse par le rédacteur du Moniteur du soir, M. Louis Noir, nous croyons ne pouvoir mieux faire que d’en reproduire les derniers paragraphes.
« La foule a fait le plus brillant accueil à l’hôte de l’Empereur et de la France ; à chaque instant, des bravos saluaient son incroyable adresse ; S. M. François-Joseph est un des plus habiles tireurs de l’Europe et, aux longues distances, Elle fait des coups merveilleux dont nos plus vieux gardes sont surpris.
Nous ne parlerons pas du prince de la Moskowa, dont la réputation est bien connue, mais nous citerons, parmi les plus adroits, le prince de Liechtenstein, qui a jeté environ cent cinquante pièces.
Vers le soir, on cessa le feu et l’on s’achemina vers le point où les gardes avaient préparé le tableau.
On désigne ainsi l’ensemble des pièces abattues disposées de façon à former un tableau de nature morte.
Nos forestiers montrent beaucoup de goût dans l’arrangement du gibier ; ils composent très artistement des groupes et des scènes d’un aspect souvent remarquable, et l’on croirait qu’un peintre de talent a présidé à l’agencement du tableau.
D’ordinaire les chevreuils forment cadre, et de leur pelage sombre on tire des effets de contraste puissant avec l’éclatant plumage des faisans.
Voici la liste des pièces abattues :
Lapins, 400 ; chevreuils, 50 ; lièvres, 150 ; perdrix, 100 ; faisans (coqs et poules), 1300.
Leurs Majestés quittèrent le tiré au milieu des vivats des spectateurs. Sur leur passage à Maisons-Laffitte, à Colombes, à Courbevoie, les populations se portaient en foule et saluaient les deux souverains de leurs acclamations enthousiastes. »
S’il est à regretter de voir certains journaux de Paris commettre de graves erreurs sur des faits qui se passent à si peu de distance, il n’en faut qu’apprécier si vivement un rapport exact et consciencieux ; c’est à ce titre que nous avons été charmé par la lecture de l’article signé par M. A. Marx sur le sujet en question dans un des numéros du Figaro de cette semaine ; nous le recommandons à ceux de nos lecteurs auxquels il aurait pu échapper, car le spirituel et exact historiographe des fêtes et voyages de la Cour a non seulement fait un récit de la plus grande vérité, mais a encore su décrire parfaitement, et dans leurs moindres détails, cynégétiques et topographiques, les chasses à tir de l’Empereur, et particulièrement celles qui se répètent plusieurs fois pendant la saison, à l’extrémité de la forêt de Saint-Germain.
En somme, avis de la part de leur infime confrère, à certains grands journaux qui, dans le but d’arriver plus tôt que les autres, ressemblent à ce dandy qui voulait que son tailleur l’habillât, non pas à la mode de la veille, ni à la mode du jour, mais à celle de la semaine prochaine.
C’est ainsi que les nouvelles ne sont plus seulement habillées, mais travesties, et malheureusement se répandues beaucoup plus vite et dans un cercle bien autrement vastes que celles données par la presse locale, qui a la faiblesse de se borner à raconter strictement ce qui s’est passé.
Encore une fois, à nos lecteurs de Saint-Germain, à juger et à apprécier et surtout à se défier de certaines annonces qui, comme celles données par plusieurs journaux et notamment par le Petit Journal, ont fait réunir inutilement, pendant plusieurs heures, samedi dans l’après-midi sur le parterre, à la route des Loges et aux abords du château, une foule immense qui espérait et attendait l’arrivée des deux Empereurs, pendant que, suivant le programme arrêté, Leurs Majestés étaient déjà rendues au palais de Saint-Cloud.
