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Château-Neuf
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États des tableaux trouvés au Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye

« Etat des tableaux trouvés au château neuf de Saint Germain en Laye, ainsy que ceux qui ont été transportés du château de Maison actuellement audit château de Saint Germain, remis en compte par monsieur Chalgrin, intendant des Bâtiments de Monseigneur comte d’Artois, au sieur Briasse, inspecteur desdits Bâtimens, le 13e avril 1788 et remis ensuite par ledit sieur Briasse à monsieur Mulard, inspecteur, le [vide] février 1790, d’après un ordre par écrit de mondit sieur Chalgrin
Scavoir :
A. Par le Primatisse, quatre tableaux peints à fresque et sur bois représentant les Amours des Dieux. Ils sont de forme octogone.
B. Par le Voete, quatre tableaux peints sur toile et du même forma et même grandeur représentant alégoriquement l’un la Force, la Justice, la Prudence et la Tempérance. Leur composition est riche et leur grandeur est différente. Deux ont 4 pi. 4 p. pris dans le cercle et deux de même hauteur mais de 5 pi. 6 p. de long.

  1. Deux tableaux peint sur toile par Hans Van Achene, élève du Parmesan, représentant l’un l’assemblée des Muses, et le pendant les Muses attentives à la chutte des Pirennées. Les fonds de ses deux tableaux sont terminés par des paysages.
  2. Un tableau du même maître peint sur toile représentant le sacrifice d’Iffigénie. Sa hauteur est de 6 pi. sur 3 pi. 10 de large.
  3. Deux paysages pendants, dans lesquels sont deux vues de ville peint sur toile par Rendue. Leur largeur est de 5 pi. 10 p. sur 5 pi. 8 p. de haut.
  4. Par Sébastien Bourdon, un tableau représentant alégoriquement la France assise sur un throne sous la figure de Vénus, tenant d’une main une flèche et de l’autre une couronne d’olivier en signe de la paix qu’elle accorde à différentes nations figurées par plusieurs femmes à genoux à ses pieds, dont une nègre. Plus bas, deux amours tienne l’une un sceptre et l’autre une couronne. Au dessus de la tête de la principale figure est un rideau verd. Le fond est un paysage. Il est peint sur toile. Sa hauteur est de 5 pi. 3 p. sur 3 pi. de large.
  5. Par Eustache Le Sueur, un tableau peint sur toile, paroit être un départ de chasse. Sa composition est riche. La principale figure ressemble à Marc Orèle. Toutes les figures sont vêtus suivant la coutume romaines. Cet empereur est debout sur le vestibule de son palais. Il a la main gauche appuyée sur l’épaule d’un jeune homme et paroit donner des ordres à un soldat dans l’action de courir pour les exécuter, et derière le prince l’on voit les grands de sa cour, et sur le premier plan plusieurs chiens en laisse retenue avec force par des valets, des chevaux sur l’un desquels est un homme tenant un faucon. Le fond est terminé par une riche architecture. Sa hauteur est de 5 pi. 10 p. sur 4 pi. 6 p. de large.
  6. Paysages peints sur toile par Borzonie. Sur le premier plan, un paysage à gauche. A droite, plusieurs grouppe d’arbres. Sur le second est une partie de mer, sur laquelle paraise plusieurs vaisseaux et des montagne terminent le fond. Sur le devant, plusieurs figures. Sa longueur est de 8 pi. sur 5 pi. 11 p. de haut.
  7. Depuis quelques jours, l’on m’a remis le pendant représentant de même un paysage, mais coupé du côté droit et en bas, et en mauvais état, mais racomodable si on l’exige.
  8. Deux paysages pendants peints sur toile par Rendue où sont représentés des villes connues. Leur longueur est de 10 pi. 10 p. sur 6 pi. de haut.
  9. Par le même, un paysage où est pareillement représenté une ville. Sa hauteur est de 5 pi. 9 p. Sa largeur est de 8 pi. 2 p.
  10. Par Van Achene, un tableau peint sur toile représentant un sacrifice offert par une femme aux idoles. Sa hauteur est de 5 pi. 9 p. sur 4 pi. 6 p.
  11. Un tableau peint sur toile par Van Mole représentant une fête à Cibelle. La statue est trainée par deux lions autour du temple de cette déesse en forme de rotonde. La composition de ce tableau est des plus riches. Sa longueur est de 5 pi. sur 4 pi. 6 p. de haut.
  12. Un autre tableau peint sur toile par le même maître représentant l’assemblée des Dieux. Sa longueur est de 6 pi. 7 p. sur 4 pi. 1 p.
  13. Un tableau peint par Van Achene représentant Cibelle deçendue chez Morphée. Différents prêtres y sont représentés. Sa longueur est de 7 pi. sur 3 pi. 9 de haut.
  14. Par le même maître, un tableau représentant plusieurs guerriers parlant à Cybelle. Sa longueur est de 7 pi. 3 p. sur 3 p. 9 de haut.
  15. Par le même maître, un tableau peint sur toile représentant Méléagre à la poursuite du sanglier. Ce tableau est haut de 3 pi. sur 7 pi. 6 p. de long.
  16. Par le même, un tableau peint sur toile représentant Alexandre prêt à monter Buséphal en présence de Philippe, son père, et des grands de la cour de ce prince. Sa hauteur est de 5 pi. 6 p. sur 3 pi. 7 p. de large.
  17. Par le même maître, un tableau peint sur toile représentant à l’entrée d’un appartement une vieille femme présentant une lettre à un guerrier qui paroit la recevoir avec l’air le plus amoureux, mais sur le devant du tableau ce même homme paroit avoir déchiré la lettre que l’on voit sous ses pieds et dans l’action de tirer l’épée sur cette femme qui s’enfuit saisie de la plus grande frayeur. Sa largeur est de 6 pi. sur 3 pi. 9 p. de haut.
  18. Deux tableaux pendants peints sur toile par le même maître représentant l’un un festin et l’autre deux combattants dont le succès paroit intéresser deux parties ennemies. A droite est une tente dans laquelle sont plusieurs guerriers et dans le fond une ville, sur les remparts de laquelle paroit une grande quantité de spectateurs. Leur longueur est de 5 pi. 6 p. sur 3 pi. 9 p. de haut.
  19. Par le même maitre, une partie de tableau peint sur toile représentant un guerrier invitant une femme à le suivre. Le fond est une forêt. Sa hauteur est de 5 pi. sur 3 pi. de large.
  20. Par le même, un tableau pareillement mutilé et coupé représentant un homme nud et debout, un autre baissé contre terre tenant un réchaud plein de fer. Le fond est une forêts. Sa hauteur de 5 pi. 9 sur 4 pi. 9 de large.
  21. La Victoire figurée par un ange debout et tenant d’une main une lance et de l’autre une couronne d’oliver. Il est peint sur toile par le Voete et de son meilleur temps. Sa forme est en hauteur, terminé haut et bas en deux tiers par deux demie cercle, haut de 7 pi. 6 p. sur 3 pi. 6 p.
  22. Cinq fragmens de tableaux peints sur toile dont l’un représente une figure nue et danssan, un autre Adonis se mirant, un troisième deux figures dont un homme et une femme paroissent du meilleur accord, les deux autres des parties de paysages.
  23. Un autre tableau pareillement coupé dont le sujet est très énigmatique. Une figure est à genoux et dont le bras en est coupé. Plusieurs autres figures sont debout et paraissent s’intéresser à l’action de la scène qui paroit se passer dans un palais ou un temple. Sa hauteur est de 5 pi. 9 p. sur 4 pi. 6 p. de large.
  24. Par le Voete, un tableau peint sur toile représentant Arianne dormant et délaissée par Thésée.
  25. Le pendant représente Arianne sur le bord de la mer, à genoux, les bras étendue et dans l’action la plus touchante. Dans l’éloignement, l’on apperçoit encore le vaisseau dans lequel l’infidèle Thésée s’éloigne d’elle.
  26. Un tableau sur toile trouvé sans châssis représentant la Victoire. Une belle femme assise sur des trophées de guerre tenant en sa main gauche une lance, quatre dont deux tiennent l’une une couronne de laurier et l’autre une palme. Ce tableau est bien mutilé, l’ayant trouvé avec d’autre, dans le tems de la démolition du château neuf, sur des gravats. Ils sont cependant racomodables. Son pendant représente la bonne foy figurée par une femme assise, drappé en violet et par-dessus une draperie orangé, et tient de sa main droite un cœur, et dans l’autre une palme. Au dessous, un ange la couronne. Le fond est un paysage. Leur hauteur est de 5 pi. sur 4 pi. 2 p.
  27. Par le Parmezan, un tableau peint sur toile et trouvé pareillement sans châssis représentant Cybelle deçendue chez Morphée
  28. Un tableau peint sur toile, qui a servy de plafond du lit de la reine, mère de Louis quatorze. Il est peint sur toile par Louis de Boulogne et représente Andimion endormie dans les bras de Morphée diane son char auquel sont attelés des biches. Deux amours les arrêtent. La déesse paroit donner toute son attention et son regard témoigne assez l’impression que ce berger a fait sur elle. La forme de ce tableau est longue de 9 pi. 9 p. sur 5 pi. 9 de haut. Il est terminé par deux demie cercle des deux tiers de sa hauteur. Il est possible de le rendre de meilleure forme.
    Etat d’une partie des tableaux de Maison qui sont entre mes mains
  29. Un tableau ovale en hauteur, copié d’après Raphaël, représentant une Vierge connue sous le titre de la Jardinière. Sa hauteur est de 2 pi. 8 p. sur 2 pi. 2 p.
    Cabinet du jeu
  30. Sur la cheminée, un tableau de 5 pi. 5 p. de haut sur 5 pi. 10 p. peint sur toile représentant Bacchus et Ariane peint par Herault d’après le Ticien.
    Garde robe ensuite
  31. Un tableau de 15 pouce sur 13 pouce, forme oval, représentant Saint Jean peint par Mignard.
    Au premier étage du château, salle des nobles
  32. Sur la cheminée, un tableau de 8 pi. de haut sur 6 pi. peint sur toile en forme oval d’en haut, représentant Venus et Boré accompagnés d’amours.
    Chambre à coucher de Monseigneur
  33. Sur la cheminée, un tableau de 9 pi. 6 p. de haut sur 5 pi. 6 p. de large peint sur toile d’après le Guide, représentant Hercule combattant l’hydre.
  34. Un dessus de porte en ovale en longueur peint sur bois représentant une alégorie de Mars et Vénus avec des génies tenant les différents attributs des dieux.
    Chambre à l’italienne
  35. Un tableau peint sur toile de 4 pi. 6 p. sur [vide] de large par le Fety représentant Judith tenant la tête d’Holoferne avec sa servante.
    Antichambre de l’appartement de madame la comtesse d’Artois
  36. Sur la cheminée, un tableau oval en haut de 7 pi. 11 p. sur 5 pi. de large peint sur toile représentant Jésus au milieu des docteurs, par Philippe de Champagne.
    La porte d’entrée à l’appartement
  37. Un tableau sur toile de 5 pi. 4 p. de haut sur 3 pi. 8 p. représentant sainte Marguerite peinte d’après Raphaël
    Sur la porte d’entrée à l’escalier
  38. Un tableau sur toile de 5 pi. 4 de haut sur 3 pi. 8 p. d’après le Guide représentant David.
    Sur la porte d’entrée à un chambre en aile
  39. Un tableau de 5 pi. 4 p. sur 3 pi. 8 p., Henry en pied par Janet
    Chambre de plein pied en aile
  40. Un tableau sur la cheminée peint sur toile de 8 pi. 8 p. de haut sur 6 pi. représentant le palais du soleil Apolon allant monter son char, par Jouvenet.
    Chambre de madame la comtesse d’Artois
  41. Sur la cheminée, un tableau sur toile de 10 pi. de haut sur 6 pi. représentant Hercule combattant Antée d’après le Guide.
    Dans la même chambre
  42. Un tableau peint sur toile de 5 pi. 6 p. sur 4 pieds représentant le mariage par Lanfran.
  43. Un tableau peint sur toile de 5 pi. 9 p. sur 4 pieds représentant Lucresse, peint d’après le Guide.
  44. Un tableau sur toile de 5 pi. 11 p. sur 4 pi. 7 p. représentant la Sainte Famille peint d’après Raphaël.
  45. Un tableau sur toile de forme ronde de 4 pi. 4 p. de diamètre cancageux, alégorie représentant Louis XIV jeune homme avec la reine sa mère.
  46. Un tableau de 4 p. 10 sur 4 pi. 5 p. représentant Marie Anne d’Autriche.
  47. Un tableau de 6 pieds sur 4 pi. 10 p. représentant Louis XIV jeune.
  48. Un tableau sur toile de 5 pi. 10 p. sur 4 pi. 3 pouce représentant Flore avec des génies, peint par Bosso.
  49. Un tableau sur toile de 5 pi. 6 p. sur 4 pi. 8 p. peint par le Poussin représentant le Buisson ardent.
    Chapelle
  50. Un tableau peint sur toile de 9 pi. sur 6 pi. représentant saint Louis relevant des embassadeurs, peint par Gaspard Craher.
  51. Un tableau sur toile de 6 pi. 6 pouces sur 4 pieds représentant Jésus avec ses diciples et donnant pouvoir à saint Pierre.
  52. Avoir reçu depuis six tableaux venant du château de Maison, scavoir quatre peint sur toile représentant des plaisirs champêtre des premiers tems de Vatteau. Ils sont de forme chantournées, leur largeur est de 3 pi. 3 p. sur 2 pieds.
  53. Un tableau peint sur bois représentant Mars et Vénus par un peintre allemand. Sa largeur est de 3 pi. 11 p. sur 2 pi. 11 p.
  54. Un tableau peint sur toile représentant Léda. Il paroit être des premiers tems du Titien. Sa hauteur est de 4 pi. 6 p. sur 3 pi. 6 pouces de large.