Léon de Villette »

Récit d’une chasse de Charles X à Saint-Germain-en-Laye

« [p. 351] Souvent encore je me prends à rêver ces matinées passées gaiement naguère à suivre le cerf au bruit éclatant de la trompe ; je dis bien rêver, car ma tête s’incline et tombe entre mes mains, et je m’abandonne à mes illusions. Alors je crois entendre le fracas de la chasse, les cris et les taïauts retentissant à mon oreille ; le son de la trompe vient s’éteindre et mourir dans mon âme comme un lointain soupir de bonheur. Oui, la chasse, la chasse avec ses piqueurs et ses fanfares, avec ses meutes, leurs voix confuses et glapissantes, avec ses chevaux, leurs galops et leurs hennissements, tout cela vient me pénétrer de souvenirs qui s’attachent aux débris de ma mémoire, comme l’essence de roses de Tunis s’identifie avec le vase qui la renferme.
Pendant les mois de janvier, février et mars, je me le rappelle, la vénerie du roi était établie à Saint-Germain-en-Laye.
En avril, c’était à Versailles, pour chasser dans les bois de Meudon.
En mai et juin, à Compiègne.
En juillet et août, à Rambouillet.
En septembre, le Roi faisait quelques chasses aux environs de Versailles, souvent à Satory.
A Fontainebleau, c’était en novembre et décembre, d’où l’on se rendait à Sénart pour la chasse de Saint-Hubert, qui avait lieu le 5 novembre, comme chacun sait.
Cet ordre de choses existait avant la révolution de 89.
Le roi Louis XVIII, qui tenait religieusement aux anciennes habitudes, décida, dès les premiers jours de la restauration, que les mêmes usages seraient suivis, et que les chasses à courre auraient lieu tous les cinq jours. Ainsi le roi Charles X avait trouvé à son avènement un règlement tout organisé en matière de chasse, auquel il n’avait eu qu’à se conformer.
[p. 352] Quand la vénerie était à Saint-Germain, une partie du personnel et des chevaux était logée à Versailles, où résidaient le commandant de la vénerie, les gentilshommes et les pages. L’ordre du roi était adressé à l’hôtel du grand veneur par des palefreniers des écuries ou des gendarmes d’élite, au commandant de la vénerie à Versailles, et au conservateur des forêts et chasses à Saint-Germain. Le commandant expédiait ses instructions au premier piqueur, et le conservateur transmettait aussi les siennes à ses subordonnés, de manière à ce que toutes les dispositions locales fussent faites.
Par un des premiers jours de janvier, dès cinq heures du matin, l’on voyait, par les principales et longues routes de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, passer avec leurs chiens, la botte au cou, les valets de limiers qui allaient faire le bois. Le travail de ces gens consiste à détourner le cerf, pour connaître, au moyen des chiens, dans quel lieu l’animal s’est rembuche, et indiquer l’enceinte où il est sur le ventre.
Vers neuf heures, sur les routes qui conduisent à Saint-Germain, convergeaient tous les inévitables auxiliaires de la chasse, partis de plusieurs points d’un vaste cercle.
Des détachements de la gendarmerie d’élite s’échelonnoient pour l’escorte.
Des palefreniers, avec leurs costumes traditionnels du règne de Louis XV, conduisaient en main les chevaux que devaient monter le Roi et sa suite.
Des bouquets de grooms à la livrée capricieuse menaient aussi au rendez-vous d’élégants chevaux de pur sang, au poil ras et tondu, aux jarrets musculeux, aux sabots noirs et brillants, admirables et ravissants, produits des comtés de Kent et de Devonshire. Ils étaient destinés aux fashionables qui allaient s’élancer sur les traces du roi.
De loin en loin passaient rapidement des messagers. Ils venaient de Versailles, et ils avaient descendu la montagne du Cœur-Volant, de toute la vitesse de leurs montures, [p. 353] pour apporter des ordres du premier veneur. Le baron d’Harmencourt dans sa calèche, les officiers de vénerie dans leurs chaises à deux chevaux parcouraient la même route.
Venaient ensuite les pages à cheval, le porte-arquebuse dans sa voiture, où l’on voyait à ses côtés la longue carabine destinée à servir la bête ; puis, le caisson qui devait transporter le cerf. Parmi tous ces équipages, il était facile de distinguer ceux qui appartenaient au Dauphin; ils se faisaient remarquer par une rare élégance, dont le nom du duc de Guiche donnait aisément l’explication.
Deux cents chiens environ, réunis en un groupe docile, obéissant aux piqueurs qui les conduisaient, allaient se distribuer en différents relais. On voyait s’animer ces longues et tristes avenues, bordées d’arbres dépouillés par l’hiver, et dont les branches se détachaient en gris, comme les côtes d’un squelette gigantesque. Cet aspect de tristesse et de mort, que le ciel sale des matinées de janvier imprime à la nature, s’effaçait graduellement à mesure que le bois se peuplait. Dans les perspectives retirées des allées, et à travers les futaies, s’avançaient et passaient, tantôt un élégant équipage avec une corbeille de jeunes femmes ; on voyait bien aussi de temps en temps un maigre locatis porter péniblement son fardeau, quelques bourgeois de Saint-Germain avec leurs vieilles selles à la hongroise : c’étaient les épisodes grotesques de la fête.
Equipages, fourgons, chevaux, chiens, bourgeois, paysans, gentilshommes, merveilleux, palefreniers, postillons, tout ce monde, spectacle ou spectateurs, se dirigeait vers le rendez-vous de la chasse, et se croisait avec des valets de limiers qui n’avaient rien détourné, et s’en revenaient au chenil tout confus, avec leurs chiens, dans une contenance triste et honteuse.
Dans la partie la plus reculée, la plus solennelle, la plus égarée de la forêt, se trouve un petit pavillon d’une architecture moderne. Il fut édifié sur une partie de l’emplacement [p. 354] qu’occupait jadis le château de la Muette, ruineuse construction flanquée de tourelles que Louis XV fit démolir, et où François Ier, après une chasse à courre, éprouva un redoublement décisif de la maladie dont il est mort.
C’est là le point de ralliement, le lieu de réunion générale, le centre d’où partira et s’élancera la chasse avec son cortège et les abois.
A quelques pas du pavillon, et un peu avant dans le bois, l’ensemble des personnes qui se trouvaient réunies formait un coup d’œil propre à éveiller le génie d’un peintre de genre. C’était gai comme une scène de Swebach ; il ne manquait à l’harmonie du tableau que le mouvement des feuilles vertes bruissant au souffle du vent, et se jouant avec les rayons d’un soleil d’été.
Les valets de chiens et la vieille meute étaient groupés sur le sol dans des attitudes variées. Des curieux s’approchaient et tournaient autour d’eux, pour admirer la beauté des bêtes et l’attirail somptueux des hommes. Près d’une petite table, les pages, tout en s’ajustant, faisaient à la hâte un déjeuner champêtre, que leur offraient de sémillantes cantinières. Des dames à pied essayaient furtivement, malgré la consigne, d’approcher du pavillon ; d’autres, debout sur des chars-à-bancs, prenaient d’avance une position favorable pour ne rien perdre des détails de l’arrivée du roi.
A voir tout ce monde brillant de toilette et d’uniformes blancs et rouges ; à voir ces chevaux qui battaient et écrasaient le sol de leurs pieds, ce mélange de voitures bigarrées, ces valets qui buvaient et mangeaient en riant; à voir cette agitation et cette joie qui resplendissait sur les visages, on eût dit une halte capricieusement composée, telle qu’un artiste pouvait la concevoir en son imagination et l’exprimer sur la toile.
Le pavillon de la Muette est ouvert, deux gendarmes d’élite sont en faction à la porte, et le gros du détachement est négligemment assemblé en face. On entend dire : [p. 355] Monseigneur ! et l’on voit arriver à l’étoile irrégulière monseigneur le Dauphin.
Les gendarmes éloignaient les curieux, et se formaient en peloton.
Le prince aborde au perron, où étaient réunis les officiers de la vénerie et les gens de cour qui devaient assister à la chasse.
Le groupe s’ouvrit, et Monseigneur rentra au salon pour recevoir le rapport; puis s’introduisirent près de lui tous ceux que les règles de l’étiquette y appelaient, et à qui, par une faveur spéciale, avait été conféré le droit de revêtir l’habit de chasse.