    Signé et paraphé ne varietur par le sieur Philippe François Briasse et led. sieur Prier en la présence de nous, officier municipal et procureur de la couronne au désir de notre procès verbal de ce jourd’hui 23 juin 1791
    Prier, Briasse
    Bulland, Michaud, Hébert, procureur de la commune »

États des meubles laissés au Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye

« Etat des meubles appartenants à monseigneur comte d’Artois au château de Saint Germain laissés pour l’usage de madame la marquise de Brige, le 28 avril 1790
Au rez de chaussée
Antichambre
Trois rideaux de toile de coton en six parties encadrés d’une large bordure en toile de Jouy, camaïeu rose et blanc, le tout garni de tringles.
Une lanterne à cinq pands de cuivre doré en couleur, montée en verre de Bohême et garnie de son porte lumière à quatre bobèches aussi de cuivre doré en couleur
Douze chaises à moulures peintes en blanc couvertes en velours de coton vert jaspé et clouds dorés
Deux tables en consoles sculptées de deux pieds de [vide] à dessus de marbre Rance
Une porte batante en deux parties de sept pieds et demi de haut, couverte d’un côté en velours d’Utrecht et de l’autre en toile
Deux chaises de paille à la capucine
Deux flambeaux de cuivre à haute tige et à pieds ronds
Passage conduisant à l’antichambre au grand salon
Une tenture de tapisserie en papier des Indes à figures chinoises
Une portière de toile de coton blanche de Rouen brochée, doublée d’une siamoise à petits carreaux
Un rideau de croisée en deux parties en toile quinée, encadré d’une bordure de toile d’Orange fond sablé à petits bouquets, garni de sa tringle et poulie
Grand salon
Une tenture de tapisserie en toile de Joui à grand ramage et en huit pièces de huit pieds de haut sur huit aunes et demie de cours, doublée en toile blanche
Deux têtes à têtes couverts de pareille étoffe à la tapisserie garni chacun de deux matelats de crin et de leurs housses de toile à carreaux
Un canapé à joues couvert d’Aubusson garni de son matelat et de sa housse de toile à carreaux
Quatre fauteuils à carreaux de plume, quatre fauteuils en cabriolet, quatre chaises idem, couverts en étoffe pareille à celle du canapé et garnis de leurs housse idem
Deux fauteuils en cabriolet, six chaises pareilles, couverts en toile anglaise fond blanc et garnis de leurs housses en toile à carreaux
Trois rideaux de toile de coton en six parties encadrés d’une large bordure de tapisserie d’Aubusson rehaussés de trois pentes pareilles garnies de leurs franges et de leurs embrasses et de glands cramoisis et blancs
Deux écrans couverts en taffetas blanc chiné et garnis de leurs housses de toile fine
Une table de trictrac en bois de rose et amaranthe, couverte en velours vert, garnie de ses fontes et de toutes ses dames d’ivoir, cornets de cuir anglais et portes lumières argentés
Quatre tables à consoles en bois de chêne peintes en arabesque avec leurs dessus de marbre blanc veiné
Un superbe feu de haute tige orné de tous ses bronzes dorés d’or moulu, pelle, pincette et terraille à boutons dorés et son surtout de fer blanc
Trois paires de bras à deux branches, ancien modèle, garnis de leurs bobèches, le tout doré d’or moulu
Une grande lanterne garnie de fontes dorées et moulures à quatre lumières
Deux vases de bronze doré à tige de lis portant chacun trois lumièers
Salon de Persé
Une tenture de tapisserie de Perse en quatre pièces de dix aunes de cours sur deux aunes et demie de haut, doublée de toile
Quatre fauteuils en cabriolet, les bois peints en blanc, couverts en toile anglaise et garnis de leurs housses en toile fine
Six chaises pareilles aussi garnies de leurs housses en toile fine
Une grande comode en bois d’acajou à dessus de marbre, provenant de l’appartement n° 1er
Une table de piquet en bois d’acajou couverte en velours vert
Une table de cry en bois d’acajou couverte en velours vert
Une lanterne de cristal garnie de ses fontes dorés, cordon et gland
Un rideau de croisée en deux parties de toile guinée, encadré d’une toile anglaise avec sa tringle
Passage
Une tenture de tapisserie en papier et en cinq pièces à grandes figures chinoises à trois dessus de porte pastoral
Un rideau de croisée en deux parties de toile de coton encadré d’une bordure rose et blancs
Salon de jeu
Une tenture de tapisserie de moire verte unie en six pièces, de quatorze aunes de cours sur deux aunes et demie de haut, encadrée de moulures dorées et deux dessus de porte pareils à semblables moulures
Une croisée de rideau en deux parties de gros de Tours 15/16 vert, ornée de crêtes et milanaise d’or faux surdoré et soye, ses embrasses et glands idem
Une grande ottomane à bois doré couverte en damas vert, garnie de son matelas et de ses deux oreillers, le tout orné de crêtes et glands verts et or faux surdoré, et sa housse de toile
Deux fauteuils de forme ovale à bois doré, couverts de pareil damas et garnis de leurs housses
Six chaises à la Reine, forme carrée, les bois sculptés et dorés à l’huile, couvertes en damas vert, desseins à roses et leurs housses de toile fine
Un feu à vases dorés d’or moulu, pelle, pincette et tenailles, garni de ses chambrières de fer pour le fond de la cheminée
Une paire de bras de cheminée à deux branches dorés d’or moulu
Un soufflet vert peint façon de Chine
Garde robe attenante
Un rideau de croisée en deux parties en toile de coton encadré d’une bordure de toile de Joui, fond sablé à petits bouquets et sa tringle
Un petit rideau de mousseline rayée à la porte vitrée
Une table de nuit en bois d’acajou à dessus de marbre blanc
Un nécessaire en bois d’acajou à dessus de marbre blanc
Un bidet en bois d’acajou et sa cuvette de fayance
Une comode de trois pieds et demi en bois de noyer et à quatre tiroirs
Chambre à coucher de Monseigneur
Un rideau de croisée en deux parties de toile guinée
Trois chaises de canne garnies de leurs carreaux de Perse
Un couvre pied de garas blanc
Un feu de fer à trois pommes, pelle et pincette
Deux flambeaux de cuivre à haute tige et à pieds ronds
Une mouchette et son surtout
Salle à manger des nobles
Une tenture de tapisserie en papier des Indes à grandes figures chinoises et à moulures
Un lit à double tombeaux de trois pieds et demi de large garni de sa housse de siamoise de la porte bleue et blanche
Un sommier en toile à carreaux
Deux matelats de laine et toile
Un lit et traversin de coutil et plume
Une couverture de laine
Un couvre pied de garas blanc
Une comode en bois de noyer
Une table à pied de biche en bois de chêne
Une table en bois de sapin de sept pieds et demi de longueur sur trois de largeur, garnie de ses deux tréteaux
Huit chaises de paille satinée
Une grande armoire en bois de chêne de quatre pieds de largeur
Un travers de cheminée d’une seule glace de 25 sur 15
Un feu de fer à trois pommes, pelle et pincette
Deux flambeaux de cuivre à haute tige et à pieds ronds
Une mouchette de fer et son surtout
Une croisée de rideau en deux parties, en toile guinée, garnie de sa tringle
Premier étage
Appartement n° 1
Antichambre
Une tenture de tapisserie en coutil à meuble, rayé vert et blanc de dix aunes et demie de cours sur deux aunes et demie de haut, et deux dessus de porte
Une croisée de rideau en deux parties en toile guinée de dix pieds de haut sur quatre
Une table en bois de chêne de quatre pieds sur trois garnie de son tiroir de face fermant à clef
Huit chaises de paille à la capucine
Chambre à coucher
Une tenture de tapisserie en toile de Joui et en six pièces de unze aunes de cours sur deux aunes un quart de haut, encadrée de bordures
Un lit à colonnes de quatre pieds de large, à impérial en voussure, tringles et roulettes à équerre, les étoffes complettes, comme la tapisserie, encadrées de bordures
Un sommier couvert en futaine
Deux matelas de laine et futaine
Un lit de coutil et plume
Un traversin de bazin et duvet
Une couverture de laine fine dite sologne
Un rideau de croisée en deux parties en toile de coton encadré d’une large bordure assortie au meuble
Une bergère en même toile et bordure que la tenture garnie de son carreau de plumes
Deux fauteuils et quatre chaises pareils
Un feu de fer à trois pommes, pelle et pincette
Garde robe attenante
Deux rideaux de mousseline aux portes vitrées donnant dans la chambre à coucher
Une table de nuit en bois d’acajou à dessus de marbre blanc
Un bidet en bois de noyer
Un pot à œil en même bois
Chambre de domestique
Une tenture en papier
Deux petits rideaux de croisée en toile guinée
Deux chaises de paille à la capucine
Petit n° 1er
Une table à écrire en bois de noyer
Deux chaises de paille à la capucine
Deux petits rideaux de croisée en toile guinée
Appartement n° 2
Chambre à coucher
Une tenture de tapisserie en papier lampasé vert et blanc
Une tenture en étoffe fleurie vert et blanc de quatre aunes de cours sur sept pieds et demi de haut pour l’alcôve
Un lit à colonnes de quatre pieds et demi de large à deux dossiers, impérial en voussure, tringles et roulettes à équerre, complet de toutes ses étoffes, fleuret vert et blanc
Un sommier de crin et toile
Deux matelas de laine et toile
Un lit et traversin de coutil et plume
Un couvre pied de garas fin piqué en coton
Une couverture de laine fine
Deux rideaux de croisée en quatre parties, en toile guinée
Un tête à tête en bois de tourneur couvert en étoffe de gros de Tours et garni de ses deux matelas
Deux fauteuils et six chaises à la reine, les bois à moulures peints en blanc couverts en étoffe fleuret pareille au lit, et clouds dorés
Une comode en bois de noyer
Une petite table à écrire en même bois
Un feu de fer à trois pommes, pelle et pincette
Deux flambeaux argentés
Garde robe
Une table de nuit en bois de noyer à dessus de marbre
Un bidet en bois de noyer
Une chaise d’affaires en même bois
Petit n° 2
Un petit rideau de mousseline à la porte vitrée
Quatre chaises de paille à la capucine
Appartement n° 3
Chambre à coucher
Un lit à colonnes, chassi, fonds sanglé et roulettes à équerre de quatre pieds de large complet de toutes ses étoffes de siamoise, la porte bleue et blanche
Une paillasse en toile à carreaux
Deux matelas de laine en même toile
Un lit et traversin de coutil et plume
Une grande couverture de laine
Un couvre pied de garas blanc piqué en laine
Un rideau de croisée en deux parties de toile guinée
Une comode en bois de noyer
Une table à écrire en même bois
Un fauteuil et six chaises de paille satinée
Un feu de fer à trois pommes, pelle et pincette
Garde robe
Une table de nuit en bois de noyer à dessus de marbre
Une chaise d’affaires en bois de noyer
Appartement n° 4
Chambre à coucher
La tenture de la niche en toile anglaise ainsi que le chassi du fond, les pentes et les deux bonnes grâces
Les deux rideaux de ladite niche en fleuret vert et blanc
Une couchete en bois apparent à deux dossiers, fonds sanglé de quatre pieds de largeur en même étoffe que la tenture de la niche
Un sommier en toile à carreaux
Deux matelas de laine et futaine
Un lit de traversin de coutil et plume
Une couverture de soye provenant du lit n° 1er
Un rideau de mousseline à bouquets en deux parties provenant de la chambre de Monseigneur
Une comode à la régence de trois pieds, peinte façon de Chine, garnie de ses bronzes dorés d’or moulu et à dessus de marbre blanc
Un fauteuil à la reine couvert en toile anglaise et garni de son carreau de plume
Quatre chaises idem
Une petite banquette en bois de tourneur garnie de son matelat de toile anglaise
Un secrétaire en armoire de bois de violette et amaranthe à dessus de marbre
Un chiffonnier de bois de merizier à deux dessus de marbre
Une table ambulante ceintrée en bois de rose et amarantge
Un feu à deux branches et à vases de cuivre doré en couleur avec pelle, pincette et tenaille
Une paire de bras de cheminée à fleurs d’émail
Une toilette de campagne en bois de noyer
Deux flambeaux argentés
Une table à écrire en bois de noyer
Une bergère en bois de tourneur couverte en toile celencas fonds gris, garnie de son carreau de plume
Deux chaises de paille satinée
Garde robe
Quatre petits rideaux de mousseline rayée
Une table de nuit en bois d’acajou à dessus de marbre blanc
Un fauteuil d’affaires en canne garni de son carreau de maroquin cramoisi
Un bidet en bois de noyer
Petite chambre attenante
Un petit baldaquin de damas jaune sur filz garni de ses rideaux de camelot jaune
Une couchette à barres
Une paillasse en toile écrue
Une table à écrire en bois de noyer
Deux petits rideaux en toile quinée
Deux chaises de paille à la capucine
Chambre de domestique n° 5
Une tenture en trois pièces de tapisserie de Bergame
Une table à écrire en bois de noyer
Deux chaises de paille à la capucine
Chambre n° 6
Un lit à double tombeaux de quatre pieds de large garni de toutes ses étoffes de siamoise, la porte bleue et blanche
Une paillasse en toile écrue
Deux matelats de laine
Un lit et traversin de coutil et plume
Une couverture de laine 5 points
Un couvre pieds de gara piqué en laine
Un rideau de croisée en deux parties de toile guinée et sa tringle
Une comode de bois de noyer
Une table à écrire en même bois
Une table de nuit idem
Six chaises de paille à la capucine
Appartement n° 7
Une tenture de tapisserie en toile d’orange camaïeu bleue et blanche
La tenture de la niche, les rideaux, le fond, les pentes, la courtepointe et les trois dossiers en toile pareille à celle de la tenture
Un sommier en crin et toile à carreaux
Deux matelas de laine et futaine
Un lit et traversin de coutil et plume
Une couverture de laine fine
Un couvre pied de garas piqué en coton
Un rideau de croisée en deux parties de toile guinée encadré d’une bordure bleue et blanche
Deux dessus de porte en toile guinée encadrés de même bordure
Une comode de bois de noyer
Un secrétaire en armoire en bois de noyer
Une table à écrire en même bois
Un feu à trois pommes, pelle et pincette
Un fauteuil et six chaises de paille satinée
Deux flambeaux argentés
Garde robe
Un petit rideau en toile de guinée
Une table de nuit en bois de noyer et à dessus de marbre
Un bidet en bois de noyer
Une chaise d’affaires en même bois
Chambre n° 8
Une comode en bois de noyer
Un secrétaire en armoire de bois de noyer
Un feu de fer à trois pommes, pelle et pincette
Un grand rideau de croisée en deux parties de toile de guinée
Une table à écrire en bois de noyer
Un fauteuil et six chaises de paille satinée
Garde robe n° 8
Une table à écrire en bois de noyer
Une table de nuit en même bois
Une chaise d’affaires idem
Deux chaises de paille à la capucine
Chambre au dessus du garde meuble
Une tenture de tapisserie en trois pièces de siamoise de la porte bleue et blanche
Une table à écrire en bois de noyer
Quatre chaises de paille à la capucine
Chambre attenante à celle ci-dessus
Une tenture de tapisserie en huit pièces de siamoise bleue et blanche
Une table de bois de chêne garnie de quatre petits tiroirs
Un feu de fer à trois pommes, pelle et pincette
Une chaise de paille satinée à grand dos
Deux fauteuils et quatre chaises de paille à la capucine
Office
Huit chaises de paille à la capucine
Cuisine
Quatre chaises de paille commune
Salle de billard
Un billard de unze pieds en bois de chêne couvert en drap vert et sa housse de toile
Neuf billes d’ivoire
Dix queues
Une armoire en encoignure pour placer les queues
Quatre lustres à huit branches chaque, garnis en cristal et chapelets de Bohême
Pour le besoin du service
Deux réverbères à plaques garnis de leurs lampes
Certifié véritable et conforme à l’état arrêté par madame la marquise de Briges par nous, contrôleur et garde général des meubles de Monseigneur comte d’Artois, à Saint Germain, le 28 avril 1790
Bulland »

État du coût des travaux réalisés aux châteaux de Saint-Germain-en-Laye de 1664 à 1690

« [f. 17v] Châteaux de Saint Germain en Laye et le Val
Cette maison, illustrée par la naissance du Roy, est très ancienne. Elle consiste en deux châteaux, l’un vieil et l’autre neuf. Le vieil château est beaucoup plus beau et mieux bâty que le neuf. Ils ne sont séparez l’un de l’autre que d’une grande basse cour qui pouroit servir [f. 18] de manège.
Le vieil château est entièrement isolé, d’une forme assez irrégulière. Cinq gros pavillons en font le principal ornement. Un balcon de fer règne dans toute la circonférence du château à la hauteur des principaux, apartemens, qui sont très vastes. Ce château a pour principal aspect les jardins et la forest, et le château neuf sa principale veue sur la rivière de Seine. Le Roy, qui y a séjourné très longtemps, y a fait faire des augmentations considérables. C’est une demeure toute royale et, quoyque la cour n’y habite pas actuellement, ce ne laisse pas d’estre un des plus beaux lieux des environs de Paris pour sa situation naturelle.
Le Val est un jardin dépendant [f. 18v] de Saint Germain que Sa Majesté fait entretenir avec soin et qui produit une infinité de beaux fruits dans toutes les saisons, surtout des précoces.
Je ne dis rien des autres dépendances de Saint Germain, crainte d’ennuyer.
Dépenses des châteaux de Saint Germain en Laye et dépendances par années
Années :
1664 : 193767 l. 13 s. 6 d.
1665 : 179478 l. 14 s. 9 d.
1666 : 59124 l. 11 s. 6 d.
1667 : 56235 l. 8 s. 4 d.
1668 : 120271 l. 18 s. 3 d.
1669 : 515214 l. 19 s.
1670 : 597429 l. 1 s. 4 d.
[f. 19] 1671 : 361020 l. 11 s. 11 d.
1672 : 208516 l. 13 s.
1673 : 97379 l. 4 s. 3 d.
1674 : 112168 l. 19 s. 11 d.
1675 : 130306 l. 18 s. 2 d.
1676 : 176118 l. 14 s. 10 d.
1677 : 194303 l. 14 s. 2 d.
1678 : 196770 l. 5 s. 9 d.
1679 : 447401 l. 14 s. 4 d.
1680 : 607619 l. 9 s. 2 d.
1681 : 279509 l. 9 s. 2 d.
1682 : 662826 l. 13 s. 4 d.
1683 : 460695 l. 9 s. 8 d.
1684 : 300218 l. 19 s.
1685 : 189598 l. 0 s. 7 d.
1686 : 47618 l. 4 s. 5 d.
1687 : 50450 l. 2 s. 1 d.
[f. 19v] 1688 : 152950 l. 18 s. 10 d.
1689 : 33176 l. 13 s. 6 d.
1690 : 25388 l. 15 s. 3 d.
Somme totale : 6455561 l. 18 s.
Six milions quatre cent cinquante cinq mil cinq cent soixante une livres dix huit solz »

Vente du pavillon Henri IV à la compagnie de chemin de fer de Paris à Saint-Germain

« Par devant me Febvrier, notaire à Saint-Germain-en-Laye soussigné,
Ont comparu M. Barthélémy Planté, entrepreneur de bâtiments et madame Anne Victorine Chappée, son épouse, qu’il autorise, demeurant ensemble à Saint-Germain-en-Laye, place du Château, n° 29,
Lesquels ont par ces présentes vendu et se sont obligés conjointement et solidairement entr’eux à garantir l’acquéreur de tous troubles, évictions et empêchements quelconques,
A M. Alexandre Etienne Ferdinand Rolot, avocat demeurant à Saint-Germain-en-Laye, rue de Pontoise, n° 6, à ce présent et qui l’accepte, sous la réserve par lui faite de déclarer son command dans le délai de droit,
Désignation
1° Une propriété située à Saint-Germain-en-Laye, rue du Château-Neuf, n° 9, appelée le pavillon Henri IV avec toutes ses dépendances, sans réserves ni exceptions,
Tenant au nord par hache à la terrasse de Saint-Germain et à une pièce de terre plantée en vignes appartenant au sieur Gilbert, à l’est à un mur en terrasse et à la rampe placée sur les grottes supérieures, au sud à la rue du Château-Neuf, à l’ouest à M. Gudin et à la terrasse.
Cette propriété comprend les murs de clôture au nord, à l’est, au sud et contient en tout soixante-sept ares cinq centiares.
2° Et une maison appelée l’hôtel des Grottes située aussi à Saint-Germain-en-Laye, même rue du Château-Neuf, n° 6, avec jardin et toutes les circonstances et dépendances de ladite propriété, sans réserves ni exceptions. Tous les murs sont mitoyens, sauf ceux sur les rues. Elle est close de murs et tient d’un côté M. de Blérancourt, d’autre côté la rue de Médicis et M. Suère, d’un bout M. de Blérancourt et M. Suère, d’autre bout par devant la rue du Château-Neuf.
Ainsi que ces propriétés se poursuivent et comportent, sans garantie des mesures énoncées dans les titres ci-après et dont la différence en plus ou en moins (lors même qu’elle excèderait un vingtième) tournera au profit ou à la perte de l’acquéreur.
Explication du droit de propriété
1° Propriété dite le pavillon Henri IV
Cette propriété appartient à M. et madame Planté tant au moyen de la restauration et reconstruction qu’ils ont fait faire d’une partie du pavillon Henri IV et de nouveaux bâtiments qu’ils ont entièrement fait édifier sur l’emplacement par eux acquis qu’au moyen de l’adjudication de l’emplacement des constructions et ruines de l’ancien château neuf dit de Henry IV faisant partie des biens provenant de la dotation de l’ancienne Liste civile, qui a été faite à la préfecture du département de Seine-et-Oise, en exécution des lois des quinze et seize floréal an dix et cinq ventôse an douze sur la vente des domaines nationaux, le trois mai mil huit cent trente-trois au profit de M. Auguste Gens, demeurant à Paris rue Duras n° 9, faubourg Saint-Honoré, lequel par acte du même jour trois mai enregistré à Versailles ledit jour en a passé déclaration de command au profit de M. Planté, qui l’a accepté ainsi qu’il résulté d’une expédition tant du procès-verbal d’adjudication et du cahier des charges que de la déclaration de command étant ensuite, signée de M. Renault, conseiller de préfecture ayant reçu ladite adjudication comme délégué à cet effet par le préfet du département de Seine-et-Oise, en présence du directeur de l’Enregistrement et des Domaines.
Cette adjudication a eu lieu moyennant, outre les charges ordinaires, la somme de vingt mille cent francs de prix principal, stipulé payable par cinquièmes, savoir le premier dans les trois mois de l’adjudication, le second en un an après le premier, et les trois autres aussi successivement d’année en année, avec les intérêts, conformément à l’article cent six de la loi du cinq ventôse an douze, savoir à raison de cinq pour cent par an des quatre derniers termes du prix de l’adjudication, le premier terme étant seul exempt du paiement des intérêts, le tout dans la caisse du receveur des Domaines à Versailles.
Aucune formalité hypothécaire n’a été remplie sur cette acquisition, attendu qu’il n’y avoit lieu.
M. et madame Planté se sont libérés entre les mains du receveur des Domaines des huit mille quarante francs montant des deux premiers cinquièmes de leur prix et des intérêts qui en étoient dus suivant quittance passée devant Me Demay, qui en a gardé minute, et son collègue, notaires à Versailles, le quatre août mil huit cent trente-quatre, enregistrée, mais jusqu’à concurrence de sept mille francs avec pareille somme par eux empruntée à cet effet aux termes d’une obligation passée devant Me Denis, notaire à Saint-Germain-en-Laye, qui en a gardé minute, le trois août mil huit cent trente-quatre, de M. Barthélémy Chambault, cocher de M. le vicomte Decaux, demeurant à Paris, place de la Madeleine, n° 12, qui a été subrogé dans tous les droits, actions, privilèges et hypothèque de l’administration des Domaines, et au profit duquel il a été pris en outre inscription de l’hypothèque à lui consentie sur ladite propriété de l’ancien château neuf le cinq août mil huit cent trente-quatre, volume 310, n° 347.
Et suivant une autre quittance reçue par led. Me Demay, qui en a gardé minute, et son collègue le treize août mil huit cent trente-cinq, enregistrées, M. et madame Planté se sont libérés entre les mains de M. Benjamin Remerand, receveur intérimaire demeurant à Versailles, rue Satory, n° 11 de la somme de douze mille six cent soixante-seize francs trente-six centimes, montant en principal et intérêts des trois derniers cinquièmes formant le solde de leur prix d’adjudication, mais jusqu’à concurrence de douze mille francs avec pareille somme empruntée à cet effet aux termes d’une obligation passée devant led. Me Denis, qui en a gardé la minute, et son collègue le huit août mil huit cent trente-cinq de madame Hélie Pillault, veuve de M. Louis Sébastien Yvert, en son vivant avoué près le tribunal civil de Versailles, demeurant à Paris, rue de Miromesnil, n° 14, laquelle dame a été subrogée de la même manière qu’il vient d’être dit pour M. Chambault et aussi indépendamment de l’hypothèque à elle conférée par les emprunteurs sur lad. propriété de l’ancien château neuf, inscrite au bureau des hypothèques de Versailles le vingt août mil huit cent trente-cinq, volume 321, n° 22.
2° Maison dit hôtel des Grottes
Cette maison a été entièrement édifiée par M. et madame Planté sur l’emplacement des terrein et jardin qui en dépendent, par eux acquis […].
Entrée en jouissance
L’acquéreur pourra disposer des immeubles compris en la présente vente en toute propriété à partir de ce jour et il en aura la jouissance par la perception des revenus à son profit à compter du premier juin présent mois.
Charges et conditions
La présente vente est faite sous les charges et conditions suivantes que l’acquéreur s’oblige d’exécuter fidèlement, savoir :
1° de prendre les immeubles objets de la présente vente dans l’état où ils se trouvent actuellement sans pouvoir prétendre à aucune indemnité pour raison des réparations qui seraient à faire aux bâtiments murs de clôture et de terrasse, et aux jardins ou pour toute autre cause que ce soit ;
2° de supporter toutes les servitudes passives, apparentes ou occultes, continues ou discontinues qui peuvent grever lesdits biens, sauf à s’en défendre et à faire valoir celles actives, le tout à ses risques et périls ; les vendeurs déclarent subroger l’acquéreur dans tous les droits et actions généralement quelconques qu’ils peuvent avoir pour raison de toutes servitudes ou droits de jouissance, notamment à l’égard de l’administration de la Liste civile, pour les exercer et faire valoir en leur lieu et place sous les mêmes charges et conditions dont ils étaient tenus ;
3° d’exécuter, de manière que les vendeurs ne soient aucunement inquiétés à cet égard et à partir de l’entrée en jouissance, le bail consenti à madame la marquise de Jumilhac par acte passé devant Me Denis et son collègue, notaires à Saint-Germain-en-Laye, le quatorze octobre mil huit cent trente-quatre et la location verbale de l’appartement du second de l’hôtel des Grottes devant expirer le premier octobre prochain, desquelles locations il a été donné une entière connaissance à l’acquéreur ;
4° d’acquitter à partir du premier juillet prochain (1837) les contributions de toute nature imposées sur les biens vendus et qui pourront l’être par la suite ;
5° d’acquitter également à partir de la même époque la cotisation due pour l’eau de la ville arrivant dans les propriétés vendues et de remplir envers la compagnie d’assurances générales contre l’incendie établie à Paris, rue de Richelieu, n° 97, les mêmes engagements que ceux contractés par les vendeurs, en se conformant à la police d’assurance de manière que ces derniers ne soient aucunement inquiétés à cet égard ;
6° de payer les frais et honoraires des présentes.