Le Roi ne tardera pas à arriver ; car il est d’étiquette que le Dauphin précède son père d’un quart d’heure seulement, afin de le recevoir au pavillon.
En effet, ce laps de temps était à peine écoulé, qu’un gendarme, à bride abattue, paraissait à l’extrémité de la voûte du pavillon. Tout s’animait et s’ébranlait au sein du camp ; voici le terme de la halte. La voiture du roi passe avec sa parure de huit chevaux, son lourd cocher, son postillon dans ses bottes à chaudron. Puis vient à la suite la voiture qui renferme les seigneurs invités. Au même instant on annonçait le Roi.
Monseigneur le Dauphin, avec son cortège, attendait Sa Majesté au perron.
Elle reçut et lut le rapport du commandant; puis elle décida d’attaquer un cerf dix cors jeunement, détourné à la Salle Verte.
Le cheval du roi fut amené devant le perron. Le comte O’Egherti présenta au roi son couteau de chasse, et le premier écuyer porta la main à l’étrier pour le présenter à Sa Majesté, tandis qu’un piqueur maintenait la selle de l’autre côté.
Le Roi dit gaiement : « Messieurs, vous allez voir deux vieillards l’un sur l’autre ». Ce mot a fait fortune, car tout [p. 356] le monde sait que Stranger, la monture favorite du roi, était depuis longtemps à son service.
On se met en marche.
Sa Majesté est précédée de ses officiers de vénerie ; le Dauphin est à côté d’elle, le premier veneur à portée de recevoir ses ordres.
Le capitaine des gardes et le lieutenant de service sont auprès du Dauphin, et font partie du premier groupe.
La foule des spectateurs conviés s’est confondue et mêlée.
Ceux-ci cheminaient tous au pas, et s’en allaient lentement par la route de la Muette, vers l’étoile de la Salle Verte.
Ils ne tardèrent pas à arriver à l’enceinte où le cerf, tranquille, prenait son repos.
Trente chiens d’attaque, tenus par trois valets de chiens à pied, sont au carrefour.
Quatre des plus sages et des plus matois ont été découplés, et trois piqueurs foulent en les appuyant de la voix et de la trompe. Pendant ce temps, le commandant, les officiers et les pages sont en observation dans les routes.
Les hardes, qui restent pleines d’ardeur, ne gardent le silence que par l’effet du tout coi qu’on leur répète incessamment ; leurs regards tournés vers l’enceinte décèlent l’impatience qui les possède. C’est à grand’peine qu’on les retient.
Les voix se répètent de plus en plus ; les trompes accompagnent. Qu’elle est douce cette harmonie pour l’oreille des chasseurs! elle prépare aux taïauts joyeux qui se feront bientôt entendre. Sans doute, lorsque ce premier soupir de la trompe sera venu retentir à l’oreille du cerf pensif et ruminant sous les futaies solitaires, surpris d’abord et attentif, il aura dressé sa tête pour écouter cette sonore mélodie de mort. Au son répété de l’instrument qui le fait tressaillir, il s’est relevé et il s’est mis à écouter de nouveau. Un troisième son se fait entendre, ses oreilles [p. 357] se roidissent, son œil roule dans son orbite, il a bondi sur lui-même, comme pour essayer ses membres et sa vigueur élastiques. La trompe approche toujours et sonne aigu et fort. Alors un moment il hésite, car il veut se rendre compte de quel côté le péril vient plus menaçant pour lui.
Enfin il part.
On l’a vu!
Taïaut! taïaut ! a-t-on dit.
Ce cri est répété au loin.
Le Roi l’a entendu.
On sonne la royale.
Les chiens mordent leurs liens, on les découple avec peine. Ils ne comprennent plus la voix de l’homme, ils ne craignent plus le fouet : l’instinct est revenu tout entier.
Le Roi, guidé par le comte de Girardin, s’est élancé, suivi de ses officiers de service.
Le Dauphin, auprès de qui l’on voyait un piqueur portant la trompe, paraît à son tour, et semblait voler sur le léger cheval qu’il montait.