Prix
La présente vente est faite en outre moyennant la somme de deux cent vingt mille francs de prix principal, sur lequel l’acquéreur conservera entre ses mains somme égale au montant des causes en principal et accessoires des inscriptions qui peuvent grever les formalités hypothécaires dont il sera ci-après parlé, pour être payée par lui en l’étude du notaire soussigné aux créanciers y ayant droit, auxquels les vendeurs en font dès à présente toute délégation nécessaire.
A l’égard du surplus du prix qui restera libre, l’acquéreur s’oblige à le payer à M. et madame Planté aussi en l’étude du notaire soussigné après l’accomplissement des formalités de transcription et de purge légale dont il va être ci-après parlé.
La totalité dudit prix produira des intérêts à cinq pour cent par an, sans retenue, courant à partir du premier juin présent mois et payables en même temps que le principal.
[…]
Fait et passé à Saint-Germain-en-Laye en la demeure de M. et madame Planté, en présence de MM. Pierre Marie Joutel, marchand de vin, et Barthélémy François Tellier, marchand corroyeur, demeurant tous deux en ladite ville de Saint-Germain, rue de Paris, témoins instrumentaires, l’an mil huit cent trente-sept, le dix juin, heure de midi, et après lecture faite les parties ont signé avec les témoins et notaires.
Rolot, B. Planté, A.V. Chappée
M. Joutel, Tellier
Febvrier
[…]
Et ledit jour dix juin mil huit cent trente-sept, huit heures du soir,
Par devant led. Me Febvrier, notaire à Saint-Germain-en-Laye soussigné,
A comparu M. Alexandre Etienne Ferdinand Rolot, avocat demeurant à Saint-Germain-en-Laye, rue de Pontoise, n° 8,
Lequel en vertu de la faculté de déclarer command qu’il s’est réservée par le contrat passé devant le notaire soussigné assisté de témoins ce jourd’hui, dont la minute précède et sera soumise à la formalité de l’enregistrement en même tems que ces présentes, contenant vente au profit du comparant par M. Barthélémy Planté, entrepreneur de bâtiments, et dame Anne Victorine Chappée, son épouse, demeurant à Saint-Germain-en-Laye, place du Château, n° 29, de deux propriétés situées en ladite ville de Saint-Germain, rue du Château-Neuf, l’une portant le n° 9, appelée le pavillon Henri IV, et l’autre portant le n° 6 appelée l’hôtel des Grottes, moyennant outre les charges ordinaires deux cent vingt mille francs de prix principal, payable avec l’intérêt à cinq pour cent par an sans retenue de la manière exprimée aud. contrat,
A déclaré que cette acquisition est et doit être considérée pour le compte de la société anonyme du chemin de fer de Paris à Saint-Germain dont le siège est établi à Paris, rue de Rivoli, n° 16, constituée par acte passé devant Me Fould et son collègue, notaires à Paris, le deux novembre mil huit cent trente-cinq, enregistrée et approuvée par ordonnance royale du quatre du même mois, à laquelle société le comparant n’a fait prêter que son nom,
Ce accepté pour ladite compagnie 1° par M. Emile Pereire, directeur du chemin de fer de Paris à Saint-Germain-en-Laye, demeurant à Paris, rue de Rivoli, n° 16, 2° et par M. Victor Ambroise Lanjuissais, demeurant à Paris, rue du Bac, n° 34, l’un des administrateurs de lad. société, agissant conjointement avec M. Pereire en vertu de l’article 22 des statuts qui porte que l’un des administrateurs devra toujours signer avec le directeur, à ce présents. Lesquels acceptent cette déclaration de command et obligent lad. société d’exécuter les charges et conditions insérées audit acte de vente et de payer le prix, le tout dans les termes et de la manière stipulés audit contrat, dont lecture leur a été donnée.
Mention des présentes sera faite sur toutes pièces que besoin sera.
Dont acte. Fait et passé à Saint-Germain-en-Laye. […] »

Récit par son confesseur des derniers jours de Louis XIII à Saint-Germain-en-Laye

« [f. 1] Au Roy
Sire,
Les royaumes ne sont jamais plus heureux, ny les Estats plus florissans, que lorsqu’ils sont pour appuy la pieté et la justice, comme deux fortes et [f. 1v] fermes colonnes, pour les soutenir contre les attaques qui secouvent, et mesmes ebranlent souvent les empires. Le pieté, Sire, fait rendre à Dieu ce qui luy est deu, et la justice fait rendre aux hommes ce qui leur appartient, et lorsqu’on s’acquitte de ces deux obligations, que Dieu etend egalement à tout le monde, on accomplit tous les devoirs de le pieté et de la justice chrestienne. Il est vray, Sire, que ces deux vertus sont comme hereditaires [f. 2] dans la maison et dans la famille royale. Mais si c’est une grande gloire aux enfans de ressembler à leurs peres, je puis dire que Votre Majesté fait bien paraitre par les genereuses actions de sa vie, et par les louables inclinations de son naturel, qu’elle n’herite pas moins de la pieté et de la justice, que du sceptre et de la couronne du glorieux saint Louis son ayeul, qui a merité des autels, et de Louis le Juste son pere, de triomphante mémoire, de qui je presente [f. 2v] à Votre Majesté le fin heureuse, sous le titre de l’Idée d’une belle mort, qui a esté comme le fruit des merites d’une vie parfaite et innocente qu’il a passée dans l’exercice continuel des actes, de ces deux illustres vertus. Ces vertus, Sire, l’ont fait triompher durant sa vie, soit des rebelles ennemis de sa religion, soit des autres ennemis jaloux de la grandeur de son Estat, et apres sa mort, le bruit commun porte qu’elles luy ont fait visiblement donner courage [f. 3] à vos legions qui combattoient dans les plains de Rocroy pour la defense de vostre Couronne et gaigner une victoire dont les fruits ont esté si doux que nous les avons goutez longtemps, par les merveilleux avantages que vos armes victorieuses ont remporté sur vos ennemis. Ce seront aussi les mesmes vertus qui maintiendront, Sire, tousjours vostre Estat en cette haute reputation où nous le voyons aujourd’huy, et dans [f. 3v] ce grand eclat de gloire, où vos alliez l’admirent et vos ennemis le redoutent. C’est enfin, Sire, le motif des vœux de celuy qui est autant par inclination que par devoir,
De Votre Majesté,
Le tres humble, tres fidelle et tres obeyssant serviteur et sujet,
Antoine Girard, de la compagnie de Jesus
[f. 4] Avis au lecteur
Vous devez scavoir, mon cher lecteur, que ce recit de la fin heureuse de Louis XIII et des grands actes de vertu qu’il a prattiquez avant son heureux trepas est tiré d’un œuvre posthume, ou de quelques memoires du feu pere Jacques Dinet, qui est d’autant plus croyable en toutes les circonstances qu’il en rapporte, qu’alors il estoit present à tout, comme celuy qui avoit l’honneur d’estre confesseur de Sa Majesté et qui, apres M. l’evesque de Meaux, son premier aumonier, a beaucoup servy à la gloire et à l’heureux succes d’une action si importante. C’est pourquoy il parle luy mesme en tout ce recit, mais il ne parle que de plusieurs bons sentimens que ce grand Roy eut en sa derniere maladie et à sa mort, sans toucher aux autres belles actions de sa vie, ny à tant de rares vertus qu’il a tousjours si heureusement pratiquées, comme lorsqu’avec une particuliere confiance en Dieu et une merveilleuse fermeté d’esprit, il fit mander à la feue Reyne sa mere, durant la grande maladie qu’il eut à Lion et dont il ne releva que par miracle, qu’elle pouvoit venir voir son fils, qui estoit malade à la mort, et neantmoins qui n’avoit point peu de la mort. Comme encore lorsque, par une pieté et une devotion extraordinaire envers [f. 4v] le saint sacrement de l’autel, il dit une parole digne d’un Roy Tres Chrestien ; car, suivant un jour à pied le dais sous lequel estoit le saint sacrement, dans une procession qu’on faisoit à Chartres durant les plus grandes chaleurs de l’esté, et M. de Chartres priant ce grand prince de se mettre à l’ombre sous le dais, où il luy montroit de la place, il fit refus de s’y mettre et en donna la raison, disant que Dieu n’avoit point de compagnon. Comme aussi lorsque par un grand zele de justice, il fit response à quelques personnes des plus considerables de la cour qui le sollicitoient puissamment de quelque faveur et de quelque grace qui sembloit choquer cette divine vertu, dont il portoit le nom de juste, et leur dit qu’on luy pouvoit bien oster son sceptre et sa couronne, mais qu’on ne luy osteroit jamais le merite ny le nom de juste, qu’il preferoit à toutes choses. Comme enfin lorsque, par une entiere victoire qu’il avoit acquise sur ses passions, il s’estoit rendu comme insensible en mille occasions d’appas et de charmes, où la pluspart du monde se perd. Voilà quelques traicts de sa vie et de ses vertus, qui luy ont fait meriter une mort si douce et si heureuse, qui est rapportée en cette histoire, où j’avoue que je contribue seulement me plume et un peu d’ordre, la Reyne mesme m’ayant fait l’honneur de me temoigner qu’elle desiroit de moy ce service et qu’il y a dejà longtemps que cela devoit estre fait. C’est donc ce que je me suis efforcé de faire pour obeir à Sa Majesté, mettant un peu plus au net [f. 5] les pensées du pere qui en est l’autheur, et ses reflexions qui ont esté si puissantes sur l’esprit de quelques personnes que, les lisant, elles n’ont pu tenir les larmes, à la veue de tant de douleurs qu’a souffertes et de tant de vertus qu’a pratiquées ce pieux monarque. C’est de quoy j’ay bien voulu, mon cher lecteur, vous donner avis, afin de vous exciter à faire de bon cœur lecture de ce recit, qui n’est pas trop long pour vous ennuyer, et neantmoins qui sera capable de produire en vous un grand fruit, si vous la faites avec quelques uns des bons sentimens qu’avoit en mourant ce bon prince.
[p. 1] L’idée d’une belle mort, ou d’une mort chrestienne, dans le recit de la fin heureuse de Louis XIII, surnommé le Juste, roy de France et de Navarre
Tout homme qui ne considere cette vie que comme une voye tendante à la gloire de la bienheureuse eternité, s’il en use bien et s’il luy donne un si bon employ qu’il s’efforce, avec son industrie aidée de la grace, d’en eviter tous les mauvais pas, d’en avoir mesme en desir la fin, de la demander tous les jours heureuse à Dieu [p. 2] et de l’attendre sans inquietude, ayant toujours son sauveur en veue, et à la vie et à la mort, merite sans doute, au jugement de tous les plus sages, la louange de scavoir l’art de bien mourir, apres avoir sceu l’art de bien vivre.
C’est justement ce que Louis le Juste, de triomphe mémoire, a fait durant le cours de sa vie, et ce qu’il a pratiqué encore avec plus de montre et avec plus d’eclat sur la fin.
Il est vray que je m’estoit promis de la plume de ses historiographes que, lorsqu’ils seroient venus à ce poinct, qui est l’un des plus importans de toute sa vie, où ils verroient une idée parfaite d’une belle mort, ils auroient dessein de nous la representer avec ses louables circonstances comme un beau tableau avec ses vives couleurs, tant pour honorer la mémoire de ce grand prince que pour servir d’exemple et de modele à toute la posterité.
Mais voyant que ceux qui ont publié ce qu’ils en ont pu apprendre par la relation d’autruy n’en ont escrit que comme en passant, j’estime que je feray plaisir aux autres, qui ne se sont point tant hatez d’escrire, de les aider de mes reflexions sur certains choses plus considerables que je luy ay veu faire et ouy dire, deux mois au plus avant son trepas, [p. 3] et dont la Reyne, pour sa consolation, a voulu voir le recit que j’en ay tracé, avec tout le soin et toute la fidelité possible.
La maladie qui donna les premieres attaques au Roy devant Perpignan l’avoit reduit à ce poinct de debilité et de langueur qu’il ne regaigna qu’à toute peine le doux air de Fontainebleau et de S. Germain, et là mesme il eprouva une si grande varieté dans les changemens d’une santé incertaine, pendant les mois d’aoust, de septembre, d’octobre, de novembre, de decembre et jusques à la my fevrier de l’année 1643, que, quelque bonne opinion qu’en put avoir toute sa Cour, luy, qui sentoit fort bien son mal, en fit tousjours un tres mauvais jugement, de sorte qu’apres avoir pris la resolution de se tenir prest et de se conformer à tous les desseins de la Providence souveraine, il resolut en mesme temps de mettre ordre aux affaires de sa conscience, et de commencer par une confession generale de toute sa vie.
Mais, parce que son confesseur, qui estoit alors le R. pere Jacques Sirmond, avoit un peu de peine à ouyr et à parler, à raison de son grande age de plus de quatre vingts ans, il me fit l’honneur de m’envoyer dire qu’il me substituoit en sa place, pour le service en cette occasion, avec ordre de me preparer pour me rendre [f. 4] aupres de Sa Majesté à Saint Germain, le mercredy de la semaine suivante.
Je partis donc de Paris au jour assigné, et trouvay au vieux chasteau le Roy, qui estoit debout en sa chambre, et en meilleure disposition de sa personne qu’il n’avoit esté depuis trois semaines. Il s’occupoit alors à considerer un fort grand nombre de reliques qui luy estoient venues par droit de succession de la feue Reyne sa mere et dont il choisit celles qui luy aggreerent davantage et qu’il luy pleut de retenir en son cabinet, laissant les autres à la Reyne son espouse, qui en a tousjours esté aussi desireuse, et leur a esté aussi devote que le Roy.
Il me fit donc apporter les siennes de son cabinet et me les montra une à une, estant toutes richement et precieusement enchassées, pour estre mises à son oratoire, puis il me dit que de tous les saincts dont il avoit quelque ossement ou quelque plus notable relique, il avoit fait acheter la Vie ou l’Office, et tous les deux ensemble s’il avoit esté en son pouvoir de les recouvrer, et que depuis longtemps il les invoquoit tous les jours, soir et matin, sans y manquer, demandant à Dieu par leur entremise la grace de faire une bonne fin et de mourir en bon estat.
On luy apporta aussi alors plusieurs exemplaires [p. 5] des petits Offices, que luy mesme a composez et mis par ordre, avec un soin qui n’est pas croyable, quoyqu’il ait esté secondé dans ce penible travail de l’industrie de ses confesseurs et de quelques autres scavans et habiles hommes. Car non seulement il y en a pour toutes les principales festes de l’année, soit de commandement ou de devotion, mais il s’y en trouve encore pour les principaux saincts de la France, pour le precieux sang de Jesus Christ, pour toutes les necessitez de la vie humaine, pour l’impetration de la paix et de la victoire contre les ennemis particuliers de nostre salut, comme sont la chair, l’avarice et la superbe, les pechez de la langue, les pensées mauvaises, les mauvaises œuvres et le troubler interieur de l’ame ; enfin, il s’y en trouve un pour obtenir la vraye penitence, un autre pour consoler les malades, et un troisiesme pour les disposer à bien mourir.
Et ce qui est bien considerable en celui cy, c’est que par des passages tirez de divers pseaumes de David, à la faveur du livre des Concordances qu’il manioit heureusement, par des hymnes devots et affectueux, et par des prieres ardentes, il demandoit tous les jours à Dieu la grace de recevoir avant son trepas tous ses sacremens, et de luy accorder la liberté de la parole, le jugement sain et entier jusqu’au dernier [p. 6] soupir de sa vie, une contrition cordiale, une foy ferme, une esperance divine et une parfaite charité.
Or de ces livres qu’il avoit achevé de composer des l’année 1640 et qui sortoient tout fraischement de son imprimerie royale, en petit et en grand volume, le grand pour le cabinet et le petit pour la campagne, il m’en donna un de sa main et desira qu’en sa presence je fisse lecture du premier pseaume de Matines, dans l’office des Apostres, qui est un sermon selon son idée et tel qu’il les souhaittoit, puis dans l’office des Mysteres de Nostre Seigneur, le pseaume de None, où l’histoire de la Passion est artificieusement enfermée.
Mais, pour revenir à l’estat où d’abord je le trouvay, nonobstant cette meilleure disposition qui luy dura jusqu’au seiziesme du mois de fevrier, comme il se sentit attaqué d’un flux hepatique, il se condamna luy mesme à mourir en peu de temps, à moins que Dieu fit miracle pour le remettre en santé, et il en parla en ces termes au sieur Bouvart, son premier medecin, qui luy avoua que le peril où il le voyoit l’attristoit au dernier poinct, mais il luy voulut ainsi parler franchement afin de voir si l’apprehension de la mort seroit capable de le porter à se resoudre à l’usage de certains [f. 7] remedes, dont il avoit tousjours tesmoigné une grande horreur.
Le Roy, prevoyant assez son dessein, demanda quel effet auroient en luy ces remedes ; et comme il apprit qu’avec un peu de soulagement qu’il en recevroit, sa mort n’en seroit retardée que de quelques mois, il repondit qu’il ne croyoit pas estre obligé en conscience de lutter tousjours contre une antipathie naturelle, pour l’amour d’une vie de peu de durée, et encore fort douteuse, et pour un soulagement incertain, qui pourroit estre suppléé aisement par autre voye. De sorte qu’il fut necessaire de convenir avec luy de la prise de quelques uns qui luy estoient moins desagreables.
Ces premiers entretiens estans finis, il me parla de se confesser et s’informa de la methode qui me sembloit la meilleure, me donnant toutefois à entendre qu’il n’eut jamais fait autre confession generale qu’une que le pere Suffren tira de luy à la hate en sa maladie de Lion. Il s’estoit tousjours acquitté tres exactement des ordinaires. C’est pourquoy nous arrestames que, le lendemain dix neufiesme du mois de mars, jour de saint Joseph, pour qui il avoit beaucoup de veneration, nous travaillerions à cette bonne œuvre.
Avant toutes choses, il resolut, en presence [f. 8] de monsieur le cardinal Mazarin et du sieur de Noyers, secretaire d’Estat, de s’eclaircir avec moy de certains cas de conscience appartenans à l’action que nous allions faire. Puis, ces deux seigneurs s’estans retirez, et toutes les portes de sa chambre fermées par dedans, il s’accusa de ses offenses, non sans une peine extraordinaire, tant estoit grande la secheresse du deplaisir et de la confusion qu’elles luy causoient, et mesme les moindres qui, dans sa plus grande jeunesse, n’avoient eu, à son jugement, que je ne scay quoy de moins seant à Sa Majesté ; d’où ensuite, lorsqu’il passoit à quelque poinct plus notable et où je jugeois, non qu’il eut failly, mais qu’il eut mieux fait d’y proceder par autre voye, il n’est pas croyable avec combien de regret et d’amertume il en demandoit pardon à Dieu : Non ! mon Dieu, s’ecrioit il pitoyablement, non ! jamais plus, non ! pour chose du monde, plustost mourir que d’y retourner ; c’estoient les termes dont il se servoit ; de là vint qu’il fut obligé d’interrompre sa confession une ou deux fois pour humecter sa langue seche et alterée, avec un peu d’eau qu’il avoit aupres de luy, et ainsi enfin il acheva cette action saincte. Mais, pour la communion, il luy pleut de la differer jusqu’à l’Annonciation prochaine.
[p. 9] Dieu voulut au reste que, durant ce peu de jours, la satisfaction interieure qu’il tira de cette decharge de conscience s’estant repandue sur tout le corps, elle y opera un changement si merveilleux que, comme on croit sans peine ce que l’on desire avec passion, il n’y eut aucun de nous qui ne creut qu’il estoit guery, et cette creance nous dura jusques à la feste.
Voicy donc que le jour de l’Annonciation de Nostre Dame, ou de l’Incarnation du Verbe divin, estant arrivé, il se reconcilia devotement, ouyt la messe en sa chapelle, la teste nue et à deux genoux, et receut en cette position son Createur, avec sa ferveur ordinaire, des mains de M. l’evesque de Meaux, son premier aumosnier. Et j’eus ensuite permission de luy de me retirer à Paris jusques à son retour de Versailles, où il pretendoit se faire porter en chaire et en retourner pour le Jeudy sainct. La nuit toutefois luy fut si facheuse, l’air si contraire, et son indisposition si pressant, qu’il se contenta de passer du vieux chasteau de Saint Germain au chasteau neuf, y voulant estre logé dans la chambre de la Reyne, et mesme pour se fortifier allant et venant, comme pour prendre un peu d’exercice. Il s’habilloit chaque jour, puis, ayant fait ses prieres, il faisoit un tour de galerie, soutenu de deux des [p. 9] siens, avec une chaire à sa suite pour se reposer de temps en temps, ne pouvant se soutenir ny marcher plus de vingt pas sans avoir besoin de repos.
Voilà l’estat où, à mon retour, je le trouvay le Mercredy saint, dans la volonté de faire le jour d’apres sa communion de Pasques. Car pour la ceremonie du lavement des pieds et du service des pauvres, se souvenant de l’action de Henry le Grand, qui s’en estoit autrefois deschargé sur luy, par un exemple singulier digne d’estre mis en nostre histoire, il en donna la commission à monseigneur le Dauphin et le substitua à sa place pour faire cette action de pieté et d’humilité chrestienne.
Mais, la nuit du mercredy au jeudy, l’ardeur de la fievre l’altera si fort que, ne pouvant ny passer la nuit sans se rafraichir la bouche, ny se resoudre à communier apres un simple gargarisme, tant il craignoit d’avoir avallé par megarde quelque goute d’eau, il s’en abstint par reverence et par respect.
C’est pourquoy nous attendimes les jours suivans quelque meilleure disposition de sa personne, dans l’esperance que cette ardeur se modereroit avant que la quinzaine fut expirée, comme en effet il arriva le jeudy de Pasques, où, se portant un peu mieux, il satisfit au precepte de l’Eglise et, quoyque fort abbatu, [p. 11] il se leva neantmoins, mais pour la dernier fois, n’ayant pas esté en son pouvoir de le faire depuis le Samedy saint, où il commença par force à quitter sa petite et languissante promenade.
Alors toutefois, il fit un effort et, sans autre habit que sa robe de chambre, il vint avec une majesté et une modestie angelique recevoir le tres saint sacrement à un autel qu’on avoit coutume de luy dresser au fonds de sa chambre lorsqu’il desiroit ouyr la messe, à quoy jamais il ne manqua durant le cours mesme de sa maladie, non plus qu’aux vespres du dimanche et des festes commandées, ny à l’office de la semaine sainte, qui se disoit en sa chapelle. Sur quoy il est à propos de remarquer que le Roy, aimant beaucoup la priere, c’estoit par elle que, sain et malade, il commençoit tousjours sa journée, et cette priere estoit en partie l’exercice du matin, en partie aussi un de ses petits offices, apres quoy il se laissoit voir et gouverner à ses medecins, puis il entendoit la messe, où tous les prelats et tous les seigneurs qui se rencontroient à la Cour estoient les tres bienvenus, mais ses aumoniers y assistoient par devoir, avec sa Chapelle de musique, qui recevoit ordinairement son ordre sur ce qu’il desiroit qu’on chantat, qui fut presque tousjours l’antienne du [p. 12] Magnificat des premieres vespres de la feste de tous les saints, Angeli, Archangeli, et ce qui suit, où l’Eglise fait le denombrement des neuf chœurs des anges et de toute la cour celeste. Luy, cependant, les rideaux ouverts, la teste nue, ses Heures en main, les yeux arrestez ou au ciel ou sur l’autel ou sur les prieres de son livre, nous estoit à tous un parfait modele et un beau miroir de devotion.
Sa messe estant achevée, il recevoit les placets des pretendans aux benefices, les visites des Grands et les propositions de ses officiers et de ses ministres d’Estat. Sinon, il s’entretenoit des choses divines, tantost en son ame et luy seul, tantost avec son confesseur. Puis, à l’instance de ses medecins, il prenoit quelque peu de nourriture, dont il avoit autant d’aversion que de remedes.
Apres son repas, on l’entretenoit de choses divertissantes et moins serieuses, comme des nouvelles qui venoient des autres pays, quoyque sur la fin il n’en vouloit plus ouyr que ce qui touchoit les troubles de la Grand Bretagne et l’histoire des catholiques qu’on y faisoit alors endurer pour la religion, disant qu’il portoit une saincte envie à leur courage et à leur bonheur, et qu’il eut voulu pour beaucoup se voir en leur place. Et, pour la mesme raison, il fit paraitre beaucoup de joye lorsqu’il [p. 13] receut de moy des reliques de deux des nostres brulez au Japon pour la foy, et un veritable recit de leur vie et de leur martyre.
Ensuite, l’heure du Conseil venue, on le tenoit aupres de luy, en grand ou en petit nombre, selon l’exigence des affaires qu’on y devoit traitter, et il ne se passoit aucun jour qu’il ne rendit, ou le soir ou le matin, ce service à son Estat.
Le Conseil finy, il s’entretenoit avec Dieu fort doucement et fort devotement en luy mesme, sans estre jamais plus de trois heures qu’il ne pratiquat ce saint exercice. Apres lequel, il voyoit les survenans, puis il prenoit un tel quel souper, accompagné d’un entretien de choses communes et indifferentes que l’on appelle du petit coucher, suivy de l’oraison du soir, où l’assistoit ordinairement le sieur Lucas, secretaire de son cabinet ; et pour finir sa journée, l mesme sieur Lucas, ou quelque autre qui en recevoit le commandement, luy faisoit quelque lecture de la vie des saints, selon les jours qui se rencontroient, en quoy une bonne partie de la nuit estoit employée, car à peine pouvoit il prendre un peu de sommeil qui ne se trouvat grandement interrompu, et sans la consideration de ses officiers, dont il ne vouloit pas ruiner la santé, il les eut retenus de bon cœur jusques au jour.
[p. 14] Voilà comme vivoit reglement, ou plustost comme alloit peu à peu mourant ce grand prince, lorsque, dans l’opinion commune qu’il n’estoit pas pour mourir si tost, je luy demanday permission de me retirer à Paris pour quatre ou cinq jours. A quoy il condescendit fort doucement, me donnant neantmoins à entendre qu’il seroit bien aise que, dans les termes où il se voyoit, j ne m’eloignasse pas beaucoup de luy.
Et parce que quelque eveschez estoient vacans, et qu’il n’avoit dessein d’en pourvoir que des hommes qui en fussent dignes, il me chargea d’y penser et d’en communiquer avec des personnes intelligentes et zelées pour les interests de Dieu, jesuites et autres, et particulieremnt avec le R. pere Vincent de Paul, general de la Mission, et de luy en fournir une liste où ils seroient mis selon l’ordre de leur suffisance et de leur merite.
Mais comme j’apperceu à mon retour qu’il minutoit quelque forme de testament, je jugeay qu’il estoit temps de luy donner advis de trois choses que je meditois en mon esprit, à quoy luy mesme me convia, me demandant par prevention, comme il avoit dejà fait quelqu’autre fois, si j’estoit content de luy ?
Je luy repondis qu’apres y avoir pensé serieusement, j’estois d’avis qu’il agiroit en Roy [p. 15] Tres Chrestien si, pour l’edification et la satisfaction publique, premierement il declaroit à tout le monde, ou de bouche ou par escrit, qu’il mouroit avec une extreme desplaisir de ses omissions envers la feue Reyne sa mere, dans les peines qu’il avoit eues d’ajuster ensemble les devoirs de fils et les obligations de Roy, surtout pour le temps où, n’estant plus sur les terres de l’Espagnol ny secourue de ses deniers ny partie agissante dans les mouvements de l’Estat, elle n’avoit pas laissé de souffrir en ses alimens et de recevoir un traittement moins convenable à sa qualité.