Tous les cavaliers se répandent en différentes directions dans la forêt.
Les équipages tiennent les larges avenues.
Des valets suivaient les chiens et les appuyaient ; d’autres se portaient en avant ; d’autres restaient sur les derrières pour observer.
Allons, sonnez, sonnez, piqueurs, sonnez ; trompes éclatantes, retentissez au loin, que la forêt répète ces bruyants éclats du cuivre en spirale qui déchirent l’air.
Meutes, aboyez, glapissez, poussez vos voix. Allons, allons, chevaux, hennissez, que votre galop rapide et régulier emporte ces cavaliers sur la trace du cerf, vous qui avez valu des prix à vos maîtres. Sly, la mignonne, Dash Coronats, laissez, laissez jaillir le feu de vos prunelles; que la mousse écume sur vos bossettes. Comme les arbres passent et courent! la forêt se meut, s’anime et danse aux accords des fanfares. Et toi, bondis à ton tour, pauvre cerf ; saute [p. 358] des fossés et des chemins; courbe ta tête gracieuse sur les épaules ; que tes jambes effilées et agiles effleurent à peine le sable ; va, va, tâche d’échapper à la poursuite de tes ennemis.
Ceux à qui le labyrinthe de la forêt est familier s’engagent dans des sentiers et des lignes diagonales qui abrègent ; les autres s’égarent et vont, bride abattue, dans de fausses directions.
Le cerf les a déjà entraînés près de Saint-Germain ; il a battu les environs de Poissy ; il est revenu à travers les sables de la croix de Noailles. Là, il a fait un détour, et ceux qui se trouvaient derrière sont maintenant les premiers. Le bien-alter qu’ils sonnent appelle les chasseurs qui s’emportaient dans une fausse route. Une grande confusion règne parmi les équipages et les cavaliers. On tourne bride ; on cherche à s’orienter, on va à droite, on va à gauche.
A chaque carrefour, où plusieurs issues se présentent, l’embarras redouble.
Allons, sonnez, piqueurs, sonnez; trompes éclatantes, retentissez au loin.
C’est affaire à toi, mon beau cerf; ta vigueur met tes poursuivants en défaut. Le nombre des chiens qui te harcèlent est bien réduit ; ils ne forment plus une masse compacte comme à l’attaque ; ils se suivent sur une longue file ; leur allure est lente, traîneuse et molle ; leurs langues sont pantelantes ; leurs queues basses frôlent et balaient la terre.
A eux donc les relais, ou le beau cerf va leur échapper.
Enfin, celui de la croix de Bercy a été donné de nouveau ; l’ensemble règne dans la meute, et la bête, essoufflée, n’a plus une avance aussi marquée.
Le roi n’a pas perdu la trace un seul instant ; il a suivi les anfractuosités, les lignes courbes, droites, brisées, du chemin qu’a parcouru le cerf ; il a été témoin de tous les incidents de la chasse, qui s’approche graduellement du château de la Muette.
[p. 359] Le cerf s’y fit voir plusieurs fois en traversant l’étoile de Saint-Sébastien, puis l’étoile de la Garenne ; bien approché par deux chiens de la première vitesse, il se forlonge ; poussé à vue, il a fait tête un moment de son front baissé, il a maîtrisé la rage de ses ennemis. Alors, rusant avec eux, il les a franchis d’un bond léger; mais dans cette voie qu’il veut prendre, il rencontre de nouveaux assaillants, et il se replie vers le château dont il fait au moins dix fois le tour.
Les curieux et les cavaliers se pressent sur ce point.
Pendant un quart d’heure, on jouit d’un hallali sur pied.
Le son des trompes réunies en bloc appela au loin tous ceux qui n’avaient pu suivre, ou qui avaient donné dans un défaut.
C’est là le morceau d’ensemble de cette symphonie, c’est le tutti bruyant.