En second lieu, s’il donnoit ordre que les officiers et les serviteurs de la defunte, qui n’airoient aucun crime ny autre pesché que le malheur de leur maistresse, fussent payez de leurs gages et de leurs services, comme elle l’avoit ordonné.
En troisiesme lieu, s’il arrestoit les plaintes formées à l’occasion de plusieurs de ses sujets, dont les uns tenoient prison, les autres estoient exilez et hors du royaume, et les autres releguez en divers endroits hors de leurs maisons ; et parce qu’il y en avoit parmy eux qui passoient pour tres innocens, et comme on parloit pour martyrs d’Estat, qu’il luy pleut de leur assigner des juges afin de connoitre de leurs griefs et de leur rendre justice, comme [p. 16] ils en supplioient tres humblement Sa Majesté.
A ces trois chefs, sa reponse fut que pour le premier, qui regardoit la Reyne sa mere, il estoit de mesme sentiment que moy et qu’en ce poinct il n’avoit jamais esté sans quelque scrupule d’avoir manqué à son devoir, dont il demandoit avant toutes choses tres humblement pardon à Dieu, pardon aussi à elle mesme, et que de plus il entendoit que le sieur de Chavigny, secretaire d’Estat, qui l’aidoit à mettre par escrit ses derniers volontez, exprimat en son testament, avec les termes qu’il me laissoit libres, la douleur qu’il en ressentoit, et qu’il vouloit que toute la France et toute l’Europe en fut informée. Touchant l’autre chef, il repondit qu’il se souviendroit d’en commander l’execution, et pour le troisiesme qu’il y alloit pourvoir tout presentement.
Quant à la paix, il ne fut pas beaucoup necessaire de l’y exhorter, tant je scavois qu’il la desiroit avec passion, jusques là que, considerant un jour les souffrances de son pauvre peuple, « Je luy ay bien fait, me dit il, du mal, à raison des grandes et importantes affaires que je me suis veues sur les bras, et je n’en ay pas tousjours eu toute la pitié que je devois et telle que je l’ay depuis deux ans, ayant esté partout en personne et veu de mes yeux toutes les miseres. Mais si Dieu [p. 17] veut que je vive encore, ce que je n’ay pas grand sujet de croire et beaucoup moins de souhaitter, la vie n’ayant rien que me semble aimable, j’espere qu’en deux autres années je le pourray mettre à son aise, car l’année prochaine il aura la paix. » C’estoit le dessein de ce bon Roy, qui travailloit fort à l’avancement du traité. « Et l’année suivante, je licentieray, disoit il, mes troupes, qui est une affaire où de grands deniers s’epargneront. »
Un autre jour, prenant ses mesures pour cet heureux temps de la paix dans une fievre intermittante, comme j’estois seul à sa ruelle : « Je remedieray, dit il, Dieu aydant, au libertinage, je supprimeray les duels, j’estoufferay l’injustice, et communieray tous les huit jours. Et sitost que je verray mon Dauphin à cheval et en age de majorité, je le mettray en ma place pour me retirer à Versailles, avec quatre de vos peres, où je m’entretiendray avec eux des choses divines, ne penseray plus du tout qu’aux affaires de mon ame et de mon salut, à la reserve du divertissement de la chasse, que je desire toujours prendre, mais avec plus de moderation qu’à l’ordinaire. »
Alors, il demanda au sieur de Chavigny, present, s’il n’estoit pas vray qu’il l’avoit ainsi resolu et s’en estoit decouvert à luy depuis fort longtemps, et moy la dessus, touché de compassion pour les malheurs qui pendoient alors sur la teste du roy de la Grand Bretagne, je [p. 18] m’avançay de lui demander s’il ne l’assisteroit pas auparavant contre ses rebelles : « Ouy, dit il, à condition que de sa part il fasse aussi pour les catholiques ». Une autre fois, s’informant de moy de la difference que nous mettons entre l’attrition et la contrition, sur ce que je luy repondis que l’attrition avoit pour motif la crainte de Dieu et nostre interet, au lieu que la contrition n’a que l’amour et que l’interet de Dieu : « Je n’ay, me dit il, jamais envisagé en ma repentance que l’interet et l’amour de Dieu ; vous voyez pourtant que j’ay eu l’honneur de n’avoir esté des mieux instruits en ce point ; mais si Dieu me donne la vie et la santé, j’y mettrait bon ordre et vous me catechiserez ». Ce qu’il ajouta dans la veue de la retraite qu’il avoit dessein de faire à Versailles.
Au reste, la fievre, l’inedie et l’insomnie, et une toux seche le minant tousjours peu à peu, il redouta nommement deux choses, l’une de mourir inopinement et par surprise, l’autre de languir ou, comme on dit, de trainer longtemps. Mais, pour s’armer avec cette double appréhension, il conjura d’un costé monsieur de Meaux et son confesseur de se souvenir de luy donner par avance tous ses sacremens, dont ils s’excuserent pour l’heure, l’asseurant que chose du monde ne pressoit, que selon le devoir de leur conscience et de leur charge ils [p. 19] le feroient quand il seroit temps ; d’ailleurs il pria Dieu tres instamment de luy vouloir abbreger le cours et la durée de sa maladie, et on remarqua qu’il fit sa priere avec grande ardeur.
La nuit du 18 au 19 d’avril fut si mauvaise et si facheuse pour luy qu’il ne pensa presqu’à autre chose, qu’à l’eglise de Sainct Denys en France, où reposent les corps de nos Roys ; dont le lendemain il prit sujet de s’entretenir toujours de la mort avec ceux qui s’approchoient de luy et, l’apres disnée, s’estant fait mettre dans sa grande chaire où, de temps en temps, il se soulageoit de la lassitude du lit, il commanda qu’on luy ouvrit les fenestres de sa chambre, qui regardoient du costé de Sainct Denys, disant à ceux qui le servoient qu’il vouloit voir son dernier logis.
Puis le soir, tout tard, chacun s’estant retiré, à la reserve des sieurs Lucas, du Bois et peu d’autres, il desira qu’on luy leut le 17 chapitre de l’evangile de saint Jean, où sont couchées les dernieres paroles que le Sauveur du monde dit à ses apostres un peu avant sa Passion, ; et l’oraison qu’il fit à son pere pour luy recommander ses chers disciples, mais en termes si affectueux qu’ils seroient capables de toucher les cœurs les plus dures et les ames les plus insensibles.
[p. 20] Il se fit lire aussi quelque endroit de l’introduction à la vie devote du B. François de Sales, et nommément le chapitre du mepris du monde, et, dans le livre de l’Imitation de Jesus Christ, celuy de la mort, que le sieur Lucas ne pouvoit assez tost trouver, le Roy prit luy mesme le livre et, y rencontrant à l’ouverture ce qu’il cherchoit : « Lisez, dit il, cela », et cette lecture fut continuée jusqu’à minuit.
Le jour suivant 20 du mois, s’assemblerent en sa chambre par ses ordres, autour de Sa Majesté, la Reyne son espouse, monsieur le duc d’Orleans, monsieur le prince de Condé, ses ministres d’Estat et tout ce qu’il y avoit de Grands à la Cour, puis, les rideaux de son lit levez, s’estant entretenu quelque temps avec la Reyne, monsieur son frere et monsieur le Prince, il fit à toute l’assistance, à haute voix, un discours declaratif de ses dernieres volontez, à la fin duquel il commanda au sieur de La Vrilliere, secretaire d’Estat, qui estoit en mois, de lire tout haut la regence à la Reyne, seante alors au pied du lit. Et quoy que tout le monde fondit en larmes, il avoit luy seul le visage gay et tesmoignoit estre fort content.
Cette piece ayant esté leue, il en fit signer l’original et en jurer l’execution à la Reyne et à monsieur son frere, leur disant plusieurs autres [p. 21] choses sur ce sujet, comme aussi à monsieur le Prince.
Ensuitte, le parlement vint, representé par son premier president, les presidens au mortier, deux conseillers de chaque chambre, et les gens du Roy, qu’il informa de ses intentions ; apres quoy il enjoignit à monsieur le duc d’Orleans, à monsieur le prince de Condé et à monsieur le chancelier d’estre le jour d’apres à Paris pour faire enregistrer sa declaration au parlement. Et ce fut chose fort merveilleuse de voir le plus grand monarque du monde disposer ainsi de son royaume, quitter la Reyne son espouse en la fleur de son age, des enfans mineurs beaux comme le jour, et sa propre vie, avec aussi peu d’emotion que s’il n’eut laissé qu’une de ses maisons de campagne.
Mais ce qui donna encore un grand eclat à la gloire de cette action, c’est qu’il parut alors à veue d’œil que Dieu luy avoit donné, comme à dessein plus de santé et plus de force qu’à l’ordinaire. Car, tout le monde estant sorty de la chambre, luy, le cœur serré de regret et la face baignée de larmes, retint seulement monsieur de Meaux et son confesseur, employant ce qui restoit de la journée à s’entretenir avec eux de Dieu et des choses divines.
La nuit, il eut de grandes evacuations, lesquelles jointes aux precedentes l’abbatirent [p. 22] et l’extenuerent tellement que son corps ne sembloit plus qu’un squelette, de sorte qu’au point du jour, regardant par occasion ses bras et ses cuisses, il demeura un peu etonné de l’estat où il se voyoit, puis, s’elevant les yeux au ciel selon sa louable coutume : « Helas, dit il avec le Prophete, Quid est homo ? » Qu’est-ce que l’homme ? Paroles qu’il repeta depuis fort souvent lorsqu’il parloit à quelques seigneurs qu’il aimoit beaucoup, entr’autres monsieur de Liancour, ajoutant encore celle cy : « Je ne suis plus desormais que terre ! »
Le mesme jour, sur les cinq heures du soir, apres le Conseil tenu, on fit la ceremonie du baptesme de monseigneur le Dauphin en sa chapelle du vieux chateau, la Reyne presente, où son parrain fut monsieur le cardinal Mazarin, et sa marraine madame la princesse de Condé, qui luy donna le nom de Louys, que ce petite prince desiroit avoir ; et apres la ceremonie, qui fut bientôt achevée, il alla remercier de fort bonne grace monsieur de Meaux en la sacristie. Le Roy, ayant appris le succes de toute l’action, en loua Dieu, les yeux elevez au ciel, où il les tint assez longtemps.
Or ses mauvaises nuits l’abbatant de plus en plus, et ses medecins ouys la dessus, il fut ordonné qu’on luy administreroit le viatique de la tres saincte eucharistie, dont j’eus avis [p. 23] de luy porter la parole, non seulement qui ne le surprit ny ne l’inquieta pas, mais plutost qui luy fut si agrable qu’il m’embrassa tendrement, et en dit mesme en action de graces un Te Deum, avec plus de joye qu’il n’en avoit jamais tesmoigné ny pour la prise d’une ville, ny pour le gain d’une bataille. Puis, se tournant vers l’assistance, « Que j’aime, dit il, ce bon pere, qui m’apporte une si bonne et si agreable nouvelle ! »
On informe cependant la Reyne de ce qui se passe, tandis que le Roy se confesse et se prepare à la communion, lors qu’à la fin de la messe cette princesse arrive, fondant toute en larmes, et, ayant laissé un peu en arriere messeigneurs le Dauphin et le dc d’Anjou entre les mainsde leur gouvernante, elle se presente au chevet du Roy et là, prosternée à genoux, elle le voit communier pour la derniere fois, monsieur le duc d’Orleans et monsieur le prince de Condé luy tenans les deux premiers coins de la nape, et deux aumoniers les deux autres.
Apres son action de graces, faite à loisir et en grand repos, il s’entretint en particulier avec la Reyne assez longtemps, et à la fin, pour clorre toute cette pitoyable ceremonie, ayant demandé messeigneurs ses enfans, la Reyne les alla prendre elle mesme par la main et les luy amena tous deux, puis tous trois [p. 24] mirent avec grand respect les genoux en terre et receurent sa benediction.
Il est vray qu’en mesme temps, il eut bien voulu recevoir l’extreme onction, mais ce ne fut ny l’opinion de monsieur de Meaux, ny mon sentiment, tant nous decouvrimes de vigueur et de force en luy.
En effet, il accueillit favorablement, ce jour là encore, quelques grands seigneurs qui, pour la pluspart, avoient encouru son indignation, s’estans malheureusement engagez dans les divisions de la Cour et de la Maison royale.
Et ayant sceu que les mareschaux de Chatillon et de La Force desiroient luy tesmoigner leur zele pour le service de Sa Majesté et l’extreme regret qu’ils avoient de la perte d’un tel maitre, quoyqu’il ne prit pas plaisir de voir aucun huguenot en cet accessoire où il ne vouloit point souffrir d’imagination contraire à la foy, son humeur estant de ne hair pas moins les pensées que les complaisances ou les œuvres, quand elles estoient de quelque sujet qui n’estoit point agreable à Dieu, il les fit toutefois entrer puis, les ayans remerciez de la tendresse de leur affection, il les exhorta fortement à se retirer de leur pretendue religion, leur intimant qu’estant sur le poinct de rendre compte de toute sa vie à son createur, il ne se pouvoit tenir de leur dire qu’à son avis [p. 25] Dieu les avoit gratifiez de ce grand age où ils estoient tous deux arrivez pour leur donner loisir de penser à eux et qu’il les en conjuroit autant qu’il pouvoit, qu’au reste il reconnoissoit que selon le monde ils estoient veritablement sages, vaillans et braves seigneurs, mais que ce n’estoit pas tout, qu’il n’y avoit pas plus d’une voye pour aller au ciel, que hors de l’Eglise catholique, apostolique et romaine il n’y avoit point de salut, et choses semblables qu’il leur dit en de si beaux termes et avec tant de cordialité qu’il leur tira les larmes des yeux ; mais ce fut tout le fruit de cette belle et cordiale remontrance.
Ainsi se passa la journée, et la nuit s’avançoit fort quand Dieu permit, pour les raisons qui luy sont connues, qu’apres nous estre un peu trop hatez de luy donner le viatique, nous nous hatames encore un peu trop de luy donner l’extreme onction, à l’occasion des medecins qui estoient lors de garde aux pieds de son lit, et particulierement du sieur Seguin le jeune, premier medecin de la Reyne ; car, ne luy trouvant comme point de pouls, ils en donnerent bientôt avis à monsieur de Meaux, et luy à moy, nous asseurant qu’il s’en alloit et qu’à peine verroit il le jour, et qu’il estoit absolument necessaire de luy donner les sainctes [p. 26] huiles, à moins que d’estre blamez de tout le monde si nous laissions mourir sans ce sacrement un prince si sage et si vertueux qui s’en reposoit sur nous, que de leur part ils se sentoient obligez de nous donner cet avis pour leur decharge.
On peut aisement juger si je me trouvay surpris à cette parole, veu que le matin, Sa Majesté ayant demandé au sieur Bouvart, selon sa coutume, des nouvelles de sa mort en nostre presence, et si ce seroit pour la nuit prochaine, il luy avoit repond que ce n’estoit pas son opinion, s’il n’arrivoit quelque accident qui n’estoit point encore previsible ; neantmoins, me voyant pressé de me prevaloir de cet avis, je n’en voulus pas allarmer l’esprit du Roy, qui prenoit un peu de repos, mais sans plus longue deliberation je pris le carrosse de monsieur de Meaux et allay en diligence au vieux chateau en communiquer avec monsieur le cardinal Mazarin et le sieur de Chavigny qui, non moins estonnez que moy, viennent en sa chambre, où, les medecins luy ayans taté de nouveau le pouls, nous asseurerent que pour foible et bas qu’il fut, il nous dureroit encore du moins jusques au midy.
Sur quoy on conclut que le matin je me mettrois en devoir de le disposer à ce sacrement, comme je fis de le point du jour 23 d’avril, [p. 27] luy representant que la nuit passée il nous avoit mis en grande frayeur jusques là que les medecins qui le veilloient avoient douté s’il verroit le jour, que graces à Dieu il estoit mieux sans comparaison, mais neantmoins qu’il y avoit quelque peril puisque tous les soirs il sembloit mourir et tous les matins ressusciter et, partant, que dans l’apprehension de quelque surprise ou de quelque mort inopinée, s’il luy plaisit qu’on luy donnat les sainctes huiles sans plus attendre, il auroit toutes les aydes et toutes les armes spirituelles de l’Eglise, se tirant par ce moyen de peril et nous de peine, qu’au reste l’extreme onction ne s’appelloit pas tant extreme parce qu’elle ne devoit estre conferée qu’à l’extremité qu’à cause qu’elle estoit, pour ainsi dire, la derniere de toutes les onctions ecclesiastiques que Jesus Christ avoit instituée comme un sacrement pour fortifier de corps et d’esprit ceux qui sont grandement malades et mesme, s’il est à propos, pour rendre la santé en qualité de remede surnaturel, ainsi que l’apostre saint Jacques nous asseure en sa canonique, et qu’en un mot elle donne beaucoup de force à un malade pour supporter doucement son mal.
Il n’en fallut pas davantage à un prince qui avoit, comme on dit, la mort en desir et la [p. 28] vie en patience et qui esperoit tous les jours passer à une meilleure. Neantmoins, il voulut ouyr auparavant de la bouche mesme de ses medecins, qui l’avoient tousjours entretenu de quelque foible esperance de retour, si à leur jugement sa maladie estoit sans remede.
A quoy le sieur Bouvart repartit : Sire, Dieu est tout puissant ! Et alors Sa Majesté, d’un visage gay, d’un front serain et d’un œil riant, s’ecria encore avec le prophete : Laetatus sum in his quae dicta sunt mihi, in domum Domini ibimus ! Je suis ravy de la nouvelle qu’on me vient dire que nous irons en la maison du roy des roys et du seigneur des seigneurs !
Et, dans l’opinion qu’il mourroit le lendemain, jour de vendredy, il ajouta incontinent : O, la desirable, ô l’agreable nouvelle ! ô l’heureuse journée pour moy, et veritablement heureux vendredy ! Aussi n’est ce pas d’aujourd’huy que les vendredys me sont favorables, un vendredy m’a elevé à la royauté, je gagnay à pareil jour au Pont de Cé la premiere de mes victoires, la premiere ville que j’ay assiegée a esté Sainct Jean d’Angely, dont la reddition se fit à tel jour, la defaite de Soubize en l’isle de Ré arriva aussi un vendredy comme j’y estoit en personne, et un autre vendredy me fit scavoir que les troupes qui estoient allées par mes ordres en la mesme isle contre les Anglois les avoient battus et [p. 29] forcez de rentrer dans leurs vaisseaux, et ainsi de quantité d’autres. Mais ce vendredy me sera le plus heureux de toute ma vie, puisqu’il me mettra dans le ciel pour y regner eternellement avec mon Dieu, et il vaut mieux mille et mille fois estre roy au ciel que sur terre ; non que je me promette d’y aller tout droit et sans obstacle au sortir du corps, car eu egard à mes offences, cent ans, ouy cent ans de purgatoire ne seront pas trop pour moy, mais j’en auray au moins, Dieu aydant, tousjours l’expectative certaine !
Apres ce discours, je le confessay, on luy dit la messe, puis monsieur de Meaux, s’approchant avec le livre et les saintes huiles, la Reyne arriva là dessus et, comme je me mis en devoir de luy quitter par honneur ma place, elle m’y retint avec sa bonté ordinaire. Les pseaumes, les litanies, les oraisons furent recitées, et les onctions visitées se firent.
Ce religieux monarque repondit à tout, aussi peu emeu que s’il n’eut esté que spectateur de cette action, qui fut faite, si je ne me trompe, sur les neuf heures et demie du mesme jour.
Nous fondions tous en larmes, quelque grand effort que nous fissions pour les retenir, mais la ceremonie ne fut pas plustot achevée qu’il joignit enfin les siennes aux nostres, et nous dit en essuyant ses yeux : Je ne trouve point [p. 30] mauvais que vous me pleuriez, c’est une demonstration de vostre amitié, et c’est ce qui m’attendrit le cœur ; hors de là, Dieu m’est temoin si la vie m’a jamais pleu et si je ne suis pas ravy d’aller à luy en peu d’heures, et choses semblables sur lesquelles il s’etendit avec tant de fermeté d’esprit et de ferveur que, depuis, il m’avoua qu’il en avoit senty quelque mouvement de vanité. Et comme je luy remontrois que cette disposition d’esprit estoit un effet du sacrement qu’il avoit receu, et un don de Dieu qui demandoit sa reconnoissance, disant à Dieu : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam ! O Seigneur, ce n’est point à nous, non, ce n’est point à nous que la gloire est deue, mais à vostre nom, à vostre grace et à vous mesmes ! Il repartit aussitôt qu’il avoit tousjours dit ces paroles.
Or, comme la foule de ceux qui avoient remply sa chambre estoit si prodigieuse que, luy ostant la belle veue et le libre usage de l’air qui entroit pas ses fenestres, et neantmoins ne voulant faire sortir personne en particulier, tant il avoit de douceur et d’humanité pour tout le monde, il fit signe de la main qu’on se rangeat et dit un peu haut : Hé Messieurs, donnez moy la vie !
A cette parole, tous ceux qui estoient alors inutiles se retirerent, mais il m’arresta, me commandant [p. 31] de demeurer et de luy dire à qoy il pourroit s’occuper ?
Je lui fis reponse qu’il me paroissoit si robuste et si vigoureux que je ne pouvois desesperer de l’estat de sa convalescence et que, ne scachant à quoy rapporter un si merveilleux changement, je presumois avec assez d’apparence que c’estoit un effet de l’extreme onction et que le Grand Medecin operoit extraordinairement en sa personne, luy donnant tant de consolation et de force : Je le sens bien, dit il ; puis j’ajoutay qu’apres tout, s’il n’estoit pas pour guerir de sa maladie, cette force et cette consolation qu’il ressentoit ne luy estoit donnée de Dieu que pour en digerer la longue durée avec moins de peine, de sorte que je le priay de ne se point negliger luy mesme, mais de se souvenir de l’avis du Sage qui dit : Fili, in tua infirmitate ne despicias te ! Mon fils, quand vous estes malade, souvenez vous de ne vous point negliger vous mesmes, mais de suivre Dieu et d’adorer l’ordre de sa divine providence, de sa volonté et de sa conduite. Je conclus enfin qu’il seroit bon de partager sa journée comme de coutume, tantot prenant ce qu’il pourroit de remedes et de nourriture, avec quelque honneste divertissement apres le repas, tantot entendant parler des choses divines, mais en peu de mots, [p. 32] de peur de luy causer de l’ennuy, estant certain qu’à la longue on s’ennuye de tout et qu’on doit donner aux malades la nourriture spirituelle comme la corporelle, peu et souvent ; neantmoins que, par intervalles et de fois à autres, il pourroit penser de loin aux œuvres pries qu’il vouloit faire, mais que de ma part je me chargeois de l’avertir fidellement et à point nommé du jour et, s’il estoit possible, de l’heure de son passage, autant que je pourrois en estre asseuré de ses medecins.
Cet avis luy parut assez plausible et ce discours assez agreable et, des lors, il s’en prevalut si heureusement que, les forces s’augmentant peu à peu en luy, il vint mesme jusques à ce point de s’etonner d’avoir esté si tost reduit à l’extreme onction, et en toucha un mot à ses medecins, qui luy repondirent que si sa santé estoit bonne, ils prioient Dieu de la luy rendre encore meilleure.
Le lendemain matin 24 d’avril, ils luy presenterent une prise de rheubarbe, mais il ne fut pas au pouvoir de leur eloquence ny au credit de toute la Cour de l’y resoudre et, nonobstant ce refus, apres son disner, il eut tant de force, par une espece de miracle, et se trouva en si bonne humeur, qu’il fit chanter sur le luth le pseaume Lauda anima mea Dominum par son premier valet de garderobe. [p. 33] Ensuite de quoy on luy chanta en partie plusieurs autres, traduits de nouveau en vers françois sur des airs de son invention, et il en chanta luy mesme la basse avec le duc de Schomberg. De sorte que, la Reyne l’estant venue visiter à l’heure qu’elle prenoit tous les jours pour cette action, ne fut jamais plus estonnée ny tout ensemble plus rejouye, et la nouvelle d’un prodige si nouveau volant aussitost partout Sainct Germain, il n’y eut aucun de ceux qui avoient l’honneur de l’approcher qui ne creut qu’il estoit guery et ne luy en vint faire des conjouyssances.
Mais ce bon prince, ne scachant qu’en dire, protesta tout haut que, si c’estoit le plaisir de Dieu qu’il revint, il accepteroit la vie seulement pour luy obeir, à condition qu’il luy pleut en mesme temps donner la paix à toute l’Europe.
Cependant, nostre esperance ne nous flatta qu’environ huit jours. Car, des l’entrée du mois de may, ses langueurs ordinaires recommencerent et ses lassitudes parurent plus grandes qu’elles n’avoient encore esté. Il luy tardoit qu’on ne luy donnat la bonne nouvelle qu’il fallut partir, aussi ne le dissimuloit il pas à ses medecins lorsqu’ils l’invitoient à prendre un peu de gelée fondue qu’on luy presentoit dans une phiole de verre afin de luy epargner [p. 34] la peine de lever la teste pour la prendre, sa reponse ordinaire estant qu’on le laissat mourir en paix, et il me dit un jour pitoyablement à moy mesme qu’il s’ennuyoit fort de la vie, avec ces paroles qu’a dit autrefois le saint homme Joc : Taedet animam meam vitae meae ! O mon Dieu, que cette vie mortelle me dure, et qu’elle me cause d’ennuy !
Alors, pour le consoler, je me mis à luy porter compassion, avouant que dans l’estat où je le considerois apres tant de vicissitudes, de douleurs, de soulagemens, de convalescences et de recheutes, il me sembloit que je voyois une barque dont le pilote combatu des ventes et de la tempeste estoit à toute heure tantot elevé à la hauteur des nues, tantot englouty au fonds des abysmes, mais qu’implorant avec confiance de cœur ou de bouche le secours divin, il en sentiroit quelque bon effet qui seroit capable de le conduire en asseurance au port de salut ; davantage, que tout ce qu’endurent les esleuz en cette vie leur est compté en deduction des peines de l’autre, pourveu qu’ils soient en estat de grace et qu’ils endurent avec patience. Et comme il gouta cette pensée, il me la fit repeter, s’informant de moy si la chose estoit veritable ; alors, je luy apportay un passage de saint Augustin, sur le pseaume 50, où il dit ces paroles : In hac vita purges me, [p.35] et talem me reddas cui iam emendatorio igne opus non sit ! O Seigneur, je vous conjure de me purger en cette vie et de me rendre tel, je veux dire si pur et si net que le feu ardent du purgatoire ne soit point necessaire apres ma mort.
A quoy j’adjoutay encore que, dans la doctrine des saints peres, les longues et les facheuses maladies, prises, comme il faut, de la main de Dieu, sont un espece de martyre, et que le mesme sainct Augustin l’asseure en ces termes : Multi ducunt martyrium in lecto, prorsus multi ! Il y en a plusieurs, et plus peut estre qu’on ne s’imagine, qui, estant allitez de quelque longue maladie, endurent dans leur lit le martyre ; et, par consequent, plus la maladie est longue, plus on approche de la perfection des saincts martyrs, dont le martyre a quelquefois duré longtemps, comme nous lisons de celuy de sainct Clement, surnommé d’Ancyre, à qui je scavoir bien que le Roy estoit grandement devot.