La pauvre bête renonce enfin à fuir, le pressentiment de la mort a donné à son œil je ne sais quelle mélancolique expression de résignation ; elle a sauté la barrière qui environne le pavillon, elle s’accule au mur, et, noble jusqu’au dernier moment, elle attend son sort au milieu des chiens qui hurlent et la harcèlent.
Cependant le roi était descendu de cheval ; il prit la carabine des mains de M. de Vinfrais, et il mit fin, d’un coup, aux anxiétés de la pauvre bête. Tandis que les fanfares éclatent et célèbrent le succès de la chasse, un piqueur lève le pied du cerf, le natte et le donne au commandant ; celui-ci le remet au premier veneur, qui, le chapeau à la main, le présente au roi. Le roi lui-même se découvre pour le recevoir.
C’est l’acte final, c’est la clôture consacrée par l’usage et les règles immémoriales de l’étiquette qui préside aux chasses.
Le roi rentre au pavillon et demande sa voiture. Toute sa suite se dispose à partir. Bientôt on entendit le bruit mat du marchepied qui se déployait. On referma la [p. 360] portière, le lourd véhicule se mit en mouvement avec son escorte et ses écuyers cavalcadants.
On n’entendit plus que les rares fanfares que sonnaient, en se retirant, les piqueurs fatigués.
Les curieux se dispersaient de tous côtés, le silence, le sommeil des bois succédèrent au bruit et au spectacle, au mouvement et à l’agitation dont les yeux et les oreilles venaient de se rassasier. »

Description dans le Traité de vénerie de Jacques Le Fournier d'Yauville des conditions des chasses royales à Saint-Germain-en-Laye

« [p. 289] Etablissemens des meutes de la Vénerie dans les différentes saisons de l’année ; les rendez vous et les quêtes dans les forêts et buissons dans lesquels elles chassent, et les endroits où l’on place les relais.
Forêt de Saint Germain
Etablissement des équipages
Quoique les meutes de la Vénerie ayent leur principal établissement à Versailles, on verra cependant par le détail suivant qu’elles n’y passent pas plus de quatre à cinq mois de l’année et que rarement elles y restent plus de six semaines de suite. Lorsqu’à la fin de décembre les mauvais temps ne permettent plus de chasser dans les environs de Versailles, les équipages vont s’établir à Saint Germain pour y chasser la plus grande partie de l’hiver. La grande meute habitoit autrefois le chenil de Marly mais, en 1756, on l’établit à Saint-Germain, pour être plus à portée de la forêt et on la mit dans le chenil de l’hôtel de Toulouse, où la [p. 290] petite meute étoit alors : celle ci fut mise dans un ancien chenil appartenant au Roi et y est restée jusqu’à sa réforme en 1774. Ce chenil avoit servi anciennement pour les équipages de nos rois mais depuis longtemps il n’étoit plus habité. Le roi Louis XV, en 1772, voit fait acheter l’hôtel du Maine tenant à l’ancien chenil, à dessein d’y établir une de ses meutes du cerf, mais la petite ayant été réformée, les chenils de cet hôtel ont été destinés pour la meute du chevreuil et les logemens pour les veneurs qui n’en avoient pas au chenil. La position de la meute du cerf est très belle et est d’autant plus commode pour les chiens qu’en ouvrant la porte de chaque chenil ces animaux entrent dans une cour fermée qui leur sert d’ébat et dans laquelle par conséquent ils ne courent aucun risque.
La forêt de Saint Germain est entourée de murs depuis Saint Germain jusqu’à Poissy, d’un côté, et de l’autre côté depuis Saint Germain jusqu’à La Frette ; depuis ce dernier endroit jusqu’à Poissy elle est fermée par des escarpements très hauts par delà la rivière de Seine ; par ce moyen, les animaux ne pouvoient pas en sortir, mais à présent les escarpemens sont dégradés en plusieurs endroits. Cette forêt est fort agréable et commode pour les chasses d’hiver ; non seulement il n’y a aucune montagne, mais le terrain est de sable dans la plus grande partie, ce qui fait qu’on peut y chasser au commencement et à la fin des gelées, et par d’autres temps qui ne permettroient pas de chasser ailleurs.
[p. 291] Comme cette forêt ne pouvoit pas elle-même fournir assez de cerfs, surtout lorsque le roi Louis XV y chassoit avec ses deux meutes, on a pris le parti d’y élever chaque année une trentaine de faons mâles qu’on y fait transporter des forêts de Compiègne et de Fontainebleau, où on les prend lorsqu’ils ne font que de naître. On les met dans des enclos faits exprès, ils y restent renfermés pendant un an et ensuite on leur donne la liberté dans la forêt : ils y sont très familiers dans les premiers temps, et s’écartent peu de l’endroit où ils ont été nourris, mais quand ils ont entendu les chiens et qu’ils les ont vus de près, ils fuient et deviennent farouches comme tous leurs semblables ; quelques uns sont méchans et ont même blessé plusieurs personnes, mais ce n’est que par excès d’une familiarité dans laquelle on a souvent l’imprudence de les entretenir ; quand on les rencontre, ils se laissent approcher, on leur donne du pain, au moyen de quoi ils s’accoutument aux hommes et ne les craignent plus ; quoi qu’il en soit, ces cerfs élevés réussissent très bien et quand ils ont seulement leur seconde tête, ils courent et se défendent mieux que ceux qui sont nés dans la forêt. On faisoit autrefois passer des cerfs dans la forêt de Marly dans celle de Saint Germain, par le moyen des toiles, et ensuite par celui de deux rangées de claies, qui communiquoient d’une forêt à l’autre, mais ces cerfs tourmentés et fatigués, dans les raccourcis et dans le passage, reprenoient rarement assez de vigueur pour se défendre [p. 292] devant les chiens ; plusieurs même mouroient étiques ; et c’est aussi après ce peu de succès qu’on a pris le parti d’élever des faons. Comme il y a beaucoup d’animaux et peu de gagnages dans cette forêt, on y a construit en différens endroits des rateliers, dans lesquels on met du foin pendant l’hiver, de l’avoine en paille et une autre espèce de fourrage qu’on nomme cossat ; cette nourriture, que les cerfs aiment, les soutient et les rend plus vigoureux qu’ils ne le sont ordinairement en cette saison. La rivière de Seine passant, comme je l’ai dit, au bout de la forêt depuis La Frette jusqu’à Poissi en deçà des escarpemens, les cerfs alloient presque tous s’y faire prendre et par conséquent le Roi ainsi que ceux qui avoient l’honneur de le suivre étoient souvent et longtemps exposés au froid et à la pluie. Mais en 1750 ou 1751, on a posé des claies le long et en deçà de la rivière, au moyen de quoi les cerfs ne pouvant plus y aller, se fond prendre dans la forêt, ou le long de ces mêmes claies. Il est bon de dire qu’avant cette précaution, on perdoit souvent des chiens, surtout lorsque la rivière étoit débordée ; ces malheureux animaux, saisis de froid en battant l’eau, manquoient de force pour regagner le bord et se noyoient. Ces claies enfin sont très commodes et très utiles à beaucoup d’égards. A la fin de 1778, le Roi a fait faire un treillage depuis la porte de Maisons jusqu’à Achères, avec des portes à chaque route ; on les ferme lorsqu’il juge [p. 293] à propos de ne chasser que dans le bout du pays : il arrive souvent qu’il n’a pas gelé assez pour gâter le bout du pays, qui est presque tout sable, et par conséquent bon à courir, tandis que les environs de Saint Germain en valent rien. Ce même treillage a servi aussi pour empêcher les cerfs d’aller aux plantations, lorsque la rivière y entre quand elle déborde considérablement et qu’il y auroit du risque pour les chiens. Il sert aussi lorsque de grands ventes abattent une partie des claies.
Rendez-vous
On a choisi les principaux rendez-vous dans tous les pays dont il sera parlé ci après de manière que, par la distribution des quêtes, tout le pays puisse être fait. On a mis les premières celles qui se font le plus habituellement ; il faut les préférer s’il n’y a pas assez de valets de limiers pour faire toutes celles désignées. Si on fait d’autres rendez vous que ceux indiqués, on choisira dans les différentes quêtes celles qui seront plus à portée desdits rendez vous.