Je luy dis enfin que, l’ayant veu fort souvent dans le desir de mourir pour Dieu, je trouvois qu’il estoit ouy de Dieu et que la bonté divine luy accordoit l’accomplissement de son desir, puisqu’estre sujet à tant de facheuses alternatives comme de se voir aujourd’huy malade jusques au mourir et demain [p. 36] vivant au jugement des medecins, et se soumettre en tout aux ordres de la providence souveraine, c’estoit mourir à soy mesme autant de fois et endurer autant de martyres.
Mais neantmoins, en ce mesme temps, je me sentis inspiré de luy conseiller l’usage de la confession journaliere pour ce qui luy restoit de vie, quand mesme il n’auroit autre matiere que quelques pechez de ses autres confessions, quoyqu’ils fussent desjà pardonnez, afin de croitre tousjours en grace et en force, en vertu du sacrement de penitence.
A quoy il dit qu’il estoit prest, et qu’il en useroit ainsi de bon cœur, comme il fit avec un succes si heureux que, peu de temps apres, le faisant ressouvenir de sainct Martin, qui disoit à Dieu que, s’il estoit utile ou necessaire à son peuple, il ne faisoit point refus de vivre ny de travailler plus longtemps ! Voilà justement, dit il, ce qui m’est propre ; puis, par un mouvement heroique et par un genereux effort, il adjouta incontinent : Qu’il estoit pret, si Dieu l’ordonnoit, de languir dans le triste estat où il se voyoit alors reduit autant d’années qu’en peut vivre naturellement un homme qui se porte bien.
Au reste, ses douleurs, accompagnées de cette langueur continuelle et cette langueur du degout, de l’insomnie et de l’importunité du bassin, dont il craignoit plus la mauvaise odeur [p. 37] pour les assistans que pour luy mesme, n’estoient pas si petites, surtout au redoublement de sa fievre, qu’il ne fut contraint de faire quelquefois ouvrir les fenestres de sa chambre et d’etendre souvent ses bras à l’air, quoyqu’en une saison assez froide, contre l’ordinaire, de la fin d’avril, et mesme d’avoir sur ses reins et sous la teste des oreillers de paille d’avoine pour moderer la violence du feu interieur qui le devoroit.
Cependant, je puis asseurer que, si quelquefois il s’est plaint dans la grandeur du mal qu’il souffroit, ce ne fut jamais à moy ny en ma presence, au contraire il en fit si bien son profit que je ne puis icy m’empecher de dire une chose qui semblera d’abord moins croyable mais qui est pourtant tres veritable.
Car ce grand prince, qui a domté l’heresie, qui a pris tant de villes, conquis tant de provinces et donné tant de batailles, qui a triomphé de tant de puissans ennemis et fait tant d’actions illustres à le veue de toute la France et avec l’etonnement de toute l’Europe, l’espace de quarante deux ans qu’il a vescu, me dit un jour qu’il preferoit cette derniere maladie avec ses souffrances à la partie la plus belle et la plus eclatante de sa vie, d’où l’on peut aisement conjecturer combien d’actes de vertu il pratiquoit en cet estat, combien il [p. 38] domtoit ses passions et combien il en remportoit de victoires.
Je ne nie pas neantmoins que je ne l’aye veu, une ou deux fois, en colere, et qu’il n’eyt eu peut estre contre quelques uns de l’indignation qui ne sera pas venue à ma connoissance, mais je puis dire ou qu’il avoit raison de le faire, ou qu’il s’appaisoit incontinent. Et lorsqu’il avoit donné sujet de deplaisir à qui que ce fut, present ou absent, il y remedioit en diligence, ou par luy mesme, ou par un autre, et le jour mesme il s’en accusoit.
Il en usa ainsi une fois vers son premier medecin le sieur Bouvart, et une autre fois envers moy mesme, à qui un soir, bien tard, il envoya monsieur de Chavigny pour une occasion de cette nature, et comme on l’avertit que le duc de Chevreuse apprehendoit qu’il n’eut en son cœur quelque aversion ou quelque froideur contre luy, il pria monsieur le prince de Condé de l’asseurer du contraire.
Or depuis ce dure combat contre l’ennuy et le degout de la vie, dont par forme de digression je me suis un peu detourné, il en eut deux autres à soutenir, mais à beaucoup pres plus legers, contre deux inquietudes qui l’attaquerent : l’une de n’avoir pu donner avant son trepas la paix à la chrestienté, quelque veritable desir qu’il en eut, et il surmonta celle cy de [p. 39] luy mesme, par la resolution qu’il prit de se conformer à l’ordre de la providence de Dieu et de la luy demander par ses prieres quand il auroit le bonheur de le voir au ciel ; l’autre estoit fondée en l’affection naturelle qu’il avoit pour son royaume, car il l’aimoit par preference à toute autre chose apres Dieu et son salut, et je l’ay veu quelquefois disputer jusques au scrupule s’il ne pechoit point en l’aimant avec un peu trop d’exces, qui luy jetta de fort grandes apprehensions en l’ame que nous n’eussions beaucoup à souffrir apres sa mort.
Mais contre cette anxieté interieure, je luy representay devant les yeux qu’il ne se devoit point mettre en peine des choses futures, apres y avoir pourveu de sa part en la maniere qu’il avoit jugée la meilleure, que la sagesse de la Providence divine, à qui seule il appartient de disposer souverainement du bonheur et du malheur des Estats en ordonneroit à sa volonté, qui ne peut jamais cesser d’estre bonne, et qu’apres tout, quand il luy plairoit de donner quelque contrepoids à l’elevation de la France et l’humilier à son tour, ainsi que l’avoient esté tous nos ennemis sous son regne tousjours heureux, tousjours triomphant, nous serions tenus de faire de necessité vertu [p. 40] et de nous resoudre à l’exercice de la patience, nous soumettant avec humilité et avec respect aux ordres d’en haut, qui sont toujours saincts et adorables.
Cette pensée luy sembla si juste que, non content d’y acquiescer à l’heure mesme, il la mit encore depuis en pratique à l’occasion de quelques uns de ses serviteurs qui avoient eu la mesme crainte et la mesme apprehension que luy.
Or comme je m’apperceus que ses forces alloient diminuant à veue d’œil, je me sentis obligé de redoubler mes soins pour le service et le salut de sa personne, et quoyqu’il y eut longtemps que j’estois passé du vieux chateau au chateau neuf, neantmoins je jugeay à propos de mettre ma paillasse dans son cabinet, joignant la porte de sa chambre, pour estre à luy au premier signe, c’est à dire presqu’à tous les momens de la nuit.
Mais à moins que d’ouyr ce signe ou d’estre appellé, je m’abstenoir de me montrer trop souvent à luy, de peur d’interrompre son entretien avec Dieu, qui estoit l’unique ou le plus grand contentement qu’il eut au monde, m’avouant luy mesme un jour qu’il n’avoit point de plaisir egal à celuy de la priere.
Plusieurs aussi l’on veu dans son lit battre [p. 41] sa poitrine, les yeux à demy fermez, pour mieux cacher se devotion. Mais des lors qu’il m’apercevoit, il quittoit tout pour ouyr ce que j’avois à luy dire, quoyque d’ordinaire il ne valut pas ce qu’il ruminoit en son ame. D’ailleurs, je craignois encore de luy charger ou de luy occuper trop l’esprit, qui n’avoit rien ordinairement plus à cœur que de penser aux moyens de mettre fin aux desordres de la guerre, de conclure son traité de paix, de nommer aux benefices à mesure qu’ils venoient à vacquer, et de recevoir les adieux de la noblesse qui alloit combattre en son armée de Picardie sous monsieur le duc d’Anguien, qu’il avoit luy mesme choisy pour en avoir le commandement et la conduite.
De plus, il avoit à disposer de quelques eveschez vacans, où il cherchoit encore des hommes capables, et de quelques abbayes reservées pour un dessein qui n’eut point d’effet, à regler ses gratifications, à ordonner de ses legs pieux et du lieu de sa sepulture apres sa mort, articles qui luy couterent trois apres disnées qu’il y employa en presence de monsieur le cardinal Mazarin, du sieur de Chavigny, qui tenoit la plume, et de son confesseur, tous trois enfermez dans sa chambre.
Et à ne point dissimuler la verité, je puis dire que les eveschez furent donnez saintement [p. 42] et les abbayes charitablement, que ny ses gratifications ny ses legs pieux ne furent point à charge à personne par un pur desir d’epargner son peuple, qu’il n’oublia aucun de ses domestiques, non pas mesme le boulanger du pain de ses chiens, connoissant par nom tous ceux qui estoient sur l’estat de sa Maison et en ayant fait faire une liste, qu’il fit deux fondations considerables à Saint Denys, tant pour le repos de son ame que pour le repos de celles du feu roy son père et de la feue reyne sa mere, qu’il en fit encore une à Chantilly et une autre à Versailles, dont l’eglise ayant besoin de reparation, il en chargea le sieur de Noyers pour luy tesmoigner qu’encore qu’avec sa permission il se fut retiré de la Cour, il ne laissoit pas d’avoir bonne opinion de sa probité et de faire estime de sa personne ; qu’il envoya sur la frontiere beaucoup d’aumones secrettes pour estre distribuées à grand nombre de villages par des peres de la Mission, et quantité d’autres aux environs de Paris par les soins de monsieur de Meaux qui luy avoit desja rendu quelqu’autre fois ce bon service lorsqu’il estoit en pleine santé ; qu’une partie considerable fut assignée au mesme prelat pour en faire l’application à l’ornement de la chasse de sainct Fiacre, le tout pris sur un fonds qui estoit entré fort à propos dans les [p. 43] coffres du tresorier de ses Menus Plaisirs, et ce qui en demeura de reste apres toutes ces pieuses applications, qui ne montoient pas à une somme legere, fut laissé à la disposition des trois personnes par luy commises pour l’execution de ces bonnes œuvres.
Enfin, pour le regard de son corps, il declara qu’il entendoit qu’il fut inhumé à Saint Denys au tombeau de ses predecesseurs, sans ceremonie toutefois, pour la decharge de l’Estat qu’il plaignoit fort et qu’il s’efforça de soulager en tout de tout son pouvoir.
Il est vray qu’il avoit souhaitté, par principe de pudeur, si je ne me trompe, et par motif d’honnesteté, que l’ouverture n’en fut point faite selon la coutume, mais, luy representant qu’il falloit necessairement le garder l’espace de quelques jours et l’exposer en public à la royale, et qu’à moins d’estre embaumé il seroit comme impossible dans la saison, qui estoit chaude, qu’on n’en ressentit quelque sorte de mauvaise odeur, il condescendit à ma remontrance.
Puis, voulant aussi que j’eusse part à son testament, il me regarda d’un œil capable de tirer les larmes des yeux avec ces paroles : C’est mon cœur, dit il, que je vous donne, vous le voulez bien ! A ce trait de bonté incomparable, je ne fis reponse qu’avec une profonde reverence, asseurant [p. 44] Sa Majesté que ce jour là Elle nous fairoit le plus riche don qu’Elle pouvoit faire, et à l’heure mesme je luy en rendis tres humbles graces au nom de toute nostre compagnie.
Il est vray que ce cœur royal, qui a tousjours esté en la main de Dieu, nous fut delivré apres sa mort, mais il faut avouer que cette mort arriva trop tost de plusieurs années pour Saint Louis, dont Sa Majesté a fondé et baty l’eglise, où la Reyne regente a fait mettre ce depot sacré, enchassé en or, et l’a honoré d’une depense digne de sa magnificence royale et de son amour conjugal.
Or apres avoir terminé toutes ces affaires, son passage de la terre au ciel s’avançant tousjours, monsieur de Lisieux se presenta pour l’ayder en cet accessoire et se joindre à monsieur de Meaux, qui s’en acquittoit parfaitement. Monsieur le duc de Vantadour, chanoine de Nostre Dame de Paris, y parut encore et fut veu de Sa Majesté de fort bon œil ; le pere Vincent y vint aussi par deux fois, selon le desir de la Reyne, qui le proposa au Roy, mais ce grand prince n’y consentit qu’à la charge que son confesseur n’y eut point de difficulté, tant il avoit l’esprit present à toutes les choses qui se passoient autour de luy, et il y eut assez de bonté en cette excellente princesse pour se vouloir donner la peine, toutes les deux fois, de m’en [p. 45] parler, ce qui me ravit en admiration et m’obligea non seulement de luy en rendre mes actions de grace, mais de l’en supplier tres humblement.
Ainsi ce secours nous estant venu, et le Roy ne me parlant gueres sans me demander : Quand sera ce qu’il faudra partir ? c’est-à-dire combien ses medecins luy donnoient encore d’heures ou de jours à vivres ! Enfin, le douzieme de may, qui fut l’avant-veille de son trepas, nous resolumes, monsieur de Meaux et moy, de luy dire qu’il seroit bien de s’y preparer par une derniere communion, qu’il recevroit de nouveau en forme de viatique, ne le pouvant faire autrement.
Joint que, si nous eussions remis cette actions au jour d’apres, avec l’incertitude s’il vivroit vingt quatre heures, nous avions encore sujet de craindre que, la fievre luy ayant desjà entierement desseché la bouche et la langue, il n’eut pas la force d’avaller la sainte hostie.
C’est pourquoy on me deputa pour luy en faire l’ouverture, et d’abord il en eut une telle joye qu’il en chanta le Te Deum, puis, s’estant reconcilié environ les sept heures du soir, il communia des mains de monsieur de Meaux ; apres quoy, prenant la main de la Reyne et celle de monseigneur le duc d’Orleans, il leur fit encore promettre de vivre en union [p. 46] et en concorde, et leur recommanda les petits princes ses enfans.
Alors, si nous eumes beaucoup de tendresse et de grands sentimens de compassion pour luy, nous n’en sentimes pas moins pour cette bonne princesse, laquelle, ayant delogé du vieux chateau pour estre plus pres du Roy, ne laissoit pas de s’y rendre tous les jours pour se prosterner au pied des autels devant Jesus Christ exposé au Saint sacrement, afin d’implorer le secours du ciel pour son cher espoux, et de faire

Dinet, Jacques

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