Les principaux rendez vous de la forêt de Saint Germain sont : les Loges, le carrefour de Noailles, la Muette et rarement la croix de Saint-Simon.
Les Loges
Il est dit dans un traité de chasse fait du temps de Charles IX que la maison et le parc des Loges ont été faits pour élever les chiens blancs greffiers, qui [p. 294] jadis composoient une des meutes de nos rois. Aujourd’hui, le parc ne subsiste plus, il est confondu dans le reste de la forêt sous le nom de petit parc. La maison existe, une partie fait depuis longtemps un couvent de petits pères augustins et l’autre partie est habitée par un garde de la forêt. Il y a outre cela quelques chambres où s’assemblent les officiers de la Maitrise pour l’adjudication des bois. Le roi Louis XV avoit fait arranger une de ces chambres pour un de ses rendez-vous de chasse et pour s’y chauffer en descendant de carrosse.
Carrefour de Noailles
En 1747 ou en 1748, le roi Louis XV a fait bâtir à ce carrefour un pavillon, non seulement pour sa commodité, mais encore pour celle de ses veneurs qui s’y chauffent et qui y déjeunent au retour du bois. On verra ci après que Sa Majesté a fait faire d’autres pavillons à plusieurs rendez vous aux environs de Versailles ; celui du carrefour de Noailles n’est composé que d’une seule pièce avec une très grande cheminée : le Roi y descend, s’y botte, mais il ne s’y arrête pas, ni aux Loges, au retour de la chasse. Sa Majesté revient à Saint Germain à l’hôtel de Noailles, où Elle mange quelque fois un morceau, et remonte ensuite en voiture pour retourner à Versailles. Le carrefour de Noailles est grand et beau ; feu M. le maréchal de Noailles y a fait placer en 1749 une croix fort élevée qui existe [p. 295] encore. Avant qu’on eût bâti le pavillon, les rendez vous se faisoient à la croix de Berny.
Carrefour de la Muette
Les rendez-vous autrefois ne se faisoient point à ce carrefour, parce qu’il n’y avoit que très peu de bois par delà ; mais depuis qu’on a planté les Petrons et la plaine de Maisons jusqu’au chemin de Conflans, ces nouveaux repeuplemens qui ont très bien réussi étant trop éloignés des rendez-vous dont il vient d’être parlé, on s’est décidé pour celui-ci, qui est à portée de tout ce bout de pays. Le roi Louis XV y a fait bâtir en 1772 un pavillon sur les fondemens d’un château qui jadis avoit servi de maison de chasse à plusieurs de nos rois. Ce pavillon en général est plus beau et beaucoup plus grand que celui du carrefour de Noailles. »

Le Fournier d'Yauville, Jacques

Evocation par Charles IX de la construction des Loges dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye

« Ce sont vrais chiens de Roy, ils sont grands comme levriers et ont la teste aussi belle que les braques. Ils s’appellent greffiers pour ce que du temps du roy Louys XII, on print un chien de la race des chiens blancs de S. Hubert et en feit on couvrir une braque d’Italie qui estoit à un secretaire du Roy qu’en ce temps là on appeloit greffier, et le premier chien qui en sortit fut tout, hormis une tache fauve qu’il avoit sur l’espaule, comme encores à present est la race. Le chien estoit si bon qu’il se sauvoit peu de cerfs devant luy. Il fut nommé Greffier à cause dudit greffier qui avoit donné la chienne. Ledit chien feit treize petits, tous aussi bons et excellens que luy, et peu à peu la race s’esleva, de sorte qu’à l’advenement à la Couronne du feu roy mon grand pere, elle estoit tout en estre. Je ne veux obmettre que la maison et le parc des Loges, pres ma maison de S. Germain en Laye, n’a esté faicte pour autre occasion que pour nourir et eslever ceste race de chiens blancs greffiers. »

Charles IX

